Fermeture de Chaussures Tony: quatre générations de passion à l’italienne | 24 heures
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Fermeture de Chaussures Tony: quatre générations de passion à l’italienne

Image principale de l'article Quatre générations de passion à l’italienne
GABRIELLE MORIN-LEFEBVRE/24 HEURES/AGENCE QMI

WESTMOUNT – Après 83 ans passés en affaires sur l’avenue Greene à Westmount, sur l'île de Montréal, le magasin Chaussures Tony fermera ses portes pour de bon d’ici quelques mois. En attendant, plusieurs clients fidèles passent profiter des soldes de fermeture. 

Selon Anthony «Tony» Fargnoli, l’actuel propriétaire du commerce ouvert depuis 1937, cette retraite n’est pas due à la COVID-19, mais bien à sa santé et à sa famille.

«J’ai des petits-enfants, donc j’ai manqué beaucoup de choses dans leur vie pendant que j’ai travaillé, a-t-il lancé vendredi dernier. Je travaille parfois 7 jours par semaine, je n’ai plus 30 ans!»

Bien que son fils ait essayé de reprendre le commerce pendant quelques années, il a finalement opté pour une autre carrière.

«Mon fils est aimé des clients et c’est une bonne personne, mais il n’a pas la même passion», a avancé l’homme âgé d’une soixantaine d’années.

Quant à lui, M. Fargnoli se dit reconnaissant d’avoir pu servir ses clients qui sont devenus des amis et s’ennuiera de ce contact.

Tristesse chez les clients

Annoncée en juin, la fermeture de Chaussures Tony a déçu plusieurs clients, dont certains lui sont fidèles depuis des décennies. C’est le cas de Nathalie Geoffrion, qui y a acheté ses premiers souliers à 13 ans.

«Je fréquente le magasin depuis 40 ans, a-t-elle expliqué. Autrefois, il y avait des boîtes de chaussures empilées tout le tour du mur. C’était la caverne d’Ali Baba des chaussures!»

GABRIELLE MORIN-LEFEBVRE/24 HEURES/AGENCE QMI

Elaine Lalonde, qui a connu M. Fargnoli alors qu'il faisait du bénévolat au Complexe de santé Reine Elizabeth, ne cachait pas sa tristesse vendredi.

«Quand les gens ont su que Tony fermait, ç'a été "ô mon Dieu!" C’est la fin d’une ère. Maintenant, tout le monde achète en ligne», a-t-elle déploré.

GABRIELLE MORIN-LEFEBVRE/24 HEURES/AGENCE QMI

Pour plusieurs, la qualité du service offert et l’ambiance très familiale ne se trouvent nulle part ailleurs. Mme Lalonde n’hésite pas à désigner le commerce comme «une institution à Westmount».

«Je pense que c’est familial et très local, a expliqué la conseillère en philanthropie. Les gens savent qu’ils vont avoir un bon service. Et beaucoup d’enfants venaient acheter des souliers d’école.»

Chaussures Tony compte plusieurs clients illustres, comme la famille Molson et la famille de l'ex-premier ministre canadien Brian Mulroney. Sa femme, Mila Mulroney, était d'ailleurs de passage, vendredi, pour profiter des soldes de fermeture avec ses petits-enfants.

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«Ils étaient très gentils, a souligné Mme Mulroney. Comme jeune famille, on pouvait toujours retourner les souliers. Ils gardaient les tailles des enfants, donc les enfants pouvaient venir seuls. »

Une histoire de famille

Arrivé de la région de Cassino en Italie, Giantonio Fargnoli a décidé d’ouvrir son atelier de fabrication et de réparation de chaussures en 1937 sur l’avenue Greene.

«À l’époque, il y avait beaucoup de Tony qui étaient dans la cordonnerie à Montréal. Alors, il s’est dit qu’il appellerait ça les "Vraies" Chaussures Tony», a confié Tony en riant.

GABRIELLE MORIN-LEFEBVRE/24 HEURES/AGENCE QMI

Son fils Eddie – le père d’Anthony – a ajouté une section vente et a pris la relève dans les années 1950. Après s’être dotée d’une accréditation de CCM, la boutique a vendu de l’équipement de hockey et a même réparé les patins des joueurs du Canadien de Montréal.

«Quand j’étais jeune, j’ai vu de vieux joueurs des Canadiens comme Rogatien Vachon, Dick Duff, Jean-Guy Talbot. On a réparé beaucoup de choses», s'est rappelé M. Fargnoli.

Ce dernier a commencé à aider son père aussi jeune qu'à 10 ans, avant de lui succéder, en 1986, comme président. Il affirme avoir beaucoup appris de son honnêteté et de sa passion.

«J’ai donné un sens de crédibilité à notre famille dans notre communauté. C’est ça la chose qui compte le plus pour moi», a-t-il soutenu.