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Quand voir un psy nous ruine

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Marilyne Houde

Avec les dépressions et les troubles anxieux en hausse, il est plus difficile que jamais d’entamer un suivi avec un psychologue. Comme si ce n’était pas assez, prendre soin de sa santé mentale a un prix: celui de notre santé financière. Portrait de la situation.  

«Mon loyer me coûte 600$ et mes rendez-vous avec mon psy me coûtaient 450$ par mois. J’ai arrêté le suivi et j’ai regardé pour d’autres options», lance Noémie*, une professionnelle début trentaine.  

Depuis le début de la pandémie, elle a développé des troubles anxieux et ses crises de panique étaient fréquentes. En plus de la médication, son médecin lui a fortement suggéré des séances avec un psychologue.  

«Je n’ai même pas cherché à avoir un psy au public parce que j’ai des assurances avec mon travail. Pour 110$ par rencontre, je payais 17$ de ma poche jusqu’à concurrence d’un certain montant. Maintenant, je ne suis plus couverte», explique-t-elle.  

Au privé, le tarif d’une séance varie entre 80$ et 130$ pour 50 minutes. Pour un mois de consultations, on peut facilement dépasser les 500$, soit plusieurs épiceries ou une bonne partie de son loyer. 

La PCU en renfort     

Sébastien*, un jeune professionnel de 24 ans, a investi ses versements de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) dans son suivi psychologique.  

«Ça a été une gymnastique mathématique pour y arriver et je sais que plusieurs ne peuvent pas se le permettre. Y’a fallu que je réarrange mon budget. Tu as pas le choix», lance-t-il.  

Sébastien a somme toute été chanceux: sa psychologue, au tarif de 100$ la séance, lui a offert un tarif modulé en fonction de son revenu. 

«C’est rendu aux psys de baisser leurs tarifs tellement le système public aide pas», déplore le jeune homme. C’est comme si je ne croyais pas au public. J’ai entendu des histoires d’horreur. "C’est long, tu dois aller à l’urgence". Quand tu as l’argent, tu as droit à un meilleur suivi.» 

Des listes d’attente interminables     

Sans grande surprise, le réseau public et les ressources alternatives comme les cliniques à tarifs modulés sont saturées. Les services qui offrent des séances à 35$ ou 45$ aux patients à faible revenu sont aujourd’hui quasi inaccessibles. 

«La liste d’attente est maintenant entre 6 mois et 8 mois et à chaque semaine elle ne cesse de s’allonger», note Paulina M. Espinosa, responsable clinique du service de psychothérapie du Centre Saint-Pierre à Montréal. L’organisme offre des tarifs réduits à sa clientèle en fonction de leur revenu. 

La demande, déjà importante, a augmenté depuis le mois de mars. Les motifs de consultation ont quant à eux évolué : les troubles anxieux et la dépression dominent.  

«Nous, contrairement au public, nous n’avons pas de financement. Nous avons des psychologues qui offrent un peu de leur temps et en ce moment, le problème c’est le recrutement. Ils n’ont pas de disponibilités et c’est ce qui allonge les listes d’attente», déplore Mme Espinosa.  

D'autres méthodes    

Les personnes en détresse sans assurance collective se retrouvent ainsi contraintes. S’il est possible de se faire référer par son médecin de famille ou par le CLSC au public, le privé assure quant à lui un suivi rapide... à gros prix.  

Après avoir mis un terme à ses séances, Noémie s’est tournée vers des méthodes holistiques, comme l’usage d’huiles essentielles, l’acuponcture et des massages réguliers prescrits par son médecin.   

«Je me suis rendu compte que le toucher est important présentement. On vit une situation difficile et anxiogène. J’ai opté pour des alternatives parce que j’ai pas nécessairement le budget pour voir un psy à toutes les semaines», explique-t-elle.  

Compte-t-elle cependant revoir un psychologue sous peu? 

«Quand mes assurances vont retomber à zéro, je n’exclus pas d’y retourner.» 

En quelques chiffres     

Selon les récentes données de l’

· 85,8% des psychologues sondés ont relevé une augmentation de la détresse psychologique ou une aggravation des symptômes chez leur clientèle depuis le début de la pandémie. 

· 63,9% des psychologues sondés ont noté un plus grand nombre de demandes urgentes ou de situations de crises.

· Seuls 29,9% des répondants ont de la disponibilité pour de nouveaux clients. 

*Les prénoms ont été changés pour préserver l'anonymat.

Si vous avez besoin d’aide  

Ligne québécoise de prévention du suicide  

· www.aqps.info 

· 1-866-APPELLE (277-3553)   

Jeunesse, J’écoute  

· www.jeunessejecoute.ca 

· 1-800-668-6868   

Tel-Jeunes  

· www.teljeunes.com 

· 1-800-263-2266  

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