Le corps n’est pas fait pour travailler la nuit | 24 heures
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Le corps n’est pas fait pour travailler la nuit

Paul Le Bas - 37e AVENUE

 

Des chercheurs de l’Institut Douglas ont récemment établi que notre organisme s’ajuste très mal aux horaires de nuit. Pourtant, la science sait déjà que les perturbations répétées de notre horloge biologique ont un impact sur notre santé. Que nous apprend cette nouvelle recherche ?

L’étude a été publiée en mai dernier dans la revue scientifique Proceedings of the National Academy of Sciences. L’équipe de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas (IUSMD) qui l’a menée est parvenue à démontrer que très peu de nos gènes réussissent à s’adapter aux quarts de nuit.

Un survol génétique inédit

Ces scientifiques ont effectué le premier survol moléculaire complet de l’organisme soumis aux effets du travail de nuit. « Nous sommes allés voir ce qui se passe dans les 20 000 à 30 000 gènes que compte l’ADN humain ; comment ces derniers s’expriment, selon les rythmes de jour et de nuit », explique Nicolas Cermakian, chercheur et directeur du laboratoire de chronobiologie moléculaire de l’IUSMD et professeur titulaire au département de psychiatrie de l’Université McGill.

Un protocole expérimental très strict

Pour mener à bien cette expérience, l’équipe scientifique a suivi huit volontaires sains, dans des conditions de laboratoire contrôlées. Placés cinq jours dans des chambres d’isolement temporel, sans connaissance de l’heure réelle, les participants ont effectué quatre quarts de travail simulés de nuit, et ont dormi en journée. Des échantillons sanguins leur ont été régulièrement prélevés.

Des résultats surprenants

Les chercheurs ont alors noté qu’au lieu de s’adapter aux horaires de nuit, l’expression des gènes ne changeait pas. « Presque 25 % des gènes étudiés ont présenté une perte de rythme ; 73 % sont restés rythmiques, mais de façon décalée. Enfin, 3 % n’ont réussi que partiellement à s’adapter au rythme de nuit », détaille Nicolas Cermakian.

D’importants cycles troublés

Pourtant, l’activité cellulaire du corps humain varie naturellement au fil des cycles jour-nuit. Notre organisme fonctionne selon un rythme biologique d’environ 24 heures, appelé « rythme circadien » (du latin circa, « autour », et diem, « jour »). Le rythme circadien régule d’importantes fonctions corporelles, comme la sécrétion d’hormones, la pression artérielle, la température corporelle, ou encore le sommeil.

Or, selon le Dr Cermakian, « près de 75 % des gènes ont eu du mal à s’ajuster aux horaires de nuit ; leur expression a largement continué d’obéir à une horloge biologique de jour. »

Un véritable enjeu en santé

« Nous pensons que ces perturbations pourraient contribuer à l’apparition de maladies plus à risque, mais notre travail ne démontre pas qu’elles en sont la cause directe et unique », ajoute le spécialiste.

Aussi, les chercheurs montréalais précisent que cette étude, menée en laboratoire, devrait être poursuivie en contexte réel auprès de véritables travailleurs de nuit.

Selon l’Institut de recherche sur le travail et la santé, 2 % de la population active canadienne sont affectés en permanence à des quarts de nuit. Soit près de

400 000 travailleurs concernés par cette incapacité du corps humain à s’adapter à un rythme de travail de nuit...