Kamala Harris et l'ombre de son mari blanc | 24 Heures MTL
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Kamala Harris et l'ombre de son mari blanc

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Photomontage Marilyne Houde

Est-ce qu’une femme noire mariée à un homme blanc est moins noire qu’une femme noire mariée à un homme noir?

Cette semaine, sur Instagram, la nouvelle vice-présidente des États-Unis, Kamala Harris, publiait une photo aux côtés de son mari qu’elle décrit comme l’homme de sa vie. Et cet homme s’appelle Doug Emhoff. Il avocat. Il est Juif. Il est blanc. 

Sur les réseaux sociaux, une bonne partie de la communauté noire s'est mise à la critiquer pour cette raison. L’acteur afro-américain London Brown, connu pour son rôle dans la série Ballers de HBO, a posé la question suivante à ses 65 000 abonnés lors d’une vidéo en direct sur Instagram : «Si elle retourne à la maison dans les bras de son mari, qui n’est pas un homme noir, est-ce un conflit d’intérêt? Sera-t-elle capable de défendre, de pousser pour les hommes noirs?»

Sur les 3800 vues en direct, les commentaires étaient partagés, certains l'appuyant, d'autres non.

L'acteur London Brown

Instagram / @reallondonbrown

L'acteur London Brown

Toute cette polémique m’a fait réfléchir. 

Certes, je me réjouis qu’une première femme de couleur marque l’histoire en devenant la première femme à occuper le poste de vice-présidente à la Maison-Blanche. Toutefois, qu’on la critique déjà parce que son époux est blanc... Franchement...

La toile s’est bien sûr enflammée, car la communauté noire est toujours divisée sur la question des couples mixtes. Surprise! On n’en parle jamais sur la place publique, mais croyez-moi, on en parle souvent entre «nous». 

Vite, on a l’image du biscuit Oreo : noir à l’extérieur et blanc à l’intérieur. C’est un terme utilisé fréquemment pour qualifier les personnes noires qui partagent leurs vies avec des personnes blanches.

Ici à Montréal...

Dans plusieurs discussions avec mes peeps, je me suis retrouvée, à ma grande consternation, à me faire toute petite ou à devoir m’expliquer, moi qui suis tombée amoureuse d’un Italo-Canadien.

Je suis témoin des soupers enflammés ou des conversations chez mon coiffeur, où l’on pointait du doigt les personnalités publiques afrodescendantes du Québec qui sont tombées amoureuses des personnes blanches. 

On a critiqué l’ancienne gouverneure générale Michaëlle Jean d’avoir épousé le cinéaste Jean-Daniel Lafond...

Michaëlle Jean et son mari Jean-Daniel Lafond

Greg Henkenhaf, Toronto Sun

Michaëlle Jean et son mari Jean-Daniel Lafond

On a critiqué le politicien Maka Kotto qui partage sa vie avec l’ex-mairesse de Longueuil Caroline St-Hilaire.

On a critiqué le chanteur Corneille de sortir avec l’ex-mannequin Sofia de Medeiros...Sans parler d’Anthony Kavanagh, de Varda Etienne ou encore de Patrice Bernier...

J’ai eu le goût moi aussi de poser des questions. 

Premièrement, en tant que personne noire, en quoi sortir avec quelqu’un d’une autre origine évalue ou détermine notre engagement, notre fierté ou encore notre attachement envers notre communauté? 

Et de deux, si on critiquait ces personnes par leur individualité, leur comportement et leur personnalité, plutôt que de s’attarder avec qui, ils partagent leur lit?

De Normand Brathwaite à Kamala Harris

Par exemple, j’avoue avoir été consternée lorsque le comédien Normand Brathwaite s’est exprimé à grands coups du mot en N, lors d’une émission en heure de grande écoute.

Mais, je ne l’ai jamais critiqué parce qu’il est déjà sorti avec la chanteuse Johanne Blouin. 

On pourrait aussi critiquer le fait que le comédien Didier Lucien ne s’est pas prononcé publiquement sur le mouvement du Black Lives Matters et du manque de la diversité ethnoculturelle dans les médias québécois, alors qu’il en avait l’occasion en tant que porte-parole de la Fête nationale, en juin dernier...

• À lire aussi: Une Fête nationale historique, croit Didier Lucien

Didier Lucien en juin 2020

Joël Lemay / Agence QMI

Didier Lucien en juin 2020

Mais je ne le critiquerais jamais parce que sa conjointe est caucasienne.

Et pour Kamala Harris... je comprends l’inquiétude de la communauté afro-américaine aux États-Unis à son endroit. 

Comme ex-procureure générale de la Californie, elle a été considérée comme une figure anti-progressiste, faisant passer des lois qui favorisaient l’emprisonnement des jeunes hommes noirs. Ce sont des faits. Et c’est franchement inquiétant.

Mais, Kamala Harris est fille d’immigrante, qui a fait ses preuves.  Elle les a faites toute seule. Elle a gravi les échelons seule. Sans mari blanc. 

Et c’est aussi sans son mari blanc qu’elle fera ses preuves à la Maison-Blanche, en espérant que sa main de fer se transforme désormais en gant de velours en faveur de la communauté noire, qui elle, n’attend qu’un véritable leader. 

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