OnlyFans: faire de l'argent avec des photos osées | 24 Heures MTL
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OnlyFans: faire de l'argent avec des photos osées

Kimberly St-Pierre King, résidente de Brossard âgée de 26 ans, n’avait jamais publié une photo d’elle nue sur Internet. Celle qui a ouvert son compte au début de la pandémie a enregistré depuis environ 20000$. «Je ne suis pas une fille qui fait de la porno. Juste une fille qui recherchait à faire un peu de cash dans un moment que je ne travaille pas», dit celle qui était employée de bar au Don B Comber situé sur le boulevard Saint-Laurent à Montréal. 
PHOTO COURTOISIE
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Kimberly St-Pierre King, résidente de Brossard âgée de 26 ans, n’avait jamais publié une photo d’elle nue sur Internet. Celle qui a ouvert son compte au début de la pandémie a enregistré depuis environ 20000$. «Je ne suis pas une fille qui fait de la porno. Juste une fille qui recherchait à faire un peu de cash dans un moment que je ne travaille pas», dit celle qui était employée de bar au Don B Comber situé sur le boulevard Saint-Laurent à Montréal. PHOTO COURTOISIE

Des Québécoises ont profité de la pandémie pour diffuser des photos et des vidéos osées d’elles sur internet contre de bonnes sommes d’argent. Même si elles ont dû faire face à des critiques de leur entourage, trois jeunes femmes à qui nous avons parlé disent qu’elles ne regrettent pas leur expérience.

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La Lavalloise Hélène Boudreau s’est lancée dans l’aventure en octobre dernier en se créant un compte sur la plateforme OnlyFans, qui sert à partager du contenu payant à des abonnés. Pour accéder à ses photos et vidéos, il faut payer 20 $ par mois. 

Celle qui termine un baccalauréat en arts visuels à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) avait au moment d’écrire ces lignes 674 abonnés, et tire de ses activités des revenus mensuels impressionnants. 

«Avant la pandémie, je faisais dans les quatre chiffres [chaque mois]. Maintenant, dans les cinq», a dit la jeune femme de 28 ans, qui a même dû embaucher quelqu’un à temps partiel pour l’aider à gérer son compte. 

Bientôt bachelière en arts visuels à l’Université du Québec à Montréal, Hélène Boudreau est âgée de 28 ans et possède un compte Onlyfans depuis près d’un. La pandémie a accéléré sa popularité sur la plateforme. Ses revenus mensuels sont estimés à 20 000$, indique la jeune femme détenant plus de 40 000 abonnées sur Instagram.  
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Bientôt bachelière en arts visuels à l’Université du Québec à Montréal, Hélène Boudreau est âgée de 28 ans et possède un compte Onlyfans depuis près d’un. La pandémie a accéléré sa popularité sur la plateforme. Ses revenus mensuels sont estimés à 20 000$, indique la jeune femme détenant plus de 40 000 abonnées sur Instagram. PHOTO COURTOISIE

Les créateurs peuvent aussi mousser leurs revenus avec du contenu qui peut être débloqué à condition d’être prêt à payer une prime. La plateforme OnlyFans, démarrée au Royaume-Uni, prend une part de 20 % sur chaque transaction. 

La jeune femme était populaire sur les réseaux sociaux avant d’ouvrir son compte: elle a par exemple plus de 40 000 abonnés sur Instagram. 

«Les gens ont tous un côté très voyeur. Sur Instagram, sur Facebook, on veut tout savoir de la vie des autres. Quand une personne a beaucoup d’abonnés, il y a une plus grande incitation à voir la vie secrète de ces filles-là», a dit Mme Boudreau. 

Contenu libre

Audrey Ivory fait de la danse burlesque depuis plus de 10 ans et est bien connue dans ce milieu. Comme elle peut difficilement se produire en spectacle en raison de la pandémie, la Montréalaise a décidé de démarrer un compte OnlyFans en mai pour partager du contenu trop osé pour le diffuser à ses 80 000 abonnés sur Facebook. 

«C’est une façon de rentabiliser le matériel qu’on a créé, mais qu’on n’a pas été capable de partager, car il a été censuré», a relaté celle qui indique faire «quelques centaines de dollars» chaque mois. 

Audrey Ivory, danseuse burlesque depuis près de dix ans, a su faire son nom dans le milieu burlesque. Artiste de la scène, elle a obtenu une troisième place à un concours international de Rockabilly à Las Vegas en 2017. Celle qui peut difficilement se produire en spectacle en raison de la pandémie et qui compte près de 80 000 abonnées sur Facebook a démarré un compte Onlyfans en mai dernier. 
PHOTO COURTOISIE/Marisa Parisella

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Audrey Ivory, danseuse burlesque depuis près de dix ans, a su faire son nom dans le milieu burlesque. Artiste de la scène, elle a obtenu une troisième place à un concours international de Rockabilly à Las Vegas en 2017. Celle qui peut difficilement se produire en spectacle en raison de la pandémie et qui compte près de 80 000 abonnées sur Facebook a démarré un compte Onlyfans en mai dernier. PHOTO COURTOISIE/Marisa Parisella

Plus le contenu comporte de la nudité ou des actes pornographiques, plus c’est payant, concède celle qui s’en tient à des photos sensuelles. «Tu publies ce que tu es confortable. Tu n’es pas obligée de publier de la nudité. [...] Je savais que si j’ouvrais un compte, ça allait être dans mes propres termes», a-t-elle précisé. 

Kimberly St-Pierre King, une résidente de Brossard âgée de 26 ans, n’avait jamais publié une photo d’elle nue sur internet avant de se créer un compte OnlyFans au début de la pandémie. Depuis, celle qui détient 150 abonnés dit avoir amassé environ 20 000 $. 

«Je ne suis pas une fille qui fait de la porno. Juste une fille qui recherchait à faire un peu d’argent dans un moment où elle ne travaille pas», a dit celle qui était avant une employée de bar. 

«C’est pas mal de la lingerie et des photos qui sont censurées. Si tu veux les voir, il faut que tu payes plus. Mes “fans” vont m’écrire en privé s’ils veulent les voir. Pour chacune de mes photos, le prix varie entre 10 $ et 30 $. Ça dépend de ce qu’ils veulent voir», a-t-elle ajouté. 

Critiques

Les trois jeunes femmes ont reçu des critiques de leurs proches ou de leurs abonnés lorsqu’elles ont décidé de se lancer dans l’aventure OnlyFans. 

«Ma mère et mon père ne m’ont pas parlé pendant un bout. Ma famille était vraiment déçue de moi», a raconté Hélène Boudreau. Malgré tout, elle vit bien avec sa décision. 

Bientôt bachelière en arts visuels à l’Université du Québec à Montréal, Hélène Boudreau est âgée de 28 ans et possède un compte Onlyfans depuis près d’un. La pandémie a accéléré sa popularité sur la plateforme. Ses revenus mensuels sont estimés à 20 000$, indique la jeune femme détenant plus de 40 000 abonnées sur Instagram.  
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Bientôt bachelière en arts visuels à l’Université du Québec à Montréal, Hélène Boudreau est âgée de 28 ans et possède un compte Onlyfans depuis près d’un. La pandémie a accéléré sa popularité sur la plateforme. Ses revenus mensuels sont estimés à 20 000$, indique la jeune femme détenant plus de 40 000 abonnées sur Instagram. PHOTO COURTOISIE

«Si tu veux être dans cette industrie, OnlyFans c’est la meilleure chose, car tu n’es pas en contact [avec les internautes]. Ce ne sont pas les hommes qui décident, mais toi. Tu as beaucoup de pouvoir. J’ai appris à m’aimer, ça m’a permis de sortir d’une relation toxique. J’ai eu beaucoup de relations avec des hommes qui me disaient quoi faire, qui me disaient quoi ne pas faire. Ça m’a permis de m’extérioriser», a-t-elle exprimé. 

Kimberly St-Pierre King a notamment joué dans l’émission jeunesse «Kaboum» il y a 13 ans. Des téléspectateurs suivaient encore ses activités et ont été choqués de voir qu’elle s’affichait nue sur internet. 

«Ils ont vu que j’ai vieilli et que j’avais un OnlyFans, je me suis fait ramasser. [...] Je me suis fait traiter de pute, de laide. [...] Dans leur tête à eux, je ne devrais pas avoir l’air d’une femme qui s’assume», a-t-elle dit. 

Kimberly St-Pierre King, résidente de Brossard âgée de 26 ans, n’avait jamais publié une photo d’elle nue sur Internet. Celle qui a ouvert son compte au début de la pandémie a enregistré depuis environ 20000$. «Je ne suis pas une fille qui fait de la porno. Juste une fille qui recherchait à faire un peu de cash dans un moment que je ne travaille pas», dit celle qui était employée de bar au Don B Comber situé sur le boulevard Saint-Laurent à Montréal. 
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Kimberly St-Pierre King, résidente de Brossard âgée de 26 ans, n’avait jamais publié une photo d’elle nue sur Internet. Celle qui a ouvert son compte au début de la pandémie a enregistré depuis environ 20000$. «Je ne suis pas une fille qui fait de la porno. Juste une fille qui recherchait à faire un peu de cash dans un moment que je ne travaille pas», dit celle qui était employée de bar au Don B Comber situé sur le boulevard Saint-Laurent à Montréal. PHOTO COURTOISIE

Audrey Ivory appuie les deux créatrices. «On est en 2020. Il est temps qu’on laisse le droit aux femmes de faire ce qu’elles sont confortables de faire avec leur corps. On se fait tellement censurer sur les réseaux sociaux. On peut-tu avoir un "break" quelque part? Si on comprend les enjeux, qu’on est à l’aise et que l’on voudrait faire de l’argent avec ça, il faut vivre et laisser vivre.» 

Les trois créatrices conseillent toutefois aux personnes intéressées de bien se renseigner sur le fonctionnement du site et sur les répercussions avant de faire le saut. 

«Mon amie voulait s’en partir un, mais elle n’avait que 18 ans. Je ne l’encourage pas pour les jeunes filles», a nuancé Hélène Boudreau. 

Selon la politique de la plateforme, chaque utilisateur doit être âgé de 18 ans et plus. 

Attention à l'exploitation  

Même si les femmes qui choisissent de se dévoiler sur des plateformes comme OnlyFans contrôlent le contenu qui y est publié, des spécialistes voient d'un mauvais œil que l'accès à la nudité ou la sexualité d'autrui peut s'acheter. 

«En tant que société, est-ce qu’on pense que c’est ça qui est signe de progressisme social et d’une société égalitaire? Que l’accès à la nudité des filles et des femmes soit une question de capacité de payer?» a réfléchi Jennie-Laure Sully, de la Concertation des luttes contre l'exploitation sexuelle (CLES). 

«Je trouve ça très problématique. Ça nous dit que, dans le fond, on n’est pas rendu à considérer que le sexe est une question de désir mutuel», a-t-elle ajouté. 

Jennie-Laure Sully, de la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES), est claire: il est plus facile d’entrer dans l’industrie du sexe que d’en sortir. Elle met en garde les jeunes femmes qui diffusent du contenu osé sur des plateformes comme OnlyFans. PHOTO COURTOISIE

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Jennie-Laure Sully, de la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES), est claire: il est plus facile d’entrer dans l’industrie du sexe que d’en sortir. Elle met en garde les jeunes femmes qui diffusent du contenu osé sur des plateformes comme OnlyFans. PHOTO COURTOISIE

Mme Sully s'inquiète aussi que les femmes qui utilisent ces plateformes perdent le contrôle. «Quelle que soit leur motivation qui les a amenées [à se créer un profil], il y a plusieurs chemins qui vont amener des femmes vers l’industrie du sexe. Une fois que le pied est mis là-dedans, c’est très difficile de sortir. C’est plus facile d’y entrer que d’en sortir», a prévenu Mme Sully. 

«Nous, ça nous amène à dire qu’elles n’ont pas le contrôle et qu’il y a des risques qu’elles ne soient pas conscientes. Il faut alerter les gens. Il faut parler de cyberexploitation sexuelle. C’est le mot que nous on utilise», a-t-elle enchainé. 

Shirley-Ann Savard, travailleuse sociale spécialiste en exploitation sexuelle pour le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Laval, est catégorique. «Toute forme de plateforme qui permet la marchandisation du corps, c’est quelque chose que mon organisation n’endosse pas», a-t-elle lancé. 

Elle invite d'ailleurs les personnes qui s'abonnent à ce type de compte à se demander ce qui sous-tend leur décision. 

«Dans la société, il ne faut pas se le cacher, il y a une banalisation de la sexualité par l’hypersexualisation. Il y a quelque chose qui est rendu socialement acceptable et qui tolère l’usage de ce type de plateformes là», a-t-elle déploré. 

Shirley-Ann Savard, travailleuse sociale pour le CISSS de Laval, souhaiterait que l’on réfléchisse à ce qui motive un individu à débourser de l’argent pour accéder à la nudité d’autrui, par exemple en s'abonnant à des comptes sur la plateforme OnlyFans. PHOTO COURTOISIE

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Shirley-Ann Savard, travailleuse sociale pour le CISSS de Laval, souhaiterait que l’on réfléchisse à ce qui motive un individu à débourser de l’argent pour accéder à la nudité d’autrui, par exemple en s'abonnant à des comptes sur la plateforme OnlyFans. PHOTO COURTOISIE

Mme Sully reconnait que les utilisatrices prennent des décisions éclairées et que personne ne les a forcées à mettre ce contenu sur internet; elle critique plutôt le système. 

«Personne ne leur a mis un "gun" sur la tempe. On ne remet pas ça en question. Ce qu’on dit, c’est qu’il faut regarder l’ensemble du phénomène, avoir une analyse sociale et se poser des questions en tant que société et admettre qu’il existe une industrie du sexe. Comme toutes les autres industries, elle cherche à faire du profit et à utiliser des technologies à son avantage. Elle n’est pas là dans une perspective de solidarité ou même de souci du bien-être des femmes qui s’y retrouvent de façon générale», a-t-elle conclu.

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