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Votre patron mise-t-il sur la théorie du nudge ?

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Vous ne vous en rendez peut-être pas compte, mais votre employeur use peut-être de stratégie pour vous inspirer à modifier vos habitudes pour le mieux. Cette tactique a un nom : le « nudge », qu’on pourrait traduire par « petit coup de pouce discret ».  

Au bureau, avez-vous accès à des fruits frais gratuits ? Si c’est le cas, il se pourrait bien que votre employeur place des bols de fruits à des endroits stratégiques pour implicitement encourager une saine alimentation. Même chose si le service des ressources humaines inscrit automatiquement les membres du personnel au régime d’épargne-retraite de l’entreprise. 

L’économiste Richard Thaler et le juriste Cass Sunstein, qui ont popularisé le concept, décrivent le nudge comme une sorte de « paternalisme libertaire ». En clair, une manière d’inciter indirectement les individus à prendre de bonnes décisions sans toutefois leur donner d’instructions formelles ni les y contraindre.

Pour être légitime, ce coup de pouce doit d’ailleurs obéir à une éthique irréprochable, précise Sylvie Ménard, coach en leadership positif. « Si j’explique à une personne comment j’ai tenté de l’influencer avec un nudge, en sera-t-elle heureuse ou fâchée ? »

Par exemple, aucun employé ne se formalisera d’apprendre qu’on vise à faciliter le recyclage des fournitures de bureau en plaçant des paniers un peu partout, ni qu’on tente de réduire la consommation de papier en réglant le photocopieur à l’impression recto verso. En revanche, renouveler automatiquement un abonnement à un gym sans possibilité d’annulation à moins de s’astreindre à des formalités de résiliation compliquées, c’est autre chose.

Le nudge en télétravail

Au sein des organisations, les nudges consistent souvent à réaménager l’environnement de travail pour gagner du temps ou économiser des matières premières. Cela dit, en contexte de télétravail, ce sont les individus eux-mêmes qui contrôlent leur environnement de travail. Peut-on se nudger soi-même ?

« La responsabilité retombe effectivement sur les travailleurs », acquiesce Sylvie Ménard. Et la priorité, selon elle, doit être de favoriser des aménagements qui soutiennent la santé physique et mentale. Des exemples ? Placer ses chaussures d’exercice devant la porte, bien en vue, ou garder son tapis de yoga déroulé plutôt que de le ranger dans un placard. « J’observe tellement de détresse psychologique [en ce moment], souligne-t-elle. Faire de l’exercice ou sortir quelques minutes, ça fait du bien. »

Et rassurez-vous : sur Zoom, personne ne remarquera votre tapis de yoga qui traîne à côté de votre bureau !

Un peu d’histoire

Le nudge doit une bonne partie de sa notoriété à un concours de circonstances. Alors professeur de droit à l’Université de Chicago, Cass Sunstein fait la connaissance d’un étudiant prometteur, un certain... Barack Obama. Recruté au sein de l’administration démocrate de son ancien étudiant en 2009, Sunstein a appliqué la théorie du nudge à quantités d’initiatives gouvernementales, notamment en matière de santé et d’alimentation.

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