Débat de sous-sol d’église pour un indécis | 24 heures
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Débat de sous-sol d’église pour un indécis

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Alexandre Legault-Déry

Je suis un indécis.

Je ne suis pas le seul, je sais, puisqu’à quelques jours des élections québécoises, de récents sondages estiment à plus de 30% le nombre d’indécis à travers la province.

J’ai toutefois décidé d’être proactif en allant assister, il y a quelques jours, à un débat public dans Gouin, ma circonscription.

Gouin : le fief de Gabriel Nadeau-Dubois, de Françoise David, anciennement aux mains des péquistes Nicolas Girard et André Boisclair. Un comté d’environ 60 000 âmes, foncièrement à gauche.

Comme vous, j’avoue avoir du mal à me brancher. Les débats télévisés, avec toutes les bonnes intentions de m’informer, me laissent de marbre. Même chose pour les scandales de candidats no name.

Les idées qui tanguent vers la gauche me parlent généralement, mais les taloches que se distribuent Québec Solidaire et le Parti québécois me désespèrent.

C’est donc la tête remplie de points d’interrogations que je me suis pointé à la soirée organisée dans un sous-sol d’église par la Coalition contre la pauvreté de La Petite-Patrie.

Premier constat : sur la pancarte annonçant le débat, il manque le nom du représentant de la CAQ. C’est évocateur. Celui du Parti conservateur du Québec apparaît, mais il a été barré au feutre.

Alexandre Legault-Déry

Je m’attendais à un débat enflammé avec des politiciens qui se hissent sur leur chaise pour avoir le dernier mot et où un modérateur tape sur sa table pour calmer le jeu....mais non. Une surprenante ambiance de calme règne, le tout caressé par une tendre lumière de néon dans un décor de rideaux de velours vert pastoral. Des citoyens, il devait y en avoir autour de 200. Beaucoup de personnes âgées, mais aussi des jeunes et quelques familles. Il y avait même un coin enfant pour les entretenir.

Dans le fond de la salle, un buffet de liquides : jus, thé, café. Partout, des belles chaises feutrées comme des vieux sièges d’autobus.

Sur la table devant, il n’y a que trois micros. C’est technique, mais ça fait cheap sur un joli temps de voir le solidaire Gabriel Nadeau-Dubois et la libérale Alessandra Lubrina s’échanger le micro sous le regard amusé du péquiste Olivier Gignac.

Alexandre Legault-Déry

L’animateur de la soirée annonce les tirages des noms des gens parmi le public qui auront la chance de poser une question aux politiciens.

Un exercice fastidieux, puisque les candidats n’ont qu’une minute trente pour répondre. Ça discute d’internet, de famille, d’organismes locaux qui ont subi les coupures des quatre dernières années, de pistes cyclables dangereuses, d’assistance sociale ou de bioculture. Malheureusement, les citoyens n’auront jamais droit à des réponses claires, se contentent d’idées générales en phase avec chaque ligne de partie. Des réponses de politiciens bref.

Dommage parce que les questions reflètent les réels soucis des citoyens du coin. C’est là que j’en ai le plus appris ; non pas sur les propositions des partis mais bien sur les inquiétudes des gens qui vivent dans mon quartier.

Par exemple cette dame, lourdement handicapée, qui s’est présentée au micro pour demander d’une voix à peine audible des détails sur la proposition des libéraux d’assurer un revenu pour les gens qui présentent des contraintes sévères à l’emploi.

Et là, en une réponse, le résumé d’une soirée: le péquiste Olivier Gignac raconte une histoire vécue il y a deux semaines avec sa grand-mère. La libérale Lubrina s’empresse à son tour de dénoncer la situation en évoquant le projet initié par les libéraux et le solidaire Nadeau-Dubois lui remet dans la face que ce sont les libéraux qui n’ont pas poussé pour que le projet de loi soit voté, énumérant ensemble les millions prévus par la QS sur cet enjeu.

Pas sûr que la madame au micro en a eu pour son argent, mais next, prochaine question.

Tiens, une sur le logement, qui suscite de l’inquiétude dans Gouin, où les condos poussent comme des champignons. Alessandra Lubrina en profite pour nous expliquer la gentrification, réfléchissant à haute voix avec le public et avec humilité. C’était son premier débat et elle ne s’en cachait pas.

Elle a d’ailleurs dû se sentir isolée d’être fière d’être francophone dans un Canada uni lorsque les deux autres ont scandé jusqu’aux applaudissements les bienfaits d’un Québec indépendant. Ça a bifurqué sur l’identité nationale qui selon le péquiste Gignac n’a pas été mis de l’avant dans Gouin. « Moi j’fais de la politique pour qu’il y ait des rassemblements, y’a rien eu d’excitant à la dernière fête nationale, j’veux pas dire que la première chose que je ferais comme élu serait de faire un gros party mais ça pourrait s’y apparenter.»

Sur l’environnement, on connait la position de QS. C’est l’enjeu majeur selon eux. Le PQ a aussi évoqué son virage vert. Alessandra a réussi à tourner le sujet vers la gestion de l’offre sans vraiment l’expliquer. Elle a terminé avec cette phrase :

«La gestion de l’offre ce n’est pas négociable.» Elle m’a perdu à ce moment là. Parce qu’un énoncé comme ça, c’est habituellement suivi d’une explication. Pas ce soir là.

Et puis d’abord, c’est quoi ça au juste la gestion de l’offre?

Alexandre Legault-Déry

Personne n’a remporté de victoire. On s’entend que Gouin reste encore le château de QS depuis 2012 et que l’écart se creuse entre eux et les autres partis. En fait, ils sont passés de 46%, à 50% et maintenant presque 70% des électeurs. On s’entend, le taux de participation de la dernière élection partielle était d’à peine plus de 32%. Ce sera intéressant de voir une élection de plein mandat. La circonscription qui, avant 2012, a toujours été péquiste, sauf une fois en 1966, a visiblement choisi son camp.

Or, le PQ n’a présenté personne lors de l’élection partielle de 2017. Si je me fie aux applaudissements qu’a reçu Gignac, il reste encore un minimum de fibre péquiste.

En tout cas, davantage que pour la CAQ et le PLQ, qui se sont partagés à peine deux mille voix lors de la dernière partielle. En 2014, ça n’a guère été mieux pour eux. Les libéraux avaient obtenu un petit 17% en étant bon troisième et la CAQ ne dépassait pas le 10%.

Je trouve sinon très gratifiant d’avoir été là, d’avoir quitté mon sofa pour me retrouver avec 200 voisins dans un sous-sol pour jaser politique en bon citoyen.

Est-ce que mon idée est faite? Oui, un peu plus. Cette soirée-là a mis des lumières sur des principes. Est-ce que je vais vous le dire? C’est sûr que non.

Mais il n’y a eu aucune chicane et c’est déjà en soi une petite victoire pour la démocratie.

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