Les campeurs de la rue Notre-Dame préparent leurs tentes pour l'hiver | 24 Heures MTL
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Les campeurs de la rue Notre-Dame préparent leurs tentes pour l'hiver

Image principale de l'article Les campeurs préparent leurs tentes pour l'hiver
Joël Lemay / Agence QMI

Bâtons de hockey, râteaux, balais : tout est bon pour chasser la poudreuse des toiles du campement de fortune de la rue Notre-Dame à Hochelaga. Mercredi matin, des dizaines de campeurs s’affairaient à gérer la première bordée de neige tombée sur leurs tentes. 

En soufflant dans deux clairons de plastique, un à l’effigie du Carnaval de Québec et une relique provenant du vieux Forum de Montréal, les campeurs s’encourageaient à pelleter.

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« Le poids de la neige, c’est un gros ennemi sur des tentes d’été », explique Jacques Brochu, 60 ans, qui jure de passer l’hiver sur place à proximité du carré Dézery où des toilettes chimiques et de l’eau courante sont disponibles.

Jacques Brochu utilisait un râteau pour déneiger sa tente mercredi, dans le campement érigé le long de la rue Notre-Dame dans le quartier Hochelaga à Montréal.

Louis-Philippe Messier/24h

Jacques Brochu utilisait un râteau pour déneiger sa tente mercredi, dans le campement érigé le long de la rue Notre-Dame dans le quartier Hochelaga à Montréal.

Stationnée non loin, la roulotte-cuisine de l’organisme Dehors Novembre fait la popote avec les dons de nourriture reçus. Plusieurs génératrices alimentent certaines parties du camp, et des campeurs ont protégé leurs tentes avec des bâches isolantes pour se prémunir du froid. 

Relatif confort

Aucun des campeurs abordés sur place ne semblait redouter le froid. « J’ai l’habitude, mon ami, de vivre dehors en hiver », a dit à notre journaliste un homme qui a préféré taire son nom. Pour ce vétéran de la rue même en hiver, avec le luxe d’une bonne tente, des toilettes chimiques ou une popote, cet hiver s’annonce en réalité beaucoup plus confortable que les précédents.

« J’ai dû dézipper mon sac de couchage parce que j’avais trop chaud pendant la nuit », raconte M. Brochu. « Si tu veux savoir la vérité, le seul moment où je commence à avoir froid aux pieds et aux doigts, c’est quand je reste sur place trop longtemps pour répondre aux questions des journalistes. »

Jacques Brochu a utilisé des pochettes chauffantes pour ses pieds après avoir pris froid pendant l’entrevue avec notre journaliste.

Louis-Philippe Messier/24h

Jacques Brochu a utilisé des pochettes chauffantes pour ses pieds après avoir pris froid pendant l’entrevue avec notre journaliste.

Résistance

Si la Ville voulait démanteler sa tente de force, M. Brochu jure de résister. « Si ça arrive, je vais aller faire la grève de la faim devant la résidence de la mairesse en appelant tous les médias, fulmine-t-il. Avis aux intéressés : ne venez pas me forcer à sortir d’icitte ! »

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Certains campeurs n’auront peut-être pas la discipline requise par les rigueurs hivernales. « Mon voisin lève-tard dormait dur pendant toute la matinée et sa tente ployait, alors j’ai fini par le sortir de sa torpeur en lui criant : Si tu ne veux te faire enterrer vivant, sors pis déneige ! » relate M. Brochu.

Joël Lemay / Agence QMI

Chaleur humaine

Un jeune homme d’une trentaine d’années rencontré sur place, également soucieux de préserver son anonymat, raconte qu’il est arrivé avec le temps froid et qu’il compte plier bagage dès le retour du printemps. Il préfère vivre dans cette communauté d’adoption en se rendant utile auprès de ceux qui en ont besoin plutôt que de rester enfermé seul chez lui pendant le confinement. « Je déprimais, je devenais fou, alors, au lieu d’aller voir un psychologue pour m’aider, je me fais du bien en venant vivre ici en solidarité avec ces gars-là. »

Pendant la visite de notre journaliste, un homme d’affaires de Mont-Tremblant, Luc Dupont-Hébert, s’est présenté avec des centaines de vêtements d’hiver neufs à donner : des tuques munies de lampes frontales, des manteaux, des vestes, des gilets, des chandails, etc. « Ce n’est pas parce que ces gars-là ont choisi de ne pas aller à l’hôtel qu’on a le droit de juste les laisser avoir froid!» dit-il.

Un homme d’affaires de Mont-Tremblant, Luc Dupont-Hébert, distribuait gratuitement des vêtements d’hiver chauds aux campeurs installés le long de la rue Notre-Dame mercredi.

Louis-Philippe Messier/24h

Un homme d’affaires de Mont-Tremblant, Luc Dupont-Hébert, distribuait gratuitement des vêtements d’hiver chauds aux campeurs installés le long de la rue Notre-Dame mercredi.

Tout le monde n’est pas aussi généreux. Certains camionneurs qui circulent sur Notre-Dame s’amusent à jouer du klaxon vers 4h ou 5h du matin pour troubler le sommeil des campeurs. 

Autres options

La mairesse de Montréal Valérie Plante indique que plusieurs options sont offertes aux campeurs pour qu'ils ne passent pas l'hiver dehors. «[Mardi] on était sur la rue Notre-Dame. Il y a six personnes qui ont accepté l’offre de la Ville. [...] On a entreposé leur matériel et ils seront logés au YMCA d’Hochelaga-Maisonneuve», a-t-elle mentionné en marge d'un point de presse mercredi. 

Au cours des derniers jours, elle a aussi dit qu'elle ne croyait pas que démanteler le campement de force était une bonne solution. Mercredi, elle estimait que quelque 45 personnes se trouvaient toujours au campement. 

- Avec Béatrice Roy-Brunet, 24h

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