Alimentation: la COVID-19 augmente la popularité des protéines alternatives | 24 Heures MTL
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Alimentation: la COVID-19 augmente la popularité des protéines alternatives

Une recette de tofu à l'érable concoctée par l'animatrice et nutritionniste Geneviève O'Gleman.
PHOTO COURTOISIE/Maude Chauvin

Une recette de tofu à l'érable concoctée par l'animatrice et nutritionniste Geneviève O'Gleman.

L’engouement pour les protéines végétales et alternatives continue de bondir chez les consommateurs et au sein de l’industrie alimentaire à travers le monde, une tendance qui semble accélérée par la COVID-19.

«C’est un marché qui croît en moyenne 14 fois plus vite que la consommation alimentaire de façon générale», a indiqué la responsable de la recherche et de l’engagement chez Farm Animal Investment Risk and Return (FAIRR), Sonia Alexandrenne.

La directrice de la recherche et de l’engagement chez FAIRR, Sonia Alexandrenne. L’organisme basé à Londres a sorti un rapport le 11 novembre 2020 sur les impacts de l’industrie des protéines animales sur la lutte aux changements climatiques.

PHOTO COURTOISIE

La directrice de la recherche et de l’engagement chez FAIRR, Sonia Alexandrenne. L’organisme basé à Londres a sorti un rapport le 11 novembre 2020 sur les impacts de l’industrie des protéines animales sur la lutte aux changements climatiques.

L’organisation a dévoilé mercredi son Indice Coller FAIRR des producteurs de protéines, qui évalue les pratiques mondiales de développement durable de 60 producteurs de protéines animales cotés en bourse. Le document note que plus d’entreprises proposent des solutions alternatives à la viande.

Il s’agit d’une bonne nouvelle d’un point de vue environnemental, selon FAIRR, puisque l’élevage massif d’animaux a d’importants impacts sur notre écosystème.

Une meilleure offre des protéines alternatives se dessine alors comme une des solutions d’avenir pour l’industrie alimentaire. «C’est clairement une avenue pour réduire les impacts de l’élevage intensif», a expliqué Mme Alexandrenne.

Alors que les protéines végétales représentent aujourd’hui 1 % de l’industrie de la viande, FAIRR prédit qu’elle représentera 40 % en 2040. «On voit un changement et une grande prise de conscience auprès des producteurs pour une diversification vers des protéines alternatives», a ajouté la chercheuse.

Impact de la COVID

Les consommateurs jouent aussi pour beaucoup dans le changement qu’on note au sein de l’industrie depuis quelques années, en se tournant encore plus rapidement que prévu vers les protéines alternatives et végétales.

L’inquiétude du public quant au lien entre la production de viande et la crise de la COVID-19 ou de la peste porcine africaine contribue à l’accélération de la demande à l’heure actuelle.

Même si un risque de propagation de maladies existe en raison de la proximité entre l’animal et l’homme, le directeur du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie, Sylvain Charlebois, indique qu’il ne faut pas partir en peur.

«C’est très rare qu’une maladie animale devienne une maladie humaine. Il y a la maladie du Creutzfeldt-Jakob qui est un exemple de variante de la vache folle, mais c’est très rare», a-t-il insisté.

Le directeur du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie, à Halifax, Sylvain Charlebois.

PHOTO COURTOISIE

Le directeur du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie, à Halifax, Sylvain Charlebois.

Alors que des rapports indiquent que le vison peut être infecté par la COVID-19 et transmettre le virus à l’humain, il n’en est rien pour le bœuf, le porc ou le poulet, ajoute le professeur.

De son côté, la production de protéines végétales et alternatives représente moins de risque au niveau de la salubrité, mentionne M. Charlebois, entre autres puisqu’il s’agit d’une industrie récente qui investit beaucoup dans ses installations.

«Je ne pense pas qu’il y a un produit à base végétale qui a été rappelé jusqu’à maintenant, puisque les risques ne sont pas les mêmes», a expliqué M. Charlebois, qui concède que beaucoup d’efforts sont faits dans les manufactures animales pour diminuer les risques.

La viande va rester

Malgré l’engouement pour les produits alternatifs, il ne faut pas s’attendre à voir la viande disparaître des tablettes, a mentionné Sonia Alexandrenne.

«La consommation de protéines animales ne va pas disparaître. Il y a certains aspects de l’élevage intensif qui doivent changer, la rendre plus en ligne avec une transition climatique et avec des pratiques plus positives sur l’environnement», a-t-elle nuancé.

Pourquoi cette popularité?

Le bien-être des animaux, l’environnement et la santé sont trois enjeux qui expliquent une hausse de la popularité des protéines alternatives, selon un expert.

«De plus en plus, les gens vont s’intéresser à un régime sans protéines animales, que ce soit à temps partiel ou à temps plein», a dit le directeur du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie, à Halifax, Sylvain Charlebois, qui estime qu’au Canada environ 1,4 million de personnes s’abstiennent de consommer des protéines animales.

Les laits végétaux sont plus visibles et prisés que jamais dans les épiceries

AFP

Les laits végétaux sont plus visibles et prisés que jamais dans les épiceries

Il note une plus grande sélection de produits alternatifs au comptoir des viandes, mais aussi dans la section des produits laitiers, où les ventes de produits comme le lait d’amande ou de soya augmentent de plus en plus.

Production locale

Fait à noter, on remarque une plus grande sélection qu’avant de produits canadiens sur les tablettes.

«Jusqu’à tout récemment, Beyond Meat importait ses produits d’ailleurs, mais maintenant Beyond Meat produit à Laval. Donc, la majorité des produits à base végétale sont produits au Canada», a ajouté M. Charlebois.

Hamburger cuisiné avec les produits Beyond Meat

AFP

Hamburger cuisiné avec les produits Beyond Meat

Toutefois, le professeur poursuit en indiquant que le Canada a manqué le bateau il y a quelques années dans le développement des produits alternatifs. «La compagnie Beyond Meat aurait dû être canadienne. Quand on regarde ce qu’on produit au Canada, c’est une entreprise californienne qui achète ses ingrédients ici pour faire ses produits en Californie», a-t-il déploré.

En raison du «fantasme» autour des produits animaliers au pays, l’industrie n’a pas reconnu que d’amener un choix aux consommateurs était une possibilité, estime M. Charlebois. «Le steak est là pour rester, ce n’est pas une question de remplacer quelque chose d’autre. C’est d’offrir un choix aux consommateurs qui, à mon avis, manque beaucoup.»

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