Où sont les aides financières aux PME promises en octobre? | 24 Heures MTL
/mtl-news/news

Où sont les aides financières aux PME promises en octobre?

Image principale de l'article Où sont les aides financières promises en octobre?
PHOTO COURTOISIE

Très peu d’entreprises en zone rouge ont obtenu les aides financières promises par les gouvernements provinciaux et fédéraux, et ce, plus de trente jours après leur annonce.

Au début octobre, un volet intitulé Aide aux entreprises en régions en alerte maximale (AERAM) a été ajouté au Programme Aide d’urgence aux petites et moyennes entreprises (PAUPME) mis en place au début de la pandémie par le gouvernement Legault.

Tout comme le PAUPME, l’AERAM est distribué de façon locale. À Montréal, PME MTL a hérité de cette mission et a reçu 320 demandes pour l’AERAM. Au moment d’écrire ces lignes, la totalité de celles-ci sont en traitement, mais PME MTL demeure muet quant au nombre d’entreprises qui ont obtenu l’aide promise au mois d'octobre, puisqu'il est trop tôt pour dresser un bilan.

Son homologue sur la Rive-Sud, Développement économique de l’agglomération de Longueuil (DEL), estime à plus de 1000 le nombre d’entreprises situées en alerte maximale qui ont été fermées. Seulement un peu plus de 200 demandes ont été reçues pour le l’AERAM, et uniquement 13 d'entre elles ont obtenu leur financement.

«On a eu l’ensemble des instructions il y a à peine [trois] semaines du Ministère [de l’Économie]. Il y a quand même un délai entre l’annonce et le temps où on vient concrètement faire l’analyse de dossiers», a dit le directeur principal, Finances et investissements au Développement économique de l’agglomération de Longueuil (DEL), Éric Drainville.

L'AERAM prend la forme d’une aide non remboursable pouvant aller jusqu’à 15 000 $ par mois de fermeture, utilisable pour les frais fixes et applicable aux prêts accordés dans le cadre du PAUPME. L’entreprise admissible à ce volet pourra voir convertir en pardon de prêt jusqu'à 80 % de son prêt octroyé.

Du côté du fédéral, la Subvention salariale d’urgence pour le loyer commercial (SSUL) vient d’être déposée cette semaine par le gouvernement. Elle avait été annoncée publiquement le 9 octobre dernier. À ce jour, plusieurs étapes demeurent à être franchies dont son adoption avant que l’aide arrive dans les poches des commerçants.

Témoignages

Propriétaire de cinq restaurants dans le Grand Montréal, Francis Rodrigue trouve que les procédures à suivre pour obtenir l'aide sont lourdes.

Les entrepreneurs doivent soumettre leurs états financiers de 12 mois ainsi que les plus récents, un budget de caisse ou prévision de trésorerie, un tableau estimatif des frais fixes admissibles et la déclaration au Registraire des Entreprises du Québec (REQ). Une démarche qualifiée de complexe, selon les dires de plusieurs entrepreneurs questionnés.

Depuis, M. Rodrigue et plusieurs entrepreneurs attendent d’obtenir l’argent. «C’est une situation d’urgence. Ces entreprises-là ont besoin d’avoir de l’argent à court terme. Tu es dans la merde présentement», a-t-il commenté en son nom et celui de ses comparses entrepreneurs.

«Je pense à tous les gens qui sont en restauration qui n’ont pas un entourage avec un comptable ou un RH à temps plein qui peut faire leur travail pour eux. Les gens sont déjà mal pris avec leur restaurant, ont coupé du personnel et en plus doivent travailler sur un programme d’aide qui est compliquée et qui a tardé à sortir», a-t-il enchainé.

Ce dernier croit donc que les programmes auraient pu être préparés avant. «En plein mois de mai, juin, on savait très bien qu’on allait avoir une deuxième vague. [...] Comment ça se fait que le gouvernement décide de fermer les entreprises et là de dire : oui on va vous aider, mais qu’ils n’aient pas été plus prêts que ça pour avoir des programmes.»

L’impossibilité d’obtenir les sommes promises arrive à un mauvais moment, alors que plusieurs entrepreneurs devaient faire leur remise TPS/TVQ en octobre.

Complexité & anxiété

Les dirigeants de l'Association des restaurateurs du Québec (ARQ) dénoncent aussi cette complexité. Ils ont reçu plusieurs appels de leurs membres leur disant ne pas avoir reçu les sommes promises en plus d’avoir de la difficulté à fournir les documents.

Selon le directeur de la société de comptables professionnels agréés BJC, Guillaume Poce, ce problème survient aussi à l’extérieur de Montréal. «C’est une crise d’anxiété que l’on vit», a-t-il dit.

«Le restaurant paye ses frais fixes, son téléphone, il ne peut même pas ouvrir. Il fait pas mal moins d’argent. Il doit tout payer ses dépenses et il n’y a plus de liquidités», a expliqué M. Poce.

Travail colossal

Du côté de PME MTL et du DEL, le nombre de demandes reçues dans un court espace de temps et la grosseur de ces programmes leur donnent une charge de travail colossal.

«Ce sont des millions qui sont transférés par les gouvernements dans les différents programmes. Je trouve que ça va quand même assez bien», a souligné le directeur général de PME MTL Centre-Ouest, Marc-André Perron.

Ce dernier a tout de même constaté chez certains entrepreneurs une difficulté à transmettre les documents. «Je sais que ça a créé des frustrations», a ajouté M. Perron, ajoutant que le mois d’octobre sera payé même si la demande est effectuée ultérieurement.

En date du 2 novembre, M. Perron indiquait qu’à son centre, les entrepreneurs avaient obtenu une réponse et sont prêts à décaisser l’argent «dans la semaine» où son centre a reçu les demandes.

La directrice des communications chez PME MTL a indiqué aussi qu’une partie du délai s’explique par la mise en place du formulaire. «Notre équipe devait d'abord recevoir les critères à analyser pour l'octroi de l'aide aux entreprises en régions en alerte maximale», avait-elle expliqué.

Une opinion partagée par M. Drainville. «Il faut comprendre aussi que les MRC de façon générale ont quelques ressources à la gestion du fonds local d’investissement. Cette mesure d’aide financière ne venait pas nécessairement avec des ressources additionnelles pour le traitement des dossiers», a-t-il déclaré, en précisant que des ressources externes ont été ajoutées depuis.

À lire aussi

Et encore plus