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Pénurie de spécialistes pour les enfants transgenres à Montréal

Image principale de l'article Enfants transgenres: pénurie de spécialistes
FRANCIS PILON/24 HEURES/AGENCE QMI

 Le nombre d’enfants transgenres qui ont besoin de soins grimpe en flèche à Montréal depuis quelques années, contrairement à la quantité d’experts médicaux dans ce domaine, où une pénurie est décriée. 

 «Koko a 12 ans et il a fait son "coming out" il y a un peu plus d’un mois. On vient de lui couper les cheveux durant les vacances. Il a toujours été "tomboy" pour une fille», a raconté Emmanuelle Piguet, la maman d’un garçon transgenre qui s’appelait autrefois Caroline.  

 Depuis près d’un mois, elle attend pour obtenir un rendez-vous au Centre Meraki, la seule clinique pédiatrique qui traite les jeunes avec une variance de genre dans la métropole québécoise.  

 En dix ans, le Centre est passé de cinq à plus de 100 nouvelles références par année pour s'occuper des mineurs transgenres.  

 Les employés de la clinique sont débordés à un tel point que ces enfants peuvent attendre jusqu’à 12 mois avant d’obtenir un rendez-vous.  

 «On ne sait pas encore combien de temps on va patienter pour voir un pédiatre avec Koko, mais ça n’a pas de sens», s’est insurgée Mme Piguet.  

 «Il y a un manque de ressources et il faudra les trouver. À coup de cent nouveaux enfants transgenres qui ont besoin de soins par année, seulement à Montréal, c’est un phénomène et ce n’est pas marginal. Il faut plus de cliniques et de pédiatres au Québec avec une formation pour aider rapidement ces jeunes», a-t-elle ajouté.  

 Grand manque à combler 

 Devant la demande grandissante, seulement sept spécialistes en pédiatrie et en endocrinologie ont une expertise avec les patients transgenres à Montréal, selon le Centre Meraki. Chez les médecins de famille, ils ne sont que six.  

 «C'est aussi vrai et très évident qu'il y a une pénurie de spécialistes dans ce domaine. Lentement, nous constatons une croissance d'expertise et, aujourd'hui, il y a plus de pédiatres avec un peu d'expérience avec les enfants trans ou ayant une variance de genre. Mais il n'y en a pas assez», a soutenu le Dr Shuvo Ghosh, pédiatre et fondateur de la clinique Meraki.  

 Selon lui, le manque de spécialistes a un impact sur la bonne évaluation et sur la prestation de services offerts aux jeunes trans.  

 «Koko a une vie parfaitement normale. Il joue au hockey. Il est bon à l’école. Sa famille le soutient. C’est un enfant comme les autres. Les jeunes trans ont eux aussi le droit à des soins convenables», a affirmé Emmanuelle Piguet.  

 Pas le temps d'attendre 

 Enfants transgenres Canada, un organisme fondé à Montréal, soutient que ces jeunes sont parmi les individus les plus vulnérables de notre société et qu’ils ne peuvent pas patienter sur des listes d’attente durant plusieurs mois avant d’être pris en charge.  

 «On parle d’un des groupes de notre société le plus à risque, dont les temps d’attente peuvent nuire à la santé mentale. Ça peut aller des dépressions aux idées suicidaires», a indiqué Antoine Beaudoin Gentes, chargé de projet chez Enfants transgenres Canada.  

 «Avec la déstigmatisation de l’identité transgenre, le fait par exemple que ce n’est plus considéré comme une maladie mentale depuis 2016 et la visibilité dans les médias, ça crée une augmentation et il est urgent d’offrir plus de soins», a-t-il ajouté.  

 Selon l'organisme Aide aux trans du Québec (ATQ), 85 % des jeunes transgenres affirment avoir été victimes de harcèlement verbal par rapport à leur orientation sexuelle ou leur identité. Près de 74 % d’entre eux disent avoir été victimes de harcèlement sexuel au cours de leur vie.  

 Manque de formation 

 D’après M. Beaudoin Gentes, peu de médecins sont formés pour soigner un enfant avec une variance de genre dans la Belle Province.  

 «On a un gros problème au Québec. La grande majorité du domaine médical n’est pas formée sur les questions de transidentité chez les enfants. Il y a une pénurie de spécialistes avec cette expertise. Et ça peut causer beaucoup de torts à des familles, dont l’enfant est vu comme quelque chose d’exotique, et on finit par ne pas vraiment l’aider», a-t-il souligné.  

 Enfants transgenres Canada estime que les jeunes trans sont sept fois plus à risque de se suicider qu’un mineur cisgenre, soit une personne qui s'identifie à son sexe biologique assigné à sa naissance.    

  •  Toute personne ayant besoin d’aide peut à tout moment composer le 855 909-9038 #1 pour joindre Aide aux Trans du Québec. 

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