«Garbage Beauty»: il fait de la philo avec vos poubelles | 24 Heures MTL
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«Garbage Beauty»: il fait de la philo avec vos poubelles

MONTRÉAL – Après deux années de quasi-absence, «Garbage Beauty» réjouit les résidents de l'arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, qui voient à nouveau leurs poubelles transformées en œuvres d’art.

Une étagère où on peut y lire «L’État Gère» ou une télévision jetée dans la rue où il est inscrit «Fake News» sur l’écran: voilà deux des réalisations de «Garbage Beauty» créées lundi matin, tout juste avant qu’un camion de ramassage d’ordures les fasse disparaître.

«C’est de l’art éphémère et ça dit tout de la démarche artistique aussi. Les gens s’attachent trop à leurs objets, moi, je laisse ça dans l’espace public et ça rend l’œuvre encore plus vivante», a expliqué Romain Boz, artiste calligraphe.

«Le but, c’est de faire réfléchir les gens avec mes mots sur les ordures, a-t-il ajouté. Je dénonce aussi la surconsommation en quelque sorte, on ne pourrait jamais faire un travail pareil à Madagascar parce que jamais ils ne jettent autant que nous en Amérique.»

Si autrefois «Garbage Beauty» comprenait quatre membres, Romain Boz est désormais le seul artiste à la tête de la formation. Après quelques événements qui sont survenus dans sa vie personnelle et une pause de deux années, l’artiste engagé est désormais prêt à reprendre ses stylos avec lui dans la rue.

Répandre la culture

Lorsque l’artisan arpente les ruelles remplies de déchets pour se mettre à l’œuvre, nombreux sont les résidents du quartier qui sortent de leur maison pour féliciter le jeune homme et mettre un visage sur l'écriture déjà aperçue sur leurs ordures dans le passé.

«La plupart des gens ici ne sont pas allés au musée parce qu’ils pensent que c’est une affaire de bourgeois, a soutenu M. Boz. Pour eux, l’art, c’est impressionnant. Quand je dessine sur les déchets, ils ne comprennent pas nécessairement, mais ça les fait réagir et ça les rapproche de l’art qui semble loin d’eux.»

Il espère aussi que ses messages poétiques et philosophiques arriveront à faire réfléchir les Montréalais sur les inégalités sociales, la surconsommation et les dirigeants politiques qui nous gouvernent.

«Je souhaite surtout que les personnes, en voyant mes œuvres, aient le goût de prendre leur vie en mains s’ils n’osent pas. C’est aujourd’hui qu’on vit, pas demain, c’est live et les journées disparaissent... Comme les déchets qui finissent par disparaître dans les camions à ordures.»

L’artiste travaille depuis huit années sur son projet et ne perçoit aucune rémunération pour ses œuvres calligraphiques réalisées dans la rue. Romain Boz prévoit réaliser une exposition spéciale avec le public à l’occasion du dixième anniversaire de «Garbage Beauty» en 2020.

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