Traverser le fleuve à la course pour aller travailler | 24 heures
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Traverser le fleuve à la course pour aller travailler

Image principale de l'article Traverser le fleuve à la course
Dominick Gravel/Agence QMI

MONTRÉAL | Le pont Jacques-Cartier leur interdit le passage pendant l’hiver. Au lieu de se contraindre au métro, deux Longueuillois fervents de course recourent à l’alternative ultime: traverser le fleuve gelé à pied. Une pratique complètement folle? Notre reporter Louis-Philippe Messier a accompagné ces deux irréductibles joggeurs sur la voie maritime et les îles jusqu’au centre-ville de Montréal. 

Comme tous les ultramarathoniens, Joan Roch est un homme têtu. La perspective de prendre quotidiennement le métro – ou l’auto, ou l’autobus, voire le vélo – dégoûte l’athlète de 46 ans. Il préconise par principe un habillement étonnamment minimaliste, les jambes nues par moins vingt, et rien de l’arrête. Trois pieds de neige s’abattent sur la ville? Il sort ses raquettes, mais il court quand même.    

Dominick Gravel/Agence QMI

 

«Les autorités du pont Jacques-Cartier jugent leur piste bien déblayée trop dangereuse pour des gens comme moi, alors j’emprunte le fleuve», a résumé ce programmeur employé par l'entreprise CGI sur le boulevard René-Lévesque. Empêché de passer sur le pont, il passe donc dessous.    

Faisable  

«Lorsqu’en 2015, des travaux ont bloqué le pont aux piétons, je me suis résigné à voyager en auto et j’ai aperçu des pêcheurs installés sur le canal de la Rive-Sud», se souvient son ami et comparse «coureur de glace» Vincent Robert, 38 ans, lui aussi un ultramarathonien.    

Dominick Gravel/Agence QMI

 

«J’ai texté Joan et nous avons convenu d’essayer la traversée ensemble le lendemain matin. Les pêcheurs nous ont assuré que la glace de la voie maritime était épaisse et solide. Bref, c’était faisable!»    

 

Dominick Gravel/Agence QMI

 

À partir de Longueuil, non loin du pied du pont, leur trajet se rend sur l’île Notre-Dame. De là, par le pont des Îles, sur l’île Sainte-Hélène. Puis, par le pont de la Concorde, jusqu’à Montréal. Le tout cumule environ dix kilomètres en raison des multiples détours.    

Magnifique  

Une chose à laquelle les irréductibles joggeurs ne s’attendaient pas, c’était d’aimer autant cette course à ras de fleuve, pour sa grande beauté. «Ça me donne une qualité de vie extraordinaire de déambuler chaque jour devant des paysages aussi féériques, surtout la nuit quand la roue et les ponts sont illuminés», dit Vincent Robert.    

 

Dominick Gravel/Agence QMI

 

Ce dernier a choisi son nouvel emploi dans la cité du multimédia (dans le domaine de l’intelligence artificielle) en raison des douches ultramodernes conçues pour accommoder ceux qui arrivent à vélo ou en courant.    

«Je suis Longueuillois, mais aucun Montréalais ne bénéficie d’une image aussi flatteuse de sa ville que celle que j’ai à partir du fleuve et des îles», fait-il valoir.    

 

Dominick Gravel/Agence QMI

 

Des fleurons visuels de Montréal jalonnent son parcours: le stade à l’horizon et le mont Royal derrière les gratte-ciel, la Ronde, la Biosphère, le casino, les ponts, la roue, le quai de l’horloge, le marché Bonsecours et la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, le silo numéro 5, l’usine Five Rose et Habitat 67.    

Dangereux  

Lorsque le fleuve n’est pas encore gelé, mais le pont déjà «antipiétonisé» pour l’hiver, Joan Roch pousse le zèle jusqu’à passer par le pont Champlain... ce qui le rallonge de dix kilomètres et lui fait des allers-retours quotidiens équivalant à des marathons.    

 

Dominick Gravel/Agence QMI

 

C'est qu'il ne faut pas plaisanter avec l'épaisseur de la glace; ça pourrait être fatal.    

Au moment de traverser la voie maritime avec M. Roch et Vincent Robert, l’épaisseur de la glace avoisinait les huit pouces. Pas question de se risquer sur le fleuve à la course sans l’aval des pêcheurs. «Sous la glace, il y a trente-cinq pieds d’eau et beaucoup de courant», avertit Fritzgérald François, un habitué de la pêche sur glace.    

 

Dominick Gravel/Agence QMI

 

«Dans un lac, tu tombes et tu descends direct. Tu peux remonter à la surface, tu vois le trou. Mais ici sur le fleuve, le courant te tire et tu es fini. J’aime autant ne pas y penser.»

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