Le premier cinéma du Canada sous les flammes | 24 heures
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Le premier cinéma du Canada sous les flammes

Montréal a tristement perdu sa première salle de cinéma jeudi : l’édifice Robillard, bâtiment patrimonial du Quartier chinois, a été ravagé par les flammes.

«C’est une grande tragédie, estime Dinu Bumbaru, porte-parole d’Héritage Montréal. La métropole culturelle n’est pas un phénomène de l’an 2000, ça a 150 ans d’existence et cet endroit en était un des lieux fondateurs.»

Le 27 juin 1896, les Montréalais assistaient à la première projection cinématographique intérieure en ville : celle-ci avait lieu à l’édifice Robillard, sur le boulevard Saint-Laurent, dans l’actuel Quartier chinois. Le cinématographe était alors opéré par le Français Louis Minier, concessionnaire du cinématographe des frères Lumière. Aujourd’hui inoccupé, l’immeuble a été ravagé par un incendie (voir autre texte).

Grande valeur patrimoniale

L’édifice Robillard est l'oeuvre des architectes Daoust et Gendron. Il a été construit à la fin du 19e siècle dans un secteur marqué par la présence de la bourgeoisie francophone, selon le Centre d’histoire de Montréal. «C’est à peu près la même date de construction que la gare Windsor, précise M. Bumbaru. La métropole était en pleine expansion, on avait élargi le boulevard Saint-Laurent dans les années 1880 vers l’ouest et construit de belles architectures tout le long pour ne pas laisser une plaie béante. Plus de 120 ans après, c’est du patrimoine : il a été bien fait avec ses grandes arches et une corniche toute travaillée.»

En 1891, on retrouvait dans cet édifice une salle de spectacles et un lieu de «curiosités». Selon le Centre d’histoire, il est ensuite devenu le Palace Theatre, théâtre de vaudeville et de variétés américain. En 1896, on y inaugure le cinématographe des frères Lumière deux jours avant New York et six mois après Paris. La première salle exclusivement cinématographique du Canada perdurera jusqu’en 1897, le Centre d’histoire faisant mention d’«aléas cinématographiques» n’ayant pu permettre le maintien de la salle, redevenue un théâtre. Le bâtiment de quatre étages a abrité par la suite une centrale téléphonique puis des commerces.

Consultation publique?

«Si on n’est pas capable de s’occuper d’un bâtiment témoignant de la grande aventure de Montréal, des constructions que les Canadiens français ont fait sur le boulevard Saint-Laurent, avec une architecture soignée prête à affronter les siècles, qui a été le lieu de départ du cinéma en Amérique, imaginez-vous les bâtiments plus modestes», a poursuivi M. Bumbaru. D’après lui, un tel cas impose une discussion par l’Office de consultation publique afin de développer des recommandations avec la population.