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Jay Du Temple fait-il de la réappropriation queer?

Image principale de l'article Jay Du Temple, coupable de réappropriation queer?
Capture d'écran / Elle Québec

Jay Du Temple est-il un allié de la communauté LGBTQ+ lorsqu'il porte du vernis à ongles et une robe dans une séance photo pour un magazine de mode? Au contraire, se réapproprie-t-il la culture de communautés marginalisées? L'auteur Thomas Leblanc, le professeur Pierre-Luc Landry et le directeur général de l'organisme Interligne, Pascal Vaillancourt, répondent à nos questions.

Des voix se sont élevées dans la communauté LGBTQ+ quand l’humoriste Jay Du Temple, aussi animateur d'Occupation Double, s’est révélé être la vedette de numéro de décembre du Elle Québec.

Certaines personnes lui reprochent de s'être approprié des codes de la communauté pour se mettre sous le feu des projecteurs, alors qu'il se définit lui-même comme hétérosexuel. Des pages de mèmes en ont profité pour faire des blagues à ce propos, parfois accompagnées d'un message sérieux.

À l’instar de Thomas Dallaire-Boudreault, seul maître aux commandes du compte Instagram Des mèmes gais, Pascal Vaillancourt, de l'organisme Interligne (anciennement Gai Écoute), déplore l’existence d’un double standard. S'il salue le geste de Jay Du Temple, il regrette que les personnes LGBTQ+ qui ont brisé les codes bien avant l'animateur n'aient pas été reconnues et célébrées de la même façon. 

« Des personnes LGBTQ qui brisent les codes de genre, il y en a depuis des lunes. Ce n'est pas nouveau d’aujourd’hui. Historiquement, ça a commencé avec des femmes trans racisées qui ne répondaient pas aux normes de genre, qui ont amené des nouveaux codes dans ce qui est devenu la culture queer par la suite. »

« Les personnes LGBTQ qui ont amené ces changements-là ou qui ont brisé ces codes-là ne sont pas encensées. Elles sont plutôt marginalisées, voire même violentées. Des gens en sont morts dans le passé », rappelle-t-il.

Pierre-Luc Landry, qui est assistant-professeur à l’Université de Victoria et directeur littéraire pour la collection Queer des éditions Triptyque, évoque pour sa part les concepts de « pink washing » et de « queerbaiting ». 

Qu’est-ce que ces deux termes signifient à ses yeux, au juste?

Pink washing : « C’est une stratégie marketing qui vise à utiliser les enjeux de la lutte LGBTQ pour se donner une image de marque progressive. C’est l’effet de la publication dans le Elle Québec. »

Queerbaiting : « C’est quand on essaie de s’attirer une audience ’’queer’’ par des allusions qui ne sont pas un véritable engagement à offrir plus de visibilité et d’espace aux communautés queer, LGBT, etc. »

Un « très bon coup »

L’auteur et l’animateur du balado Réalité Conséquence Thomas Leblanc a tenu à témoigner du respect qu'il porte à l’égard de Jay Du Temple. Il qualifie également la Une du Elle Québec de « très bon coup ». 

Il garde toutefois des réserves quant aux prétentions du magazine de présenter davantage de diversité. « Ce qui m’a vraiment agacé, par contre, c’est dans OD Extra cette semaine, quand l’éditrice du magazine Sophie Banford parle de diversité. Pour moi, elle a traversé une ligne. »

« Le problème, c’est que Jay Du Temple est célébré par les médias parce que c’est un gars, ce qui est hyper patriarcal. » 

Un peu plus de représentativité, SVP 

Jay Du Temple n'est pas le premier, ni le dernier homme cisgenre à oser l’androgynie. On peut penser à Nicola Sirkis du groupe Indochine, à Hubert Lenoir ou même au basketteur Dennis Rodman. 

Aux États-Unis et presque en même temps, c‘est le chanteur Harry Styles (un ex-membre du groupe One Direction) qui pose sur la page couverture du Vogue vêtu d’une robe en dentelle.

 Mais les questions d'identités de genre sont bien plus complexes. 

« Pour m’identifier, j’utilise le terme ‘’demi-boy’’, confie Pierre-Luc Landy. Il y a des milliers d’identités de genre. Quand on commence à entrer dans ces détails-là, c’est un monde absolument stimulant et fantastique qu’on découvre. » 

« Ceci dit, c’est un monde stimulant et fantastique qui n’a pas la place qu’il mérite dans les médias et la culture populaire. » 

L'universitaire conclut d'ailleurs en précisant un dernier détail, une nuance importante qui semble échapper à nombre d'internautes qui commentent actuellement les images très stylées de Jay Du Temple.

« Il ne faut pas oublier que certains vêtements et le maquillage ne garantissent pas ou ne véhiculent pas toujours des questions identitaires. Les personnes non-binaires ne sont pas obligées d'être visiblement androgynes en public pour être reconnues comme telles »

  

Quelques personnes non-binaires vraiment nice à suivre tout de suite   

Narcisse, qui s'est frayé.e un chemin jusqu'à la finale des Francouvertes cet automne, se démarque par son électro pop aussi dansant que engagé.

Sur la scène musicale canadienne, le Prix Polaris est possiblement la reconnaissance la plus prestigieuse qu'une ou un artiste peut recevoir. En le remportant en octobre dernier, Backxwash a pavé la voix pour tous les créateurs de genre non conforme. 

Avec sa voix de miel et ses looks minutieusement travaillés, Antony Carle a tout le potentiel de devenir la première grande vedette réellement queer du Québec. 

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