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Quatre actrices de la diversité, un même combat

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PHOTO COURTOISIE/Julie St-George

Escouade 99, le «remake« québécois de la populaire émission américaine Brooklyn Nine-Nine, a attiré l’attention il y a quelques semaines alors que certains ont critiqué le manque de diversité dans sa distribution. Nous en avons profité pour parler avec quatre comédiennes québécoises issues de la diversité non pas à propos de la série réalisée par Patrick Huard, mais bien de la représentativité en général sur les écrans québécois. Voici leurs réflexions.

La comédienne d’origine haïtienne Schelby Jean-Baptiste est reconnaissante des diverses opportunités télévisuelles qui se sont présentées à elle au cours des dernières années, avec des rôles dans Trauma, La faille, L’Échappée, L’heure bleue ou encore Unité 9. Ça ne l’empêche par contre pas de déplorer le manque de femmes de couleur campant un premier rôle à l’écran dans les productions québécoises.

Schelby Jean-Baptiste

PHOTO COURTOISIE/Julie St-George

Schelby Jean-Baptiste

«Je sais que parmi les comédiennes noires de mon âge, je suis parmi celles qui travaillent le plus. Je suis consciente d’avoir été privilégiée. Toutefois, est-ce que les femmes noires ont eu assez de rôles à la télé, depuis les 20 dernières années? Non», dit-elle.

La comédienne Sarah Dagenais-Hakim, d’origine québécoise et marocaine, (Lance et compte, Victor Lessard) abonde dans le même sens. «Nommez-moi une “big shot” au Québec comme actrice qui est d’une autre origine que québécoise de souche... Il n’y en a pas», affirme-t-elle.

Sarah Dagenais-Hakim

PHOTO COURTOISIE/Eva-Maude TC

Sarah Dagenais-Hakim

Pourtant, lorsqu’on demande à Schelby Jean-Baptiste si les Québécois sont prêts à voir plus de diversité dans leur télévision, la comédienne est positive et catégorique: il n’y a qu’à voir ce qu’ils regardent à la télé américaine. «Un mot: Netflix. Du Saguenay à Montréal, tout le monde est abonné à Netflix et les shows qui y sont présentés font énormément de place à la diversité», répond-elle.

Double identité

Avoir une double identité peut sembler un atout, mais ça peut devenir un handicap, constate Noémie Leduc-Vaudry (C’est comme ça que je t’aime, Max & Livia). «J’ai été adoptée et je suis asiatique. Mon bagage culturel n’est que québécois malgré l’image que je projette. Je suis à la fois trop québécoise ou trop asiatique selon les castings», réalise-t-elle.

Noémie Leduc-Vaudry

PHOTO COURTOISIE/Marie-Claude Fournier

Noémie Leduc-Vaudry

Celle qui est comédienne depuis 13 ans souligne l’importance de l’audition, qui permet de découvrir des talents divers. «Les castings ont de moins en moins de temps. De plus, les productions sont frileuses de prendre des risques sur les nouveaux visages», déplore-t-elle.

«Je trouve ça dommage que ce soit toujours les 75 mêmes acteurs [que l’on voit à l’écran]... J’en connais tellement de talents qui sont aussi bons et je crois qu’il faut juste donner de petites chances.»

Clichés

Des commentaires l’enjoignant à dissimuler son identité sous peine de rester dans les clichés, la comédienne trans Pascale Drevillon (Fugueuse saison 2) en a entendus.

Pascale Drevillon

PHOTO COURTOISIE/Olivier Hardy

Pascale Drevillon

«En tant que femme trans, à l’école de théâtre, on m’a dit qu’il faudrait que je me cache et que je n’en parle pas, sinon ça pourrait devenir problématique. Et pourtant, comme comédienne, je veux jouer une “pitoune” dans un film d’action autant qu’une psychologue dans un drame», raconte-t-elle.

La différence peut rapidement devenir le centre du personnage. «J’ai joué le rôle d’une femme trans et il a fallu qu’au deuxième épisode, on parle de vaginoplastie... La question du genre, c’est super complexe.»

Sarah Dagenais-Hakim, a aussi auditionné pour des rôles très typés. «Je devais auditionner pour une femme voilée arabe et musulmane et une proche qui est arabe et musulmane m’aidait à répéter et elle était fâchée! Elle disait que le rôle nourrissait le préjugé et que c’était super péjoratif», se souvient-elle.

«Même si ces caractéristiques sont une infime minorité dans la culture, c’est juste ça qu’on montre à la télé. Il faut ne pas juste montrer des clichés négatifs.»

Des ressemblances

Selon Pascale Drevillon, la solution pour enrayer les clichés et apporter plus de couleur au paysage médiatique québécois est d’engager, dans tous les paliers de l’équipe de réalisation, des «personnes qui nous ressemblent».

«”Next step”, ça prend du monde comme nous partout, pas juste une personne blanche établie, qui dit le faire pour des raisons soi-disant altruistes, juste pour faire un show», dit-elle.

«Il faut ces personnes pour être capable de raconter une histoire dans toutes ses nuances.»

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