Gérer le groupe Facebook Hochelaga MON Quartier, c'est du bénévolat extrême | 24 heures
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Gérer le groupe Facebook Hochelaga MON Quartier, c'est du bénévolat extrême

Geneviève Tardy gère le groupe Facebook Hochelaga MON Quartier, qui compte 24 000 membres. La voici dans son bureau à la maison d’où elle télétravaille.
Louis-Philippe Messier / 24 Heures

Geneviève Tardy gère le groupe Facebook Hochelaga MON Quartier, qui compte 24 000 membres. La voici dans son bureau à la maison d’où elle télétravaille.

Les bénévoles qui modèrent le groupe Facebook Hochelaga MON Quartier, un des forums publics les plus achalandés du Québec avec quelque 24 500 membres, voient chaque mois défiler plus de 26 000 actions (publications, commentaires, réactions). Ça n’arrête jamais. De quoi devenir fou ! Surtout lorsque des mêlées d'insultes éclatent et deviennent virales...  

Parmi les quelque 1400 publications diffusées sur le groupe chaque mois, il y a de tout. Cet automne, une mère de famille atteinte du cancer cherchait un appartement décent dans Hochelagaprès de sa famille, et les gens l’ont aidé à trouver. Une femme endeuillée de son chat écrasé sur le boulevard Pie-IX publiait des photos de feu son minet, et ses voisins la consolaient. Un photographe amateur publiait de magnifiques photos du stade olympique au coucher du soleil.

Pour une poignée de modérateurs, dont la principale responsable est Geneviève Tardy, la gestion de ce groupe est une tâche infinie, à la fois ingrate et satisfaisante. « C’est comme si j'avais accès en permanence au meilleur et au pire de mon voisinage », explique Mme Tardy, qui affirme ne pas calculer ses heures de travail bénévole.

« En ouvrant les yeux le matin, c’est la première chose que je fais et des fois je me sens mal de me coucher à 21h parce que je sais qu’il y aura beaucoup de publications dont l’approbation risque d’attendre plusieurs heures. »

Modérateur, un rôle stressant

Pendant l’entrevue avec notre journaliste, celle qui travaille pour la Fondation Rivières et l’organisme Eau Secours sort son téléphone et soupire en voyant que neuf nouvelles publications attendent une approbation. « Ça n’arrête jamais. Surtout le matin, c’est intense», dit-elle. 

Récemment, une nouvelle recrue, chez les modérateurs, n’a pas duré 24 heures. « Au sujet d’une vidéo insolite d’un homme en crise qui sautait sur une Tesla sur la rue Ontario, il a reçu un message privé qui l’a affecté, de la part de la famille de l’homme en question, et il a préféré renoncer à son rôle de modérateur. Ça le stressait trop», rapporte Mme Tardy.

Les chats trouvés sont interdits

Différents règlements ont été établis par sondage auprès des 24 500 membres. Par exemple : les publications de chats trouvés sont interdites. « On en avait 15 par jour et on se rendait vite compte que ce n’était à peu près jamais des bêtes réellement perdues », explique Mme Tardy. 

« En revanche, on accepte bien sûr les avis de chats disparus et recherchés, de la part de leurs maîtres, pour les aider. »

Pas de vente

Il est aussi interdit de vendre quoi que ce soit. Les membres peuvent toutefois offrir des choses à donner. Des nécessiteux qui peinent à boucler leurs fins de mois en appellent à la générosité de leurs voisins. « C’est incroyable, l’entraide que ça permet, puisque des jeunes futurs parents dans le besoin peuvent obtenir de leurs voisins tout le matériel nécessaire pour leur bébé », dit Mme Tardy.

En revanche, il y a toujours des profiteurs, des gens qui feignent la misère pour essayer de soutirer des dons ou des membres qui se lancent sur tout ce qui est à donner pour ensuite le revendre sur Marketplace. « Rapidement, ces gens-là se font reconnaître, et nous les bloquons », dit Mme Tardy.

Insultes et menaces

Tous les jours, Geneviève Tardy a droit à son lot d’insultes et de menaces. « Sans surprise, les gens les plus impolis avec moi sont ceux que j’avertis parce qu’ils sont impolis avec tout le monde. Le mois dernier, j’ai eu une mise en demeure de la part d’un enquiquineur que j’ai dû bloquer en raison de son comportement et qui invoque les droits de l’Homme pour exiger sa réintégration. »

Si on ne filtrait pas les publications de chialage répétitives, notamment en rapport avec les pistes cyclables ou les travaux, le fil du groupe deviendrait rapidement indigeste et perdrait son dynamisme. Parfois, nous devons supprimer certaines publications parce que les commentaires dégénèrent tellement que ça devient ingérable pour nous. »

Pourquoi s’imposer cette tâche sans fin ? « Je ne sais pas, ça fait partie de ma routine et, tout compte fait, les bons côtés surpassent les mauvais », dit Geneviève Tardy.

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