La mode des «animaux de soutien émotionnel» | 24 heures
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La mode des «animaux de soutien émotionnel»

Presque chaque semaine surgit un cas médiatisé de dindon, cochon ou cheval miniature voyageant dans la cabine d’un avion de ligne en tant qu’« animal de soutien émotionnel » (ASÉ) pour un passager.

Ces anecdotes insolites témoignent d’une mode médicale en plein essor : il y a eu plus de 751 000 demandes d’accommodement en ce sens aux États-Unis seulement en 2017.

Qu’un aveugle puisse voler avec son chien guide, c'est admis universellement. Même chose pour le tétraplégique et son singe capucin aidant. Nul ne veut non plus arracher un enfant autiste à son rassurant compagnon poilu pendant un vol. Ces exceptions à la règle ouvrent toutefois une brèche : de plus en plus de gens brandissent des certificats médicaux pour se prévaloir du « droit » de voler avec un animal.

Souvenez-vous du scandale en 2013 lorsque le New York Post révéla que de riches familles « louaient » des enfants en fauteuil roulant pour éviter d’attendre en file à Walt Disney World. Avec les ASÉ, encore une fois la notion de « handicap » se fait manipuler.

Une mode

Aux États-Unis, Oprah Winfrey, Miley Cyrus, Kim Kardashian et Bradley Cooper posent partout avec leurs « animaux de soutien émotionnel » et moussent cette mode psychiatrico-mondaine. Eux se déplacent surtout en appareil privé, donc pas de problème. Mais dans l’aviation collective pour le commun des mortels, la vogue des animaux de soutien émotionnel a généré aux États-Unis environ 751 000 demandes d’accommodements en 2017, soit 74 % de plus que les 481 000 demandes de l’année précédente, selon Business Insider.

En février dernier à Los Angeles, une femme a voulu embarquer avec son paon ; accès refusé. Un homme a toutefois pu voler avec son dindon assis à côté de lui et une voyageuse avec son cochon. Les politiques varient selon les compagnies comme le remarquait l’ombudsman des Forces canadiennes dans un rapport à l’intention de ses vétérans le printemps dernier : « Air Canada n’accepte que les chiens comme animaux d’assistance, WestJet accepte les chiens, les chats, les chevaux miniatures, les cochons et les singes à bord de la plupart de ses vols, elle accepte également des animaux inhabituels dans certaines circonstances. » Récemment, American Airlines a décrété une interdiction catégorique des hérissons, des chèvres, des faucons, des serpents et des tarentules.

Doudou vivante

Un agent de bord d’une compagnie en activité au Québec (que j’ai juré de ne pas nommer) me raconte avoir décollé une seule fois avec un animal : « Un chien de poche, genre chiwawa, parfaitement silencieux. Ça semblait une dame trop riche qui avait payé les papiers de son chien afin qu’il voyage toujours avec elle dans la cabine... Un couple très snob en 1re classe. »

« Je trouve ça un peu farfelu et je ne vois pas en quoi ce serait thérapeutique pour un patient anxieux de lui offrir du réconfort bonbon tout en le privant de s’exposer aux vraies anxiétés de la vie », commente pour sa part la psychiatre Julie Desjardins. « C’est comme laisser un enfant traîner sa doudou à l’école. »