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Incapable d’être servi en français

La journaliste Marie-Lise Mormina aux portes du nouveau UNIQLO du Centre Eaton à Montréal
Chantal Poirier / JdeM

La journaliste Marie-Lise Mormina aux portes du nouveau UNIQLO du Centre Eaton à Montréal

Le controversé «Bonjour-Hi» dans les commerces du centre-ville de Montréal est-il en train de devenir tout simplement «Hi»? Près d’un établissement sur deux nous a accueillis uniquement en anglais lors d’une série de visites avec des caméras cachées menées par notre Bureau d’enquête.

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Sur 31 boutiques et restaurants visités au cours des dernières semaines, 16 proposaient un accueil unilingue en anglais.

Dans certains cas, il a même été impossible de se faire servir en français, après avoir insisté sur notre préférence pour utiliser cette langue.

«Sorry, I don’t speak French», nous a par exemple répondu une employée du nouveau magasin Uniqlo, qui a ouvert ses portes le 23 octobre, rue Sainte-Catherine Ouest.

Les résultats complets de notre enquête, incluant une liste détaillée des commerces pris en défaut, seront présentés dans un dossier spécial de notre édition de demain.

Pénible chez Victoria’s Secret

Lors de notre passage à la boutique de lingerie Victoria’s Secret du centre-ville, trois employés nous ont abordés en anglais, l’un après l’autre.

«Just a minute, just a minute», nous a lancé l’employée à l’accueil pour nous signifier de patienter en file.

Une dizaine de minutes plus tard, une autre représentante est venue offrir son assistance, toujours en anglais. 

La journaliste Marie-Lise Mormina devant le Victoria's Secret

Chantal Poirier / JdeM

La journaliste Marie-Lise Mormina devant le Victoria's Secret

Puis, au sous-sol du magasin, un employé était tout simplement incapable d’utiliser le français pour faire respecter la direction dans laquelle il fallait marcher.

«Ma’am, you need to follow the arrows.» 

«Mon français, c’est pas bon», s’est-il justifié lorsque nous lui avons demandé plusieurs fois de répéter en français. 

Une fois à la caisse, une quatrième employée nous a expliqué, en français cette fois, que deux de ses collègues anglophones venaient des États-Unis.

Malgré nos nombreux courriels, appels et messages, le siège social de Victoria’s Secret, en Ohio aux États-Unis, n’a jamais répondu à nos questions. 

Deux semaines plus tard, nous sommes donc retournés à la boutique, rue Sainte-Catherine, dans l’espoir d’obtenir des explications. À l’extérieur, l’agent de sécurité a avoué ne pas parler français.   

Peur de parler français

Une responsable à qui nous avons présenté nos découvertes nous a d’abord assuré qu’«ici [chez Victoria’s Secret] tout le monde parle français». 

Par contre, une autre employée s’est jointe à la conversation et a affirmé que certains de ses collègues préfèrent s’adresser aux clients en anglais, par crainte de représailles.

«On est au centre-ville. Souvent, lorsqu’on accueille des clients en français, certains le prennent personnel et on se fait crier après», a-t-elle rapporté.

Lundi, un sondage Léger publié dans nos pages soulignait que 63 % des répondants étaient préoccupés par la situation du français au Québec.

Aussi, au printemps 2019, un rapport de l’Office québécois de la langue française mentionnait qu’entre 2012 et 2017, le taux d’accueil uniquement en anglais dans les commerces, à l’échelle du Québec, était passé de 12 à 17 %.

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