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À quand la semaine de quatre jours ?

Marine Caleb - 37e AVENUE

 

Il y a plus de 100 ans que la semaine de travail de cinq jours a été instaurée. Depuis, l’idée de la raccourcir à quatre a fait son bout de chemin, sans toutefois s’imposer. La société québécoise est-elle prête à la mettre en place ?

Fantasme pour certains, utopie irréaliste pour d’autres, la semaine de quatre jours divise la population. Déjà en 2003, le Parti Québécois proposait l’imposition de la semaine de quatre jours pour les parents d’enfants de moins de 12 ans. Cette idée consiste à réduire le nombre d’heures travaillées sans pour autant subir une baisse de salaire.

Elle n’est pas à confondre avec une « semaine condensée ou comprimée » pendant laquelle 40 heures sont réalisées en quatre jours, précise Mélanie Trottier, professeure au Département d’organisation et ressources humaines de l’ESG UQAM.

Les entreprises sont toutefois de plus en plus nombreuses à tenter l’expérience, témoignant de nombreux effets bénéfiques : réduction des demandes d’arrêts maladie, augmentation de la rétention, hausse de la productivité, etc. C’est d’ailleurs le cas du bureau japonais de Microsoft, qui a vu sa productivité croître de 40 % après l’instauration de cette mesure.

La question du capitalisme

Durant l’entre-deux-guerres, l’économiste John Maynard Keynes prévoyait que le capitalisme évoluerait vers de moins en moins d’heures travaillées (la fameuse « société des loisirs », c’est lui). Il estimait même que l’on ne travaillerait plus que 15 h par semaine en 2030.

Avec le fordisme d’abord et la Seconde Guerre mondiale ensuite, la semaine de cinq jours est toutefois devenue le modèle le plus courant. Travailler 40 heures par semaine est alors apparu comme normal et valorisé. Parallèlement, la montée de la société de consommation a cristallisé le fameux cercle vicieux où on travaille plus pour consommer plus.

À l’heure actuelle, travailler moins entraîne la perte de certains avantages sociaux. De plus, dans certains secteurs, un tel aménagement ne serait pas forcément réalisable et dans d’autres, il est perçu comme étant incompatible avec la productivité.

Vers un assouplissement du travail

La vaste majorité (93 %) des jeunes de la génération Z désirent travailler dans une entreprise qui offre une grande flexibilité à ses employés, selon une étude de l’organisme Academos publiée en octobre 2019.

De nombreuses études tentent en outre de brosser le portrait de cette génération née après 1994, qui semble vouloir être reconnue et responsabilisée tout en bénéficiant d’un horaire flexible.

Mais si la génération Z se montre plus soucieuse de garder un certain équilibre, les jeunes ne sont pas les seuls qui rêvent à un assouplissement du travail. « Les travailleurs expérimentés et les jeunes parents réclament des conditions similaires », rappelle Marie Rhéaume, directrice générale du Réseau pour un Québec Famille.

Selon elle, même si une certaine culture du travail demeure et que quelques secteurs tardent à s’adapter, la société est en train de changer. « La pénurie de main-d’œuvre met actuellement les employés en position de force », estime-t-elle.

En conséquence, le bien-être et la conciliation travail-famille sont de plus en plus revendiqués. Et le contexte actuel joue en faveur de ces besoins, obligeant les employeurs à se distinguer avec, notamment, des horaires flexibles ou des congés supplémentaires.

Oui, le nombre d’heures travaillées tend à diminuer progressivement. Peut-être jusqu’à mener à une semaine de quatre jours pour tous, qui sait ?

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