Helena Deland: tout perd son sens dans le miroir | 24 Heures MTL
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Helena Deland: tout perd son sens dans le miroir

Généreusement couverte par la presse internationale, Helena Deland a déjà tourné aux quatre coins de l’Europe et de l’Amérique du Nord auprès de musiciens très populaires tels que Iggy Pop et Weyes Blood.
PHOTO COURTOISIE/Tess Rob

Généreusement couverte par la presse internationale, Helena Deland a déjà tourné aux quatre coins de l’Europe et de l’Amérique du Nord auprès de musiciens très populaires tels que Iggy Pop et Weyes Blood.

Elle a posé sa voix sur moult chansons de Men I Trust, tourné aux côtés de Iggy Pop et de Connan Mockasin, récolté presque trois millions d’écoutes pour sa composition «Claudion». Tout ça, sans même s’être commise à la parution d’un long-jeu.

«Someone New», parce qu’il en va du titre de ce premier vrai album attendu de pied ferme, nous révèle une Helena Deland fidèle à elle-même. Tendre dans ses interprétations, mais aussi espiègle par moments, elle rivalise tout autant d’audace sur le plan des arrangements.

L’autrice-compositrice montréalaise repousse les limites du folk avec des cassures rythmiques, des basses prenantes et des instruments trafiqués à l’ordinateur ou avec des pédales d’effets. On est résolument bien loin d’une proposition comme celle de Joni Mitchell, disons.

Helena Deland s’inscrit dans l’air du temps.

«J’ai toujours eu une image de ce à quoi je voulais que ça ressemble. Sur "Fruit Pit", par exemple, je voulais qu’on ait l’impression qu’on est un tout petit bonhomme qui se promène dans l’herbe à hauteur d’insecte», a-t-elle raconté.

«J’avais toutes ces idées, mais n’étant pas productrice moi-même, j’ai compté sur mon ami Valentin Ignat pour faire les textures. Lui, il est en électroacoustique, c’est un espèce de geek du son. Son approche de la musique est vraiment axée sur les détails dans les sonorités.»

Généreusement couverte par la presse internationale, Helena Deland a déjà tourné aux quatre coins de l’Europe et de l’Amérique du Nord auprès de musiciens très populaires tels que Iggy Pop et Weyes Blood. 
PHOTO COURTOISIE/Tess Rob

PHOTO COURTOISIE/Tess Roby

Généreusement couverte par la presse internationale, Helena Deland a déjà tourné aux quatre coins de l’Europe et de l’Amérique du Nord auprès de musiciens très populaires tels que Iggy Pop et Weyes Blood. PHOTO COURTOISIE/Tess Rob

«Fruit Pit», la quatrième plage, s’impose d’ailleurs comme l’une des pièces phare du disque. La parolière s’y dévoile sans filtre aucun, confiant qu’elle préférait être invisible qu’immortalisée sur ses photos de presse, déboulonnant un gros tabou tenace dans la foulée. Ce titre sous-tend une réflexion que les artistes gardent toujours pour eux seuls, il évoque la beauté en opposition à la laideur, la beauté comme un privilège dont Helena se sait personnellement pourvue.

Après tout, être jeune et jolie, c’est presque toujours un prérequis pour réussir dans la si compétitive industrie de la musique.

«Il y a une espèce de corrélation entre les artistes qui se trouvent un label et leur look. C’est suspicieusement entremêlé», fait-elle remarquer avec lucidité.

«Je pense que c’est un peu comme une métaphore pour le reste du monde aussi. C’est vraiment terrible, parce qu’on n’a aucun contrôle sur notre physique, mais ça a un impact sur notre succès. C’est sûr.»

Grave et pertinente, cette hypothèse germe à l’esprit d’à peu près toutes les femmes qui évoluent dans ce domaine. La sirène américaine Weyes Blood en est, une chanteuse et créatrice d’envergure internationale qui s’adonne à avoir partagé la route de la Québécoise.

«J’ai eu une conversation avec Weyes et elle m’a directement confrontée en me demandant si je pensais que j’avais une date de péremption dans le métier. Ma réponse a été oui. Je me sens moins inquiète par rapport à ça qu’avant, mais c’est définitivement une réalité.»

Dompter ses craintes

Ces tournées vécues auprès de grandes pointures ont changé Helena, lui permettant au passage de rompre avec certaines de ses peurs.

«J’ai eu un rapport super insécure par rapport à mon métier pour des raisons un peu personnelles. C’est un risque de se lancer en musique et ça m’a pris du temps avant de me faire confiance.»

«Les musiciens artistiques en général, c’est des gens qui n’ont pas de formation. La formation la plus directe, c’est carrément la tournée.»

À cheval sur les deux solitudes   

Née à Vancouver, mais aujourd’hui résidente de Montréal, Helena Deland a grandi sur la rive sud de Québec, où sa mère enseignait l’anglais à des ados du secondaire.

Parfaitement bilingue, la musicienne oscille tout naturellement entre deux cultures, papillonnant entre deux communautés qui, trop souvent, s’ignorent mutuellement.

«J’écris dans un journal intime et d’habitude c’est en français. Ces temps-ci, ceci dit, j’habite avec des gens qui parlent anglais et on dirait que j’ai comme "switché". Mon espèce de monologue intérieur a comme changé de langue récemment.»

Chose certaine, sa prose pourtant anglo-saxonne s’ancre dans la poésie d’expression française, les mots des autres comme ceux de son ami Jonas Fortier, un auteur actuel publié à L’Oie de Cravan. Une influence importante, avoue-t-elle.

Sinon, c’est à Proust qu’elle doit le fil conducteur de «Someone New», cette idée d’un nouvel amant qui visite sa chambre et la devine à travers son décor, une série d’objets qui lui appartiennent. C’est une pensée qui a germé en elle à la lecture du classique «À la recherche du temps perdu».

Diplômée en littérature à l’UQAM dans la langue de Leclerc et de Vigneault, Helena Deland cache des notes qui pourraient un jour prendre la forme d’un livre. En attendant, elle aborde la musique avec la posture d’une essayiste, livrant tout un bouquet de brillantes chansons à l’argumentaire étoffé.

«Someone New (Chivi Chivi)»

Disponible le 16 octobre

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