Le campement Notre-Dame, un symbole fort de la crise du logement | 24 heures
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Le campement Notre-Dame, un symbole fort de la crise du logement

Image principale de l'article Un symbole de la crise du logement
MAXIME DELAND/AGENCE QMI

Le campement en bordure de la rue Notre-Dame à Montréal était plus qu’un site sur lequel résidaient des itinérants: il est devenu un symbole fort de la crise du logement, tonnent deux organisations communautaires qui suivent assidûment le dossier depuis des mois.

Si les médias et la population s'intéressent autant à l'histoire des quelques dizaines de personnes qui habitaient le campement d'Hochelaga et qui en ont été évincées lundi, ce serait parce qu'il illustre les pires conséquences de la crise du logement. 

«Il y avait des gens qui étaient déjà itinérants, mais il y avait aussi des personnes qui ont perdu leur logement suite aux "rénovictions", suite à la crise sanitaire des derniers mois», répète Véronique Laflamme du Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), qui a assisté à distance, lundi matin, au démantèlement du camp Notre-Dame. Une cinquantaine de manifestants qui soutenaient les campeurs étaient aussi présents. 

MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

L'évacuation du campement a débuté un peu avant 9h lundi à la suite d'un avis d'éviction acheminé par le Service de sécurité incendie de Montréal (SIM) dimanche. En début d'après-midi, tous les campeurs avaient été redirigés vers une ressource à proximité, et les tentes et effets personnels étaient en train d'être emballés en vue d'un éventuel entreposage.   

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Crise du logement

Même si les habitants du campement étaient peu nombreux à l'échelle de l'île de Montréal, ce n'est pas pour rien que leur situation suscite l'intérêt de la population: ils illustrent la problématique de la crise du logement qui touche beaucoup de gens à Montréal et à travers le Québec, bien que les conséquences ne soient pas aussi sévères et visibles pour tous. 

Mme Laflamme rappelle que plusieurs personnes qui ont un appartement vivent dans la précarité en raison du prix du loyer: ce sont 42 000 locataires montréalais qui concèdent 80% ou plus de leurs revenus à leur logement, selon les chiffres du dernier recensement de Statistique Canada (2016). 

MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

Et le faible taux d'inoccupation des logements dans la métropole rend la recherche difficile: 2,5 fois plus de personnes ont fait appel, cette année, au service d’urgence de la Ville, craignant de ne pas se trouver un toit, a-t-elle ajouté.

«Les gens veulent un toit, et non trimbaler leurs trucs durant la nuit et [bientôt] en plein cœur de l’hiver», a lancé Mme Laflamme, lorsque questionnée à savoir pourquoi les refuges ne sont pas aussi populaires que l'était le campement pour certains.

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Ouvrir les yeux

Mme Laflamme espère que l’exemple du camp Notre-Dame ouvrira les yeux à plusieurs politiciens qui ne prenaient pas au sérieux la crise du logement il n’y a pas si longtemps.

En juin 2019, par exemple, la ministre de l’Habitation Andrée Laforest refusait de reconnaître la crise du logement. «On n’est pas du tout en crise, on est en rareté pour Montréal», avait-elle dit.  

La réponse était similaire du côté de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, qui indiquait aussi à l'époque que Montréal ne connaissait pas une crise du logement, avant de changer radicalement son discours dans les mois qui ont suivi.

ANDR� PAQUETTE/AGENCE QMI

«Les besoins sont criants et le gouvernement du Québec n’investit pas assez dans le logement social et dans le soutien communautaire», juge Mme Laflamme, qui a précisé que 23 000 ménages locataires sont sur la liste d'attente pour une habitation à loyer modique (HLM). 

Symbole

Le campement Notre-Dame est le symbole d’une crise sociétale à laquelle les médias se raccrochent, a indiqué pour sa part Laury Bacro, organisatrice communautaire pour le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM).  

Cette dernière déplore le traitement matinal «démesuré» reçu par la cinquantaine de campeurs lundi, alors qu'ils se sont réveillés cernés par les policiers, dont des agents de la cavalerie du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

La disparition du campement ne règlera pas le problème: d'autres installations du genre, beaucoup plus petites et moins visibles, persistent un peu partout en ville. L’exemple du camp Notre-Dame pourrait devenir de plus en plus récurrent, soulignent d’ailleurs les deux organismes communautaires.

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