Largués par son médecin de famille: 864 jours d’attente pour un Montréalais | 24 Heures MTL
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Largués par son médecin de famille: 864 jours d’attente pour un Montréalais

Le Guichet d’accès à un médecin de famille lui dit de patienter près de deux ans et demi pour en avoir un autre

Le résident de Rosemont Jean-Christophe Filosa a vu son médecin de famille partir pour Saint-Sauveur et risque d’attendre plus de deux ans avant d’en avoir un nouveau.
Photo Martin Alarie

Le résident de Rosemont Jean-Christophe Filosa a vu son médecin de famille partir pour Saint-Sauveur et risque d’attendre plus de deux ans avant d’en avoir un nouveau.

Un Montréalais, largué par son médecin de famille qui a décidé de déménager dans les Laurentides, risque de devoir attendre 864 jours avant d’en trouver un autre.

Jean-Christophe Filosa est tombé en bas de sa chaise en apprenant qu’il devrait patienter près de deux ans et demi.

« Je me suis dit “ils ont fait une erreur”, lance-t-il, préférant en rire plutôt que d’en pleurer. Je m’attendais plus à une année [d’attente], même si c’est long. J’ai trouvé ça surréaliste. »

L’homme de 55 ans, qui vit dans le quartier Rosemont–La Petite-Patrie, a récemment appris que son médecin des dix dernières années déménageait à Saint-Sauveur pour des raisons familiales.

Impossible de transférer son dossier au sein de la Clinique médicale Angus, où le docteur travaillait. Il a donc dû faire une demande en ligne auprès du Guichet d’accès à un médecin de famille (GAMF), mis en place par Québec.

Et il a reçu la réponse suivante par courriel : « Actuellement, dans votre région, le délai d’attente pour les personnes dont l’état de santé est semblable au vôtre est estimé à 864 jours à compter de la date d’inscription initiale. » 

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« Ridicule »

« C’est complètement ridicule », dénonce quant à lui Paul Brunet, du Conseil de la protection des malades. 

Il estime que de si longs délais remettent en question la pertinence du GAMF. « Il faudrait abolir ce guichet-là. C’est pire de répondre ça aux gens que de ne pas l’offrir à mon avis », souligne-t-il.

La situation vécue par M. Filosa illustre à son avis que le gouvernement caquiste est encore loin de sa promesse voulant que 95 % des Québécois aient accès à un médecin de famille.

À Montréal, la moyenne est même plutôt autour de 70 %, selon les données du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), bien en deçà de la cible évoquée par les libéraux de 85 %.

« Le besoin excède l’offre », explique le Dr François Loubert, médecin responsable de la Clinique Angus, qui remarque une pénurie de médecins sur l’île de Montréal.

Il indique que les patients sont toujours inscrits au nom d’un médecin et qu’il n’y a aucune obligation légale pour un Groupe de médecine familiale (GMF) de les prendre en charge à son départ.

Il ajoute que l’attente estimée par le GAMF varie selon l’état de santé d’une personne. C’est pourquoi les délais doivent être pris en compte avec « circonspection », selon lui.

Présentement, quand l’état de santé d’une personne se dégrade, celle-ci peut modifier sa demande et être priorisée. 

Son état peut changer

N’empêche, même s’il est aujourd’hui en bonne forme, Jean-Christophe Filosa reconnaît que son état de santé peut changer rapidement en deux ans et demi, possiblement sans suivi.

De plus, le médecin qui a déménagé suivait aussi sa femme et son fils, âgé de 20 ans. Par conséquent, ils doivent à leur tour s’inscrire auprès d’un GAMF, et la famille pourrait éventuellement avoir des médecins dans trois cliniques différentes.

« Pour l’instant, ça va... », philosophe Jean-Christophe Filosa, qui dit vouloir se montrer bon joueur.

Le MSSS n’a pas été en mesure de répondre à notre demande pour expliquer ce délai de 864 jours à Montréal.

Partie de la population qui a accès à un médecin de famille   

  • Le Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal : 66 %  
  • Le Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal : 68 %  
  • Le Nord-de-l’Île-de-Montréal : 68 %  
  • L’Est-de-l’Île-de-Montréal : 70 %  
  • L’Ouest-de-l’Île-de-Montréa :l 75 %  
  • La Montérégie-Centre : 76 %  
  • La Montérégie-Est : 80 %  
  • Laval : 80 %  
  • La Montérégie-Ouest : 81 %  
  • Les Laurentides : 82 %   

Moyenne provinciale : 82 %

*Source : Ministère de la Santé et des Services sociaux, données en date du 31 décembre 2019

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