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Et si on s’interdisait de se plaindre de la météo?

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ANNIE T. ROUSSEL/JOURNAL

Si j’étais le dictateur du Québec, je commencerais par promulguer une loi pour interdire à quiconque de se plaindre de la météo. Pire : j’obligerais mon peuple à faire publiquement semblant de profiter du temps qu’il fait, peu importe lequel. 

Chaleur accablante, froid pénétrant, neige encombrante, vents à écorner les bœufs, etc. Dans ma dictature, chaque Québécois devrait, sous peine de lourde amende, s’abstenir de « chialer » et faire étalage de sa joie devant les conditions météo, même les plus inconfortables.

Il pleut à boire debout. Eh bien, pour satisfaire à ma Loi, une foule de monde sortirait, la bouche ouverte et la tête renversée vers l’arrière, afin, littéralement, de boire debout... D’autres danseraient en criaillant joyeusement dans l’averse. Pas le choix de s’amuser ; ce serait la Loi !

« Vive le froid ! »

Il fait froid ? Des groupes de citoyens creuseraient des trous dans la glace des lacs et des rivières pour des baignades nordiques. D’autres organiseraient des saunas amérindiens avec des pierres chaudes. Quant aux Québécois plus douillets, ils s’évertueraient à profiter du froid autrement par des activités d’intérieur réconfortantes. D’innombrables photos de soupes gratinées à l’oignon et de magnifiques lasagnes dégoulinantes de fromage envahiraient le fil d’actualités des réseaux sociaux.

Il neige ? Les rues se rempliraient de foules joyeuses en raquettes et en ski de fond, soucieuses de monter qu’elles respectent l’obligation d’aimer les tempêtes de neige. Des gens feraient du chocolat chaud sur le trottoir pour en offrir aux passants. Des sculptures de neige et de glace se compteraient par milliers. Les écoles organiseraient un concours du plus beau château de neige et érigeraient des palais de neige et de glace dans leur cour de récréation. (Les établissements scolaires qui empêcheraient les enfants de se « chamailler » dans la neige, de jouer au roi de la montagne ou à la bataille de balles de neige seraient visés par des sanctions.)

Valeur

C’est la canicule ? Les jeux d’eaux municipaux seraient bondés, pas seulement d’enfants, mais aussi d’adultes. Des manifestations de milliers de citoyens réclameraient plus de jeux d’eau, davantage de piscines et aussi, pourquoi pas, des glissades d’eau publiques. Mon gouvernement se dépêcherait de céder à la pression populaire en en bâtissant des milliers ! Même chose l’hiver avec les patinoires. Je financerais lourdement l’achat d’équipement sportif. Il y aurait tellement de petits Québécois en train de jouer au hockey dehors que, en moins de vingt ans, notre peuple retrouverait sa place prépondérante dans la LNH.

À force de faire semblant d’aimer la pluie, le froid, la neige, la canicule, à force de chercher des activités pour honorer la Loi avec ostentation, on finirait par vraiment tirer le meilleur parti de chacune de nos saisons. À défaut de détenir le pouvoir absolu, je me contente de m’auto-interdire de me plaindre de la météo. C’est une valeur que je compte léguer à mon fils afin que sa vie soit plus belle. La prochaine fois que vous serez tentés de rouspéter contre le temps qu’il fait, s’il vous plaît, retenez-vous.

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