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Profilage racial : deux policiers du SPVM suspendus

Image principale de l'article Deux policiers suspendus pour profilage racial
ELSA ISKANDER/24 HEURES/AGENCE QMI

Deux policiers montréalais ont été suspendus 13 jours sans solde pour un incident en lien avec du profilage racial, une sanction qui est jugée insuffisante par un organisme antiraciste.

La semaine dernière, le Comité de déontologie policière a rendu une décision contre les agents Christian Benoît et Philippe Bernard-Thomassin en lien avec une arrestation faite en mars 2017 dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce.

Les policiers avaient interpellé Kenrick McRae, un homme noir anglophone, pour vérifier son permis de conduire. Ses papiers étaient en ordre, mais les agents sont retournés pour signaler un problème avec l’éclairage de la plaque d’immatriculation.

M. McRae reprochait aux agents de faire du profilage et a affirmé qu’il porterait plainte. Alors qu’il filmait le numéro du véhicule policier, les agents ont pris sa caméra et ont effacé du contenu sans en avoir le droit. M. McRae a été arrêté, mais aucune accusation n’a subséquemment été portée contre lui.

ELSA ISKANDER/24 HEURES/AGENCE QMI

Le Comité de déontologie policière a décidé que des suspensions de 34 jours et pour M. Benoît et de 28 jours pour M. Bernard-Thomassin étaient appropriées. Toutefois, certaines sanctions devant être purgées en même temps, cela entraînait finalement 13 jours sans solde pour chacun des agents.

Intervention en se fondant sur la race; menaces ou intimidation; détention sans droit; arrestation illégale; usage illégal de la force; saisie, fouille et effacement du contenu de la caméra sans en avoir le droit; faux rapport d’incident complémentaire : c’est la liste complète des entorses à la déontologie reprochée à l’agent Benoît. Pour l’agent Bernard-Thomassin, les faits reprochés sont les mêmes, mais n’incluent ni les menaces ni la saisie de la caméra.

Trop indulgent

Le Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR) s'est dit satisfait de la décision, mais croit que la sanction n’est pas assez sévère. Sur les 13 jours de suspension sans solde, 5 sont reliés à un motif de profilage racial : une durée insuffisante aux yeux de Fo Niemi, directeur du CRARR.

Kenrick McRae trouve aussi la décision trop indulgente vu le nombre de violations déontologiques. L’incident a porté atteinte à sa dignité, déplore l’homme de 48 ans. «Je souffre physiquement, émotionnellement», a relaté celui qui était lui-même policier dans son pays natal, la Guyane, et qui est aujourd’hui chauffeur d’autobus scolaire.

«Je n'ai pas confiance en la police», a-t-il dit, estimant qu’il a pu avoir gain de cause seulement parce que l’intervention avait été filmée par sa compagne.

Mardi matin, le Service de police de la Ville de Montréal présentera sa politique sur les interpellations, dévoilée aux médias en juillet dernier, à la Commission de la sécurité publique de l’hôtel de Ville. Cette politique ne traite pas du profilage des Noirs au volant, déplore Alain Babineau, conseiller au CRARR et ancien policier de la Gendarmerie Royale du Canada. «Black drivers matter» (les conducteurs noirs comptent), a-t-il martelé.

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