Possession de drogues : Montréal devrait-elle demander la décriminalisation? | 24 Heures MTL
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Possession de drogues : Montréal devrait-elle demander la décriminalisation?

Un conseiller municipal inquiet de la crise de surdoses a demandé à Montréal d’ajouter sa voix à celles de Vancouver et Toronto pour demander au gouvernement fédéral de décriminaliser la possession simple de drogues. 

«Si nous décidions de nous joindre à nos collègues de Vancouver et de Toronto, je crois que cela aurait une grande incidence sur le gouvernement du Canada», a soutenu le conseiller indépendant Marvin Rotrand dans une lettre adressée mercredi à la mairesse de Montréal, Valérie Plante, et au chef de l’opposition officielle, Lionel Perez.

M. Rotrand espère qu’une déclaration unanime soit adoptée à la prochaine séance du conseil, le 14 décembre. Un message fort de la part de grandes villes aux prises avec la même problématique devrait résonner au niveau fédéral, croit-il.

La décriminalisation serait préférable d’un point de vue de santé publique, a fait valoir M. Rotrand. Celle-ci est appuyée par plusieurs organismes de première ligne, par Mylène Drouin qui est la directrice de santé publique de Montréal, ainsi que par l’Association canadienne des chefs de police, écrit-il dans sa lettre.

Ses rencontres avec des organismes communautaires lui ont permis de constater l’ampleur de la crise, a expliqué M. Rotrand, en ajoutant que la pandémie exacerbe la situation, tandis que des substances contrefaites atterrissant sur le marché.

«Ils disent aussi que la naloxone n’est pas la solution : c’est un "band-aid" [...]. Il faut une réponse plus large, incluant la décriminalisation. On entend des intervenants que les gens n’appellent pas le 911 car ils sont inquiets que la police les arrête pour simple possession», a relaté le conseiller de Snowdon.

Situation préoccupante

«Actuellement on a une situation avec les surdoses de drogues et les décès qui est extrêmement préoccupante», a confirmé Carole Morissette, médecin-conseil à la Direction régionale de santé publique de Montréal.

«Depuis juin, on observe vraiment une augmentation des surdoses de drogue à Montréal, toutes drogues confondues.» Depuis 2014, il y avait environ 10-13 décès par mois possiblement reliés aux drogues. Depuis juin 2020, ce nombre a grimpé à 15-17 décès mensuels, avant de fléchir en novembre.

«La présence sur le marché noir de beaucoup de substances qui sont potentiellement dangereuses, dont des opioïdes de synthèse très puissants comme le fentanyl» inquiète particulièrement Mme Morissette.

«La crise est nationale; Montréal n’y échappe pas. Montréal est une des villes qui connaît à l’heure actuelle une recrudescence des surdoses depuis plusieurs mois», a aussi noté Louis Letellier de St-Just, cofondateur et président du conseil d’administration de CACTUS. «La COVID n’aide pas, la fermeture des frontières avec les États-Unis non plus», a-t-il dit, évoquant l’accès aux services et l’approvisionnement.

«Il faut qu’on accélère la mise en place de services d’analyse de drogues à l’intérieur de nos organisations communautaires», a-t-il ajouté.

Décriminaliser

«Il faut faire ça maintenant, ce n’est pas l’an prochain qu’il faut réagir», a imploré M. Letellier de St-Just au sujet de la décriminalisation, mentionnant qu’environ 70 % des arrestations reliées aux drogues sont pour la possession simple. «La moindre des choses, c’est de repenser la manière dont on voit la politique sur les drogues, autrement qu’à travers le prisme de la guerre à la drogue.»

«À la DRSP de Montréal, on est en faveur d’explorer comment on pourrait en arriver à une politique de décriminalisation pour l’usage personnel de toutes les drogues du marché noir. On pense que c’est une mesure qui est complémentaire aux autres interventions», a indiqué Mme Morissette.

«La décriminalisation à le potentiel de diminuer la stigmatisation» entre autres, mais ce n’est pas la seule solution, puisqu’il faut d’autres services de réduction de méfaits, comme les sites d’injection supervisée, et plus d’accès aux traitements pour la dépendance. «Il faut aller de l’avant avec l’approvisionnement sûr parce que c’est certainement une composante essentielle pour faire en sorte que les personnes aient accès à des substances de qualité pharmaceutique, de dosage connu» et qu’elles ne se tournent pas vers le marché noir, a poursuivi Mme Morissette.

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