Une nuit dans le nouveau refuge pour itinérants d'Hochelaga | 24 Heures MTL
/mtl-news/society

Une nuit dans le nouveau refuge pour itinérants d'Hochelaga

Image principale de l'article Une nuit dans le nouveau refuge pour itinérants
Louis-Philippe Messier / 24H

RÉCIT | Après avoir passé une nuit dans le campement d’itinérants installé le long de la rue Notre-Dame à Montréal, notre journaliste est allé incognito dormir dans le nouveau refuge d’Hochelaga où la Ville demande aux campeurs de se déplacer. Voici ses impressions. 

Mercredi à 14 h, lors de l’ouverture du refuge Cap-CARE, nous étions une quinzaine d’hommes à attendre devant l'ancien YMCA Hochelaga-Maisonneuve pour donner nos noms, recevoir un numéro de chambre-cubicule et un créneau horaire pour la douche.  

Tout le monde s’est fait accepter sans question. Les intervenants ont répété quatre commandements: «pas de drogue, pas d’alcool, pas de sexe, pas de violence».

• À lire aussi: Il passe une nuit dans un campement de fortune dans Hochelaga

À l'intérieur, tout avait été nettoyé depuis la veille: le sol de l’ancienne patinoire reluisait encore par endroits du liquide désinfectant. Cette propreté de niveau «salle d’opération» resplendissait sous un éclairage d’aréna de hockey.

Louis-Philippe Messier / 24H

Au centre de l’ancienne aire de jeu se dressaient quatre impressionnantes structures de bois intégralement recouvertes de plastique (pour faciliter le lavage) qui délimitaient 60 cubicules de huit pieds de haut et de long par six pieds de large, pour usage solitaire, dont cinq enclos plus larges munis de couchettes doubles pour les couples (pour un total de 65 places).

Chaque cubicule est meublé d'une couchette de toile tendue (sans matelas), d'une chaise de plastique et d'une table.

Louis-Philippe Messier / 24H

Le refuge était loin d'être rempli, en quel cas j'aurais bien sûr laissé ma place à quelqu'un dans le besoin.

C’était seulement la troisième journée d’activité de ce refuge cogéré par les organismes Cap Saint-Barnabé et CARE, d'où son nom «Cap-CARE». Il n’y avait pas encore de WiFi et pas non plus de lieu de réunion sociale pour les usagers.

• À lire aussi: Bénis soient les BIXI électriques

«Ça fait partie des nombreuses améliorations à venir très prochainement», m’expliquait en entrevue Michel Monette, le directeur et fondateur de CARE, le lendemain de ma visite. «En janvier, ce sera autre chose.»

Louis-Philippe Messier / 24H

Minimum

L'ameublement des cubicules est spartiate, et plusieurs de mes voisins trimballaient des coussins ou des sacs de couchage. Par principe, j’utilisais seulement ce que le refuge fournissait: une couverture de laine ornée du sigle de la Sécurité publique du Québec et... c’est tout. Mon jean et mon chandail pliés m’ont tenu guise d’oreiller.

Sans rideau au cubicule, c’était compliqué de se changer discrètement. Quant à la douche, mesure sanitaire oblige, on y allait un à la fois et chacun disposait de vingt minutes. La serviette et le savon étaient fournis et je suis sorti pour me procurer au dépanneur du dentifrice et une brosse à dents.

Louis-Philippe Messier / 24H

Tranquille

Le garage de la «Zamboni» a trouvé une nouvelle vocation: cantine. On ne cuisine pas les repas collectifs sur place, mais c’est là qu’on les réchauffe et qu’on les sert entre 17 h et 18 h chaque soir. Le soir où j’y étais, c’était porc, riz et légumes sautés, avec un potage et un muffin.

Louis-Philippe Messier / 24H

Une laveuse et une sécheuse en libre-service sont disponibles, comme tout le reste, gratuitement.

Louis-Philippe Messier / 24H

À 18 h 30, plusieurs des résidents étaient déjà étendus ou tranquilles. J'ai aperçu deux couples, dont un dont la femme semblait enceinte. Certains lisaient ou faisaient des mots croisés. Très peu discutaient entre eux. Chacun se tenait tranquille dans son cubicule. Vers 20 h, une sorte de chuchotement s'est fait entendre par-dessus le vrombissement de la ventilation: de la pluie battante sur le toit de l’aréna. À 21 h 30, les lumières se sont éteintes. Avec un passage constant des gardes, je n’ai eu aucun souci de sécurité.

Contrairement à d’autres refuges où il est interdit de sortir, chaque résident du Cap-CARE est libre de sortir et de rentrer à volonté. Toutefois, à 7 h du matin, tout le monde dehors.

Louis-Philippe Messier / 24H

Rudimentaire

La couchette était certainement moins dure qu’un recoin d’asphalte, mais c'est un confort rudimentaire. J’ai mal dormi, j’ai eu un peu froid et je me suis réveillé courbaturé lorsque le préposé m’a touché le pied délicatement pour me dire qu’il était temps de partir.

• À lire aussi: Les occupants du «Camping Notre-Dame» n'ont aucune intention de partir

• À lire aussi: La police ne démantèlera pas de force le «Camping Notre-Dame»

Un autre préposé à la sortie nous demandait si on comptait revenir le soir afin de réserver la couchette et nous remettait de la nourriture pour la journée dans un sac à lunch brun. Nous nous sommes assis sur les rectangles de béton jaune qui délimitent le stationnement pour déguster notre déjeuner: sandwich, bouteilles de yogourt, de chocolat au lait et barre tendre. À 14 h, une fois que tout a été désinfecté, le manège recommençait pour les préposés et les résidents du Cap-CARE.

Louis-Philippe Messier / 24H

Impersonnel

Je ne peux que décerner une note parfaite aux intervenants, aux gardes et aux employés pour la manière courtoise et souvent même souriante avec laquelle ils m’ont reçu au refuge Cap-CARE. J’ai dû réprimer mes pulsions journalistiques et me retenir de leur poser des questions afin de demeurer incognito. Ce n’est que partie remise.

L’expérience de ce refuge, certes impeccable, mais impersonnelle, me permet toutefois de comprendre pourquoi les itinérants qui vivent comme dans le petit village de tentes du «Camping Notre-Dame» n’ont guère envie de démanteler leur coloré village en plein air pour venir ici... du moins tant que les rigueurs hivernales ne les y contraindront pas.

Pour d’autres reportages de Louis-Philippe Messier et pour toutes les nouvelles du Grand Montréal   

Joël Lemay / Agence QMI

Visitez notre nouveau site 24heures.ca

Cliquez «J’aime» sur notre page Facebook

Sur le même sujet

À lire aussi

Et encore plus