Voici trois commerçants au centre-ville de Montréal qui souffrent | 24 Heures MTL
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Voici trois commerçants au centre-ville de Montréal qui souffrent

MONTRÉAL – Le centre-ville de Montréal a perdu ses touristes internationaux, ses festivals et ses travailleurs dans les tours de bureaux depuis le début de la pandémie. Quant aux commerçants du coin, ils font face à des pertes de clients qui les poussent près du précipice. 

Pour relancer le centre-ville, la Ville de Montréal a dévoilé mardi un plan de 400 000$ que le directeur général de l’hôtel Vogue, Éric Quesnel, qualifie de «mieux que de rien faire».

Voici trois commerçants, entrepreneurs et restaurateurs qui parlent de leur nouvelle réalité.

1. Éplucher les circulaires pour la nourriture

Sur la rue Drummond, le restaurant Madisons a diminué son chiffre d’affaires de plus que 90%. La propriétaire Roulla Kyriacow estime récolter des revenus de 5000$ à 7000$ par semaine comparativement à un chiffre d’affaires de 60 000$ avant la pandémie.

CAMILLE LALANCETTE/24 HEURES/AGENCE QMI

Mme Kyriacow tente d’économiser par tous les moyens en allant acheter elle-même la nourriture.

«Je vais moi-même chez mes fournisseurs et j’essaie de trouver ce qui est en rabais, a-t-elle donné en exemple. Parfois, le menu est changé parce que je n’ai pas trouvé de poisson qui était de bonne qualité.»

Le coût des aliments a d’ailleurs augmenté de 10 à 15%, selon elle.

La dame assure ne plus percevoir le 4% de pourboire que les serveurs doivent habituellement redonner à l’entreprise. «On est ensemble là-dedans, je ne peux pas leur enlever cet argent, on n’a déjà pas beaucoup de clients», a souligné celle qui n’a que sept employés encore en poste au lieu d’une cinquantaine.

Roulla Kyriacow s’indigne de la situation qui la force à ouvrir son restaurant à perte. «Montréal va mourir, croit-elle. Ce n’est pas avec 400 000$ de la mairesse que ça va aider les restaurants.»

2. Pas de clients

Dans le quartier Mille Carré Doré (Golden square Mile), les passants se font rares. À la boutique de bijoux Bleu comme le ciel, la présidente de la compagnie, Marie-Hélène Chartray, note 75% moins d’achalandage.

«Mes clients ont vraiment de la misère à se trouver des stationnements. J’ai une cliente qui a cherché pendant 30 minutes. Les stationnements au Palais des congrès [de Montréal] et au Complexe Desjardins ne nous aident pas à nous», a souligné la bijoutière sur le boulevard De Maisonneuve Ouest.

Rappelons que la Ville a annoncé dans son plan de relance que le Palais des congrès de Montréal offre des stationnements à prix réduit, mais le temps de déplacement est de 20 minutes à la marche jusqu’aux boutiques du Mille Carré Doré.

Mme Chartray est en désaccord avec les voies et les stationnements sacrifiés sur la rue Sainte-Catherine, mis en place pour créer des corridors sanitaires afin de distancer les piétons de deux mètres. «Il n’y a pas assez de piétons pour que ce soit deux voies qui soient barrées», remarque-t-elle.

CAMILLE LALANCETTE/24 HEURES/AGENCE QMI

Elle voit le visage des passants changés. «Le centre-ville est habituellement rempli de travailleurs. Maintenant, je vois qu’il y a de plus en plus d’itinérants qui dorment devant les boutiques. Les gens n’ont plus de monnaie à leur donner. Je trouve ça triste pour eux», a-t-elle ajouté.

Marie-Hélène Chartray tient à rappeler que les clients de sa boutique et de celles environnantes sont surtout des gens qui fréquentent le centre-ville pour le travail: «Nos boutiques dépendent vraiment des gens d’affaires».

3. Hôtels à prix réduit

À l’Hôtel Vogue sur la rue de la Montagne, toujours dans le Mille Carré Doré, les prix des chambres ont chuté de 150$. Selon Éric Quesnel, le directeur général de l’hôtel, à l’été 2019, une chambre coûtait 379$, en ce moment, le prix moyen est de 229$.

Pour l’hôtel de 142 chambres, celui-ci a un taux d’occupation entre 35 et 40 chambres la semaine, et une cinquantaine de chambres sont réservées durant les fins de semaine.

Pour assurer la pérennité de son entreprise, M. Quesnel pense «qu’au moins 60% d’occupation, c’est satisfaisant. Mais qu’on soit à 20% ou 90%, la majorité de nos dépenses sont les mêmes», a-t-il souligné.

CAMILLE LALANCETTE/24 HEURES/AGENCE QMI

Selon M. Quesnel, l’offre touristique est cyclique, et pour recevoir des touristes, ça prend une attraction. Ces mêmes touristes deviennent aussi des consommateurs des restaurants et des commerces.

«La saison estivale, c’est principalement plus des touristes, a-t-il dit. Les voyages d’affaires sont un peu moins nombreux étant donné que les bureaux sont presque fermés. On espère qu’en septembre ça revienne un peu plus à la normale. Ça, ça va aider un peu plus à augmenter le volume d’affaires.»

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