Le siège d’appoint, ce contraceptif méconnu | 24 heures
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Le siège d’appoint, ce contraceptif méconnu

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AgenceQMI

Les lois qui obligent l’utilisation de sièges d’appoint de plus en plus longtemps dans la vie des enfants sont fortement corrélées à la diminution des familles de trois enfants et plus, puisque cela équivaut presque à une obligation de se procurer une fourgonnette, révèle une étude scientifique américaine publiée en septembre dernier par des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology et du Collège de Boston. 

De 2007 à 2018 aux États-Unis, selon la plupart des modèles de variations démographiques développés au cours du XXe siècle, le taux de fécondité aurait dû augmenter. Or, il a chuté. De 2,12 en 2007, il est tombé à 1,78 en 2018. Les scientifiques cherchent donc à expliquer ce déclin en utilisant de nouvelles hypothèses.  

Parmi les facteurs à considérer, selon les chercheurs, il y a la contrainte sécuritaire très coûteuse pour quiconque veut agrandir sa famille au-delà du deuxième enfant : celle de fournir un siège d’appoint à chaque enfant... dans certains États américains jusqu’à l’âge de 12 ans. Car elle est finie, l’époque insouciante des cinq enfants allègrement entassés à qui mieux sur la banquette arrière.  

Coûteux 

« Ces lois ont considérablement augmenté le coût d’avoir des enfants pour les femmes qui ont déjà deux jeunes enfants, et qui envisagent d’en avoir un troisième, écrivent Nickerson et Solomon. (...) Plusieurs voitures ne peuvent pas facilement accueillir trois sièges pour enfants sur la banquette arrière. (...) Cela fait augmenter tout spécialement le coût du troisième enfant pour plusieurs familles, en nécessitant l’achat d’un véhicule plus grand. Les choix les plus commodes, comme les camionnettes, posent les problèmes additionnels d’être dispendieux et peu à la mode. »  

Un siège d'appoint pur luxe créé pour Ferrari la marque Cybex en 2018

AFP

Un siège d'appoint pur luxe créé pour Ferrari la marque Cybex en 2018

En fonction des États, des différentes lois et de leur évolution, les chercheurs ont pu mesurer statistiquement l’effet «contraceptif» du siège pour enfant. Les professeurs Jordan Nickerson et David Solomon ne se sont pas contentés d’évaluer les enfants sauvés par l’obligation du siège, mais aussi ceux qui, en raison du siège, ne sont jamais nés. « Nous estimons que ces lois n’ont prévenu que 57 morts d’enfants au cours d’accidents de voiture partout aux pays en 2017. Simultanément, elles ont conduit à une réduction permanente d’approximativement 8000 naissances la même année, ainsi qu’à 145 000 naissances en moins depuis 1980, avec 90 % de ce déclin survenu depuis 2000. » 

Farfelu 

Et « rétroprojetant » leurs estimations, Nickerson et Solomon calculent que si les contraintes sécuritaires actuelles avaient été en vigueur depuis 1980, elles auraient prévenu 350 000 naissances. Ils en concluent que l’obligation du siège n’est pas socialement désirable puisque chaque vie sauvée par ces mesures coûte de 55 à 147 « vies prévenues ». 

Si ce raisonnement très « statistico-statisticien » vous déconcerte, vous n’êtes pas seul : le magazine The Economist qualifie cette façon de placer sur les plateaux opposés d’une balance les vies sauvées d’enfants réels et les vies d’enfants non nés de « calcul moral étrange ». Alisa Baer, une pédiatre new-yorkaise spécialisée dans les sièges pour enfants, juge farfelue cette partie du travail de Nickerson et Solomon.  

Cela dit, leur hypothèse centrale, le fait que l’obligation du siège d’auto entraîne une baisse de natalité, semble bel et bien fondée.  

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