Rémunération des stagiaires: l’exemple de l’Allemagne | 24 Heures MTL
/homepage

Rémunération des stagiaires: l’exemple de l’Allemagne

Image principale de l'article L’exemple de l’Allemagne
AntonioDiaz - stock.adobe.com

Marine Caleb - 37e AVENUE  

  

Tandis que les stagiaires allemands seront bientôt obligatoirement rémunérés, plusieurs se demandent quand le Québec en fera autant. Quels seraient les avantages d’une telle mesure ? Quels sont les enjeux à prendre en compte ?  

Dès 2020, tous les stagiaires allemands recevront un minimum de 515 euros, soit 750 $ par mois. Une somme qui augmentera en même temps que les salaires de leur secteur d’activité, mais qui demeure « insuffisante », selon les syndicats du pays. D’autant que certains domaines pourront en être exemptés.      

Au Québec, sur les 98 524 stages complétés durant l’année scolaire 2016-2017, 77 % n’étaient pas rémunérés, alors que de plus en plus de formations exigent de réussir un stage pour obtenir son diplôme. Sans oublier que le système actuel porte de lourdes inégalités entre les secteurs rémunérés (dont la médecine) et ceux qui ne le sont pas (les sciences infirmières, par exemple).      

Atténuer la pénurie de main-d’œuvre ?  

Le gouvernement de François Legault a toutefois mis en place le Programme de bourses de soutien à la persévérance et à la réussite des stagiaires. Présentée comme un moyen de réduire la pénurie de main-d’œuvre, cette mesure concerne le secteur public uniquement et touchera 17 000 étudiants.      

Selon le sociologue Jacques Hamel, professeur titulaire à l’Université de Montréal, s’il est intéressant de financer les stages, il est « illusoire » de vouloir répondre aux demandes immédiates des entreprises. « Les besoins changent très rapidement, détaille-t-il. On ne peut pas former strictement pour des besoins spécifiques. »      

Réduire la précarité ?  

Parce que les stages demandent parfois beaucoup de temps, nombreux sont les étudiants qui doivent réduire leurs heures de travail, voire abandonner l’emploi qu’ils occupent pendant leurs études. La majorité des stages n’étant pas rémunérée, cette situation génère plus de précarité et de stress.      

Selon une étude de l’Association des étudiantes et étudiants de la Faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM (ADEESE), 62 % des stagiaires québécois vivent avec moins de 1 000 $ par mois, ce qui les place sous le seuil de pauvreté. Parmi eux, 38 % disent avoir besoin d’un soutien psychologique.      

« La rémunération permettrait de sortir de la précarité, qui est double : elle est d’une part causée par le manque d’argent et d’autre part issue d’un manque de protection sociale », dit Stéphane Moulin, sociologue et professeur agrégé à l’Université de Montréal.      

Salaire ou bourse ?  

« [Les stages non rémunérés sont] du travail quasi illégal et ne répondent pas aux normes du travail », continue Stéphane Moulin, affirmant que le stagiaire devrait être considéré comme un travailleur à part entière. Le chercheur estime qu’il faudrait établir un cadre légal clair pour que le stage soit reconnu comme tel et qu’un salaire lui soit versé.      

« Le stage ne doit pas devenir une main-d’œuvre pas chère, renchérit Jacques Hamel. Il faut l’encadrer et le rétribuer, mais plutôt sous forme de bourses de l’État. »      

Améliorer les compétences ?  

Au-delà des avantages économiques, le stage est un puissant apprentissage. « Il faut encourager les étudiants des domaines moins professionnalisants, comme les sciences humaines, à développer des compétences pratiques qu’on n’acquiert pas dans les livres », déclare Jacques Hamel.      

« On ne devrait pas juste organiser les formations pour convenir aux entreprises », regrette-t-il. Pour lui, rémunérer les stages pourrait populariser des disciplines ayant tendance à être dévalorisées.      

À lire aussi

Et encore plus