Attention à la colère des boucs émissaires | 24 Heures MTL
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Attention à la colère des boucs émissaires

Retour du Hockey de la LNH opposant les Canadiens de Montréal aux Pingouins de Pittsbourgh, sans public, mais dont le match est diffusé dans plusieurs bars, comme au Patrick's Pub à Montréal, le vendredi 1er aout 2020
TOMA ICZKOVITS/AGENCE QMI

Retour du Hockey de la LNH opposant les Canadiens de Montréal aux Pingouins de Pittsbourgh, sans public, mais dont le match est diffusé dans plusieurs bars, comme au Patrick's Pub à Montréal, le vendredi 1er aout 2020

Aujourd’hui, ce sont des centres de sports, de danse et d’arts martiaux qui « ruent dans les brancards ». Demain, ce sera au tour de cafés et de restaurants de « hausser le ton » si on continue d'ignorer leurs doléances. 

Après-demain, ce seront peut-être les musées, les théâtres, les cinémas, voire les églises, qui perdront patience. Le génie sort de la bouteille, ce sera difficile de l’y renfermer. 

Réouverture du Musée d’art contemporain de Montréal (MAC) situé sur la rue Sainte-Catherine suite à la pandémie de coronavirus (COVID-19) , à Montréal, mercredi le 24 juin 2020.

Joël Lemay / Agence QMI

Réouverture du Musée d’art contemporain de Montréal (MAC) situé sur la rue Sainte-Catherine suite à la pandémie de coronavirus (COVID-19) , à Montréal, mercredi le 24 juin 2020.

De la part du gouvernement, invoquer la pandémie pour verrouiller des lieux de vie qui ne contribuaient pas à la propagation du virus, c’était douteux. Les restaurateurs ont lancé un «Mais pourquoi?» auquel le gouvernement n'a jamais daigné répondre. Un mois plus tard, le doute a cédé la place à la certitude : ces fermetures étaient, et demeurent, arbitraires. 

En latin, on dit : «non sequitur». En québécois : «pas rapport». C’est une expression indémodable. Quel rapport entre freiner une épidémie et fermer de force les musées où les risques de propagation étaient infinitésimaux ? Aucun. Une telle mesure n’a tout bonnement pas rapport et tout le monde le sait. Obliger un établissement à appliquer de strictes mesures sanitaires, c’est une chose ; cadenasser ce même établissement, malgré son respect des règles, c’est autre chose. 

Faire mal 

Notre espèce est très ancienne. Certaines méthodes expiatoires semblent inscrites dans sa nature sociale. Une épidémie survient-elle ? De vieux réflexes ressurgissent. On se flagelle, il faut que ça fasse mal, comme si ça devait nous protéger. On cherche aussi des victimes expiatoires à sacrifier. Dans le lexique judéo-chrétien, on dit : boucs émissaires. Je crois que les musées, que les restaurants, que les gymnases et que les théâtres font, en zone rouge, l’objet d’un tel genre de « sacrifice » ciblé. On leur fait mal pour des raisons, au fond, purement symboliques. 

Le bar le Saint-Sacrement sur l’Avenue du Mont-Royal est toujours fermé dans le cadre de la pandémie du coronavirus (COVID-19), à Montréal, mercredi le 27 mai 2020.

Joël Lemay / Agence QMI

Le bar le Saint-Sacrement sur l’Avenue du Mont-Royal est toujours fermé dans le cadre de la pandémie du coronavirus (COVID-19), à Montréal, mercredi le 27 mai 2020.

 

Politiquement, c’est un échec, me semble-t-il. Où est l’unisson populaire à l’encontre des commerces visés par ces mesures? Au contraire, un peu tout le monde se gratte la tête pour chercher à comprendre pourquoi le gouvernement a décidé que le « Ciel devait tomber sur la tête » de ces gens-là précisément, et non des autres... Pourquoi terrasser des établissements qui se fendaient en quatre pour respecter les règles? Pourquoi ces martyrs inutiles? 

Ultimatum 

Certaines mesures sanitaires extrêmement pénibles et crève-cœur, comme une interdiction de réunion à Noël et au jour de l’An, peuvent se défendre... afin d’éviter une multitude de foyers d’infection.  

Toutefois, le sacrifice des musées, des gymnases, des cafés, des restaurants, des théâtres depuis un mois me semble insensé (à moins de l’expliquer par des mécanismes sociaux archaïques). Même si les gymnases qui défient le gouvernement en se proposant de rouvrir tous ensemble dès jeudi devaient reculer, je crois que le rapport de force a été secoué. Je reformule cette dernière idée : même si l’ultimatum devait « faire patate », il n’aura pas été inutile. Le gouvernement redoutera davantage l’éventuelle colère de ses boucs émissaires.  

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