Les jeunes indifférents face au français dans les commerces | 24 Heures MTL
/mtl-news/society

Les jeunes indifférents face au français dans les commerces

La présence de l’anglais dans les boutiques du centre-ville de Montréal préoccupe davantage les plus âgés

Image principale de l'article Pas important pour la majorité des jeunes
Photo Pierre-Paul Poulin

Les jeunes Montréalais n’ont que faire d’obtenir un service en français dans les commerces du centre-ville, révèle un sondage Léger-Le Journal.

• À lire aussi: Incapable d’être servi en français

• À lire aussi: La situation du français au centre-ville préoccupe Valérie Plante

«De génération en génération, on accepte davantage l’intrusion de l’anglais dans notre quotidien», laisse tomber Jean-Marc Léger, président et fondateur de la firme du même nom.

Les résultats du sondage réalisé pour Le Journal auprès des Montréalais sont sans équivoque : 58 % des répondants de 18 à 34 ans affirment qu’il n’est pas important de se faire aborder en français dans les boutiques du centre-ville.

«Ils sont conscients que l’anglais domine, mais ça ne leur pose pas de problème. Ils n’ont pas connu les luttes pour préserver la langue française. [...] Pour eux, c’est la normalité et une sorte de fatalité», fait valoir le sociologue et professeur à l’Université de Montréal Jacques Hamel.

«Les jeunes tiennent le français pour acquis parce qu’ils n’ont pas vécu les batailles linguistiques comme les baby-boomers», renchérit M. Léger.

Plus les répondants avancent en âge, plus il semble essentiel pour eux d’obtenir un service en français lorsqu’ils font leurs emplettes.

Depuis 1969, le Québec a adopté plusieurs lois pour protéger le français, dont la loi 101 en 1977.

Nouvelles technologies

Mais il n’y a pas que cela, prévient le professeur Hamel : l’anglais est aussi la langue des nouvelles technologies.

Au-delà du cinéma, de la télévision ou des grandes chaînes de magasins américains qui tapissent le centre-ville de Montréal, les jeunes vivent l’omniprésence culturelle de l’Oncle Sam à travers les réseaux sociaux.

«Pour connaître les tendances culturelles ou technologiques, ça se fait à travers les médias sociaux, qui sont pour la plupart américains. Ça ne les gêne pas d’entrer chez Apple sur la rue Sainte-Catherine et de se faire vendre le nouvel iPhone en anglais», détaille le sociologue spécialiste de la jeunesse. 

Éducation

Le degré de scolarité des répondants a aussi fourni des résultats intéressants. 

Ainsi, 63 % d’entre eux détenant un diplôme primaire ou secondaire considèrent «important» de se faire aborder en français. Et plus leur degré de scolarité s’élève, plus cette importance s’amenuise.

L’incompréhension de l’anglais due à une scolarisation moindre pourrait expliquer cette différence.

Le coup de sonde montre également que 30 % des Montréalais francophones se font généralement aborder en anglais dans les boutiques du centre-ville.

Un enjeu

Les reportages du Bureau d’enquête révélaient récemment le règne de l’anglais au centre-ville de la métropole. Sur les 31 établissements visités, 16 proposaient un accueil unilingue en anglais. Et dans six cas, on était simplement incapable de répondre dans la langue officielle.

Pour M. Léger, les données sont claires : «il faut exiger qu’on nous parle en français».

«La langue française redevient un enjeu parce que la CAQ est un parti nationaliste et parce que le Québec est important pour la réélection des libéraux, dit-il. Mais ça a beau être figé dans un projet de loi, la protection de la langue passe aussi par la volonté individuelle.» 

Est-ce important ou non pour vous de vous faire aborder en français dans les commerces du centre-ville de Montréal ?  

SELON L’ÂGE

SELON LA SCOLARITÉ

MÉTHODOLOGIE

Le sondage a été réalisé du 31 octobre au 4 novembre auprès de 501 Montréalais. La marge d’erreur est de + ou - 4,4 %, 19 fois sur 20.

À lire aussi

Et encore plus