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Anglesh Major : paver la voie pour les autres

Anglesh Major campe le rôle de «King Dave» après avoir réécrit certains passages avec l’auteur Alexandre Goyette JOEL LEMAY/AGENCE QMI
Joël Lemay / Agence QMI

Anglesh Major campe le rôle de «King Dave» après avoir réécrit certains passages avec l’auteur Alexandre Goyette JOEL LEMAY/AGENCE QMI

Porter tout un spectacle sur ses épaules à 28 ans et sur la scène du Théâtre Duceppe, c’est déjà tout un exploit. En reprenant le rôle de « King Dave », Anglesh Major se fait aussi le porte-voix de la jeunesse racisée de Montréal. 

C’est à l’invitation d’Alexandre Goyette, seul auteur et interprète de « King Dave » jusqu’ici, qu'Anglesh Major s’est donné le droit de réécrire les répliques du solo dans ses propres mots. Autrement, croit-il, ça aurait sonné faux.

« Alex, il est très Québécois dans sa manière de parler, son personnage est vraiment dans un gros joual, tandis que moi j’ai plus le slang qu’on entend à Montréal. Cette espèce de langue hybride mélangée avec du créole haïtien, de l’anglais et du français. C’est plus ça, ma réalité. »

L’exercice n’est pas sans rappeler Michel Tremblay et ses belles sœurs, l’introduction du joual dans la dramaturgie québécoise. Cette langue parlée par l’acteur dans cette relecture, on ne l’entend jamais dans l’art au Québec – sauf peut-être dans une chanson du rappeur Tizzo.

« C’est un cadeau de pouvoir montrer une langue qui est moins représentée, c’est carrément un acte politique en soi de dire ‘’regardez, cette langue-là elle existe.’’ On parle comme ça à Montréal et ça marche. Il n’y a pas juste une manière ou deux de monter un texte. »

Joël Lemay / Agence QMI

Adapté au cinéma par Podz en 2016, la pièce « King Dave » raconte l’histoire d’un bandit de petite semaine, un gars qui évolue dans un milieu pas très favorisé et dont la vie dérapera solide en l’espace d’une nuit.

« Si tu reprends un spectacle qui a été fait par un gars comme Alex et que tu mets un Noir sur scène à sa place, c’est un ‘’statement’’. [...] Il y a certains trucs qui résonnent un peu plus, je dirais. Comme ce moment où Dave raconte qu’il s’est fait tabasser dans le métro pour avoir porté un macaron contre le racisme. »

La révélation de l’automne

Anglesh Major n’a jamais été aussi demandé qu’en ce moment. On le verra chez Duceppe dès le 29 septembre, certes, mais aussi sur la plateforme ICI.TOU.TV pour la première saison de «Je voudrais qu’on efface» et sur les planches de l’Usine C en avril 2021.

Justement, c’est là qu’il nous a donné rendez-vous.

« C’est une grosse journée pour moi aujourd’hui. Je suis en répète à l’Usine C, pour une pièce qui n’a pas encore été annoncée, je fais l’entrevue avec toi et après ça je m’en vais à Duceppe. En plus, ce matin, j’avais une audition», a-t-il confié.

« J’ai fait l’UQAM en jeu et depuis ma sortie, vraiment, je ne peux pas me plaindre. Ça fait trois ans que je fais du théâtre, que je joue à la télé... », a-t-il ajouté.

Malgré ça, rien ne se compare à ce vertigineux mandat entre les murs de la Place des Arts, à ce prestigieux contrat qui, avoue-t-il, l’empêche parfois de dormir. Lorsque le trac le prend en pleine nuit, Anglesh Major repense à Alexandre Goyette. À son geste d’ouverture et de générosité encore assez hors-norme qui lui donne les ailes. Tous les auteurs n’en feraient pas autant.

« ‘’King Dave’’, c’est son bébé. Il l’a écrit, il l’a joué. C’est quelque chose. C’est comme s’il partageait la garde de son enfant avec moi. S’il me fait autant confiance, c’est que je dois me faire confiance aussi. »

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