Élections québécoises 2018 : 8 clefs pour comprendre ce qui s’est passé | 24 heures
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Élections québécoises 2018 : 8 clefs pour comprendre ce qui s’est passé

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Ça y est, les Québécois ont porté François Legault au pouvoir avec un mandat majoritaire. Le PLQ et le PQ ont tous deux obtenu le pire score de leur histoire alors que QS, formation Cendrillon de cette campagne, est devenu le deuxième groupe d’opposition.

À part le malaise causé par le bec sur la bouche de François Legault à sa sœur, voici ce que mon œil de politologue a retenu de cette élection:

1- Une vague bleu pâle

Le ton a été donné dès les premières minutes de la soirée électorale alors que les boîtes du vote par anticipation commençaient à être comptabilisées.

Rapidement le parti de François Legault a pris l’avance et jamais il n’a regardé derrière lui. On pouvait voir une vague bleu pâle se profiler à l’horizon.

On parle de vague lorsque des circonscriptions normalement acquises à un parti basculent vers le parti gagnant. La performance du NPD aux élections fédérales de 2011 illustre aussi parfaitement ce phénomène, tout comme la surprise adéquiste de 2007 au Québec.

Lundi, la CAQ a fait des gains en Outaouais, normalement loyale au PLQ, ainsi que dans l’est de Montréal et au Saguenay-Lac-Saint-Jean, des territoires péquistes.

2- Une élection de réalignement

Il est fort à parier que les livres d’histoire présenteront l’élection 2018 comme une de réalignement.

On entend par là une réorganisation de la joute politique autour de nouveaux enjeux ou d’un nouvel axe idéologique.

Cette dynamique favorise l’émergence de nouveaux joueurs, comme la CAQ et QS au détriment des partis traditionnels, en l’occurrence le PLQ et le PQ.

3- Un fort désir de changement

La politique est généralement caractérisée par de longs cycles où s’alternent les désirs de stabilité et de changement.

C’est ce dernier qui était à l’honneur au Québec cette année, au profit de la CAQ et de QS.

4- Les sondeurs doivent raffiner leurs techniques

S’il est vrai qu’ils avaient prédit une mauvaise performance du PQ et une percée de QS, comment se fait-il que les sondeurs n’aient pas vu venir le raz-de-marée caquiste et la déconfiture libérale?

Peut-être que le désir de changement était tellement fort que la CAQ a eu une prime à l’urne. Normalement, c’est le PLQ qui bénéficie de ce phénomène, véritable bête noire des sondeurs.

5- CAQ — le nouveau parti des francophones

La CAQ a réussi à se positionner comme la meilleure alternative aux libéraux dans la tête d’une majorité de Québécois, et ce spécialement chez les francophones. C’est assurément la clef de son succès.

Force est de constater que les positions de la CAQ plaisent à une bonne partie des francophones, que ce soit au point de vue du nationalisme, de l’immigration, de l’identité, de l’économie ou de l’appartenance au Canada.

On se rappellera qu’une seule personnalité publique avait offert son appui à la CAQ. Cela n’a pas empêché la majorité silencieuse de voter en masse pour le parti de François Legault.

6- PLQ — abandonné par les francophones

La base électorale du PLQ, composée principalement d’anglophones et de néo-Québécois, a été nettement insuffisante à la réélection de ce parti. Jamais le PLQ n’a été aussi impopulaire auprès des francophones, essentiels à l’obtention d’un gouvernement majoritaire.

Une bonne partie de l’île de Montréal et de Laval a résisté à la vague caquiste et est restée libérale. Cela témoigne d’une déconnexion de plus en plus marquée entre Montréal et le reste du Québec.

7- Le PQ — à la recherche de son âme

Avec la mise de côté de la souveraineté, le PQ a en quelque sorte renié son essence même. Malgré un programme très étoffé, jamais il n’a réussi à s’imposer comme l’alternative aux libéraux.

Pour bien des électeurs, le PQ n’était qu’une pâle copie de la CAQ, bien qu’un peu plus à gauche et avec un penchant social-démocrate. Il n’y avait donc pas de plus-value à voter PQ.

8- QS — Un parti de niche en plein essor

QS répond bien à la définition d’un parti de niche. C’est-à-dire un parti qui a une idéologie forte et qui entretient une relation de grande proximité avec une petite frange de l’électorat.

Avec une campagne bien ficelée et centrée autour de l’environnement, QS a réussi à optimiser ses gains auprès de son électorat cible. Cela lui a permis de remporter quelques circonscriptions en dehors de Montréal.

D’ailleurs, QS a su s’inspirer de recettes gagnantes observées ailleurs dans le monde. D’abord, il s’est présenté comme un mouvement et non comme un parti politique, à l’instar de Macron en France en 2017.

Ensuite, QS a fait campagne sur le thème de l’espoir, le fameux hope d’Obama en 2008.

QS a aussi eu recours à une rhétorique populiste où l’on opposait le peuple à l’élite et à l’establishment, formule employée par Donald Trump et Bernie Sanders aux États-Unis en 2016.

La suite

Les prochaines semaines risquent d’être aussi palpitantes que les dernières.

On nous présentera le conseil des ministres. Philippe Couillard va annoncer s’il restera en politique ou s’il démissionnera. Le PQ devra se trouver un chef intérimaire. On verra comment se comporteront les dix élus solidaires. À suivre!