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Un Montréalais sorti de la rue grâce aux bagels

Ancien itinérant sorti de la rue en préparant des bagels, Lloyd Squires est aujourd’hui à la tête d’une boulangerie qui a exporté l’un des symboles emblématiques de Montréal chez nos voisins américains.

Le 24 Heures a rencontré ce boulanger hors-norme, de passage à Montréal ce mois-ci, pour réaliser un entretien avec celui qui habite aux États-Unis depuis 21 ans, qui parle «franglais» et avoue ne pas manquer un match des Canadiens, malgré les 150 km qui le séparent désormais de la métropole québécoise.

«À 15 ans, en 1980, je n’avais pas d’endroit où dormir et le propriétaire de St-Viateur Bagel m’a vu dehors à 3 heures du matin. Il m’a dit de venir l’aider à rouler des bagels plutôt que de traîner à l’extérieur le soir», a affirmé M. Squires, âgé aujourd’hui de 54 ans.

MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

 

Celui qui a en quelque sorte sauvé sa vie, c’est Myer Lewkowicz, un rescapé polonais du camp de concentration de Buchenwald et le cofondateur de St-Viateur Bagel en 1957 dans le Mile-End.

«Il a souffert lui aussi dans les camps, on se comprenait. Quand j’ai commencé, je travaillais 13 heures par jour le vendredi, samedi et dimanche. Le reste du temps, j’allais à l’école la semaine. Ça m’a remis sur le bon chemin», s'est-il rappelé.

Après avoir eu un gagne-pain durant 15 années sur la rue St-Viateur, Lloyd Squires a décidé de quitter la boulangerie où il a fait ses armes pour en fonder une dans le Vermont, aux États-Unis.

Percer le marché américain

Les bagels montréalais ont gagné leur réputation au cours des dernières décennies particulièrement grâce à la méthode utilisée pour leur confection: d’abord roulés à la main, puis bouillis et finalement cuits dans un four à bois.

MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

 

«Je ne connaissais personne qui faisait ça au Vermont ou aux États-Unis. J’ai vu une opportunité de me lancer dans ce marché-là en 1996 de l’autre côté de la frontière», a affirmé M. Squires.

Son entreprise, «Myer's Bagels», nommée en hommage à son mentor, fonctionne toujours à plein régime depuis 22 ans dans le sud de Burlington. Si les bagels de Montréal sont traditionnellement assaisonnés de graines de pavot et de sésame, M. Squires offre quant à lui une dizaine de variétés. Ses bagels aux «épices à steak» sont les plus populaires de sa boulangerie.

«Mon premier client a été un Montréalais. Beaucoup de personnes du Québec viennent me voir, surtout durant l’été, pour acheter mes produits. On livre dans une trentaine de magasins nos bagels dans le Vermont et on commence à livrer aussi dans d’autres États américains», a-t-il lancé avec fierté.

MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

 

La clé de son succès? De la chance et peu de repos. Il travaille durant plus de 72 heures par semaine, soit l’équivalent de 12 heures par jour. Le boulanger se réveille sans alarme à une heure du matin pour se rendre au boulot et compte continuer ainsi aussi longtemps qu’il le pourra.

Avec du recul sur sa carrière, Lloyd Squires souligne être reconnaissant envers M. Lewkowicz pour lui avoir donné sa première chance. Question de donner au suivant, il embauche aujourd’hui des jeunes dans le Vermont qui vivent des difficultés en tentant de les remettre sur les rails.

MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

 

«Je compte revenir à Montréal plus souvent à l'avenir. Je suis le seul à faire des bagels végétaliens à la main. Tout le monde en veut à Burlington, c’est une nouvelle "business" payante. Je vais venir vendre mes produits ici aussi au cours des prochains mois», a expliqué l’homme d’affaires, dont la mère et la sœur travaillent toujours au St-Viateur Bagel.

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