Des déneigeurs encore trop dangereux dans les rues de Montréal | 24 heures
/transports

Des déneigeurs encore trop dangereux dans les rues de Montréal

Image principale de l'article Des déneigeurs encore trop dangereux dans les rues
Photo d'archives, Chantal Poirier

Les déneigeurs montréalais sont encore nombreux, cette année, à ne pas avoir une formation adéquate et à faire des heures de travail inhumaines. Pourtant, les autorités s’étaient dites préoccupées par la situation l’an dernier, mais notre expérience montre que peu de choses ont changé sur le terrain. 

• À lire aussi: Embauché sans preuve de permis et sans formation 

Depuis cinq ans, les accidents impliquant des véhicules de déneigement sont en hausse constante, selon les données de la Société d’assurance automobile du Québec. 

Pour comprendre les causes de cette augmentation, nous avions recueilli, l’an dernier, des dizaines de témoignages et nous avions montré qu’une personne sans expérience pouvait se faire engager en quelques minutes pour déneiger les rues de Montréal. 

  • ÉCOUTEZ l'entrevue avec Jean Balthazard et Alexis Magnaval sur QUB radio :

Le constat était clair : plusieurs choses ne tournent pas rond au sein des entreprises privées qui déneigent la moitié du territoire montréalais. 

En plus de demander aux employés de travailler plus de 15 heures de suite pendant plusieurs jours consécutifs (ce qui va à l’encontre des exigences du gouvernement), ces compagnies embauchent des gens sans expérience et sans formation. 

Devant les constats de notre reportage, les élus municipaux et provinciaux avaient assuré vouloir agir. Par exemple, le ministre des Transports (MTQ) a mis sur pied un groupe de travail puis un comité technique pour définir les éléments à inclure dans une formation pour les déneigeurs. Elle doit être rendue publique l’an prochain.  

Mêmes constats cette année 

Pour vérifier si l’industrie du déneigement a changé ses pratiques, un de nos collègues s’est fait embaucher, en février, par une entreprise œuvrant dans un secteur central de la métropole. Résultat : il s’est retrouvé au volant d’une chenillette en quelques minutes, sans même qu’on vérifie son permis de conduire. 

Cette situation n’a pas surpris plusieurs déneigeurs à qui nous avons parlé, tant du côté des employés que des employeurs.  

  • « Ils embauchent de plus en plus de gens sans expérience, surtout pour les machines à trottoirs. Y’en a qui sont pas du tout en contrôle. » 
  • « Notre boss préfère qu’on travaille des heures de fou plutôt que de mettre quelqu’un de pas expérimenté sur une grosse machine. » 
  • « La Ville nous met tellement de pression. Mes employés doivent souvent faire plus de 20 heures en ligne. Ils se reposent un peu dans leur machine et ils repartent. »  

Que font Montréal et Québec ? 

Réagissant à l’infiltration de notre collègue, l’élu montréalais responsable du déneigement, Jean-François Parenteau, s’est dit préoccupé. Il affirme que les clauses des contrats entre la Ville et les entrepreneurs stipulent « très clairement » que la main-d’œuvre doit être qualifiée. 

« Ces entreprises prennent un énorme risque », fait-il valoir, indiquant que si elles se « font prendre », elles seront mises sur la liste grise qui permet à la Ville de rejeter, durant deux ans, leurs soumissions. Il ajoute que les opérations de déneigement sont suivies de façon extrêmement étroite, cette année, par les contremaîtres de Montréal. 

Au MTQ, on s’est contenté d’indiquer par courriel que tout a été mis en place pour mieux encadrer les entreprises privées de déneigement, donnant en exemple la multiplication des contrôles à la sortie des dépôts à neige. Le MTQ n’a pas voulu dire si une formation sera rendue obligatoire l’an prochain, mais a rappelé que les employés du gouvernement, eux, doivent être formés. 

Si les employés du secteur public ont des formations obligatoires, il devrait en être de même pour ceux du secteur privé qui déneigent les voies publiques, croit la professeure de l’UQAM Danielle Pilette. « Si on veut un service de qualité fait de façon sécuritaire sur l’ensemble du territoire, ça me semble incontournable », conclut-elle. 

-Avec Alexis Magnaval, Agence QMI 

10 STADES OLYMPIQUES 

Après la tempête du 7 février et les précipitations des jours suivants, les équipes de déneigement à Montréal ont chargé, en moins d’une semaine, 12 millions de mètres cubes de neige, une quantité qui équivaut à dix fois le Stade olympique. 

Source : Ville de Montréal 

NOMBRE D’ACCIDENTS IMPLIQUANT UN VÉHICULE DE DÉNEIGEMENT*  

  • Hiver 2016/2017 670 
  • Hiver 2017/2018 749 
  • Hiver 2018/2019 885  

*Ces chiffres regroupent les accidents ayant causé des dommages matériels, corporels et mortels (en moyenne 3 décès par an depuis 2016). 

Source : SAAQ 

 

Revoir les délais de chargement 

Selon le président de l’Association des entrepreneurs de déneigement du Québec, Mario Trudeau, le problème, c’est qu’on exige des délais de chargement irréalistes, surtout dans un contexte de manque de main-d’œuvre. « [La neige] n’est jamais enlevée assez vite », dit-il. 

Est-ce que les citoyens devraient apprendre à composer un peu plus longtemps avec la neige dans les rues ? Politiquement, c’est impossible de dire une chose pareille aux citoyens, qui ont des attentes élevées par rapport au déneigement, répond Jean-François Parenteau, l’élu responsable du déneigement à Montréal.  

« On veut faire une exécution parfaite et rapidement, [mais] les citoyens doivent comprendre que ça prend un certain temps. » 

La seule façon de faire un déneigement à la fois efficace et sécuritaire serait de confier tout le territoire aux cols bleus, fait valoir Hans Marotte, conseiller principal du Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal. « La Ville nous dit que dans certaines circonstances, on est plus cher. On leur dit : ‘‘Asseyons-nous, regardons les chiffres et trouvons des solutions.’’ [...] Et souvent, on constate qu’on est moins cher », tient-il à préciser. 

Experte en gestion municipale, Danielle Pilette estime que la Ville devrait plutôt investir dans un comité-conseil formé par des spécialistes en changements climatiques. Ceux-ci aideraient à déterminer si une opération de déneigement est nécessaire ou non, selon les épisodes fréquents de gel/dégel, croit la professeure à l’UQAM. 

 

AIDEZ-NOUS!      

Faites-nous part des situations qui irritent votre mobilité ou votre vie de quartier en joignant le groupe Facebook «Dans le trafic».       

 

 

À lire aussi

Et encore plus