Un restaurateur exaspéré par des plaintes tire la plogue | 24 heures
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Un restaurateur exaspéré par des plaintes tire la plogue

Le propriétaire du restaurant L’Gros Luxe Végé doit fermer son établissement de la rue Saint-André à Montréal, épuisé par les plaintes de bruit de la part des résidents, et craint du même coup la fin des restos de quartier.

« La limite de tolérance à Montréal est très courte et les citoyens ont un pouvoir incroyable. Je l’ai appris à [mes dépens], admet Alexandre Bastide, propriétaire des quatre restaurants L’Gros Luxe à Montréal, qui a fermé samedi sa succursale végétarienne. Jamais je ne vais me replacer sur une rue résidentielle. Je m’installe seulement sur des grosses artères maintenant. »

Plaintes

Dès son arrivée sur la rue Saint-André en 2014, au cœur du Plateau-Mont-Royal, de nombreux citoyens de cette rue résidentielle ont contesté devant la Régie des alcools sa demande de permis, prétextant que le restaurant nuisait à la tranquillité publique.

Les plaintes pour musique trop forte, bruit des équipements de climatisation, attroupements des clients devant le restaurant et claquage de porte ont encouragé la Régie à imposer en 2015 de strictes conditions au commerce, notamment l’obligation de fermer à 23 h et d’avoir un gardien à l’entrée.

« Je comprends leur situation, mais il faut aussi comprendre qu’on est un resto, mentionne M. Bastide. Il n’y a pas de bagarre, pas de personnes qui se saoulent. Il y a eu un manque de compréhension, d’écoute. »

Huit citoyens avaient même déposé de nouvelles plaintes en 2016 menant à l’imposition d’une suspension de permis pendant 30 jours.

Photo courtoisie

 

Fin des restos de quartier

Avec des pertes financières résultant de la nécessité de fermer à 23 h et 20 000 $ de frais d’avocat, le propriétaire du L’Gros Luxe a décidé « d’accepter son sort » et de fermer les portes de son établissement végétarien.

La salle de spectacle le Divan Orange sur le boulevard Saint-Laurent avait également vécu une situation semblable. Après plusieurs plaintes de bruit, les propriétaires ont annoncé le mois dernier qu’ils fermeront leurs portes au printemps.

« Je voulais être un resto de quartier et ce n’est pas pour rien que L’Gros Luxe a été populaire à un endroit comme sur Saint-André. Mais ce n’est plus possible, admet Alexandre Bastide, voyant la fin des restaurants de quartier dans la métropole. Montréal est la ville la plus cool au monde, avec New York et San Francisco. Il ne faut pas tuer ça », plaide le restaurateur.

Si M. Bastide ne vise maintenant que les artères commerciales pour éviter tout conflit, il estime que cela pourrait nuire tant à lui qu’aux clients.

« Je payais 2300 $ de loyer par mois [sur Saint-André]. Ça faisait partie de ma stratégie d’affaires au départ, pour pouvoir facturer moins cher ma nourriture aux clients. Sur l’avenue Mont-Royal, le loyer coûte le double, et même le triple », souligne-t-il.

Prochain secteur

Le quartier Griffintown, en plein développement, pourrait bien être le prochain secteur où les conflits entre résidents et restaurants éclateront, estime-t-il.

« On regarde la situation de près, mais pour le moment ça reste harmonieux, répond Robert Laramée, président de la Société de développement commercial dans Griffintown. Les gens qui déménagent dans le coin viennent aussi pour l’offre en restauration. Contrairement au Plateau, ce sont surtout des bureaux qui logent au-dessus des restaurants. »