[EN IMAGES] Après avoir vécu toute la pandémie à l’hôtel, une famille craint d’y rester pour Noël aux frais de la Ville de Montréal | 24 Heures MTL
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[EN IMAGES] Après avoir vécu toute la pandémie à l’hôtel, une famille craint d’y rester pour Noël aux frais de la Ville de Montréal

Image principale de l'article Une famille prise à l'hôtel depuis 8 mois

La famille Rehman craint de devoir passer le temps des Fêtes coincée dans la chambre d’hôtel où elle habite depuis avril, parce que le propriétaire de son appartement ne fait pas les réparations nécessaires pour qu’elle y retourne.  

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Le 7 avril, un incendie a endommagé le système électrique de l’immeuble situé au 11945, rue Lachapelle, à Montréal. M. Rehman, sa femme et leurs deux filles, ainsi que les autres personnes qui habitaient dans les 40 logements qu’il comprend, ont dû être évacuées et vivent depuis chez des amis ou à l’hôtel, en attendant une remise en état des appartements. 

Il semble que le proprétaire des lieux, la compagnie Aldo Construction, ne soit pas pressé de retrouver ses locataires. Il a d’ailleurs reçu 5000$ de constats d’infraction par la Ville pour avoir retardé les travaux. Des familles ont accepté une indemnité de départ et sont carrément partis vivre ailleurs, mais d’autres veulent retrouver leur logement. 

En attendant, la Ville leur paie une chambre d’hôtel. Une partie de la facture devrait être éventuellement refilée au propriétaire, mais les locataires hébergés ont jusqu'à maintenant coûté à la Ville pas moins de 443 741,28$ (en date du 30 novembre 2020), tout ça pour vivre dans une chambre d’hôtel sur le boulevard Décarie. Ils sont encore 15 personnes à vivre dans cette situation, dont la famille Rehman, qu'on a pu rendre visite pour comprendre à quoi ressemble sa vie au jour le jour. 

M. Rehman, qui travaille comme livreur, m’attend en avant d’une porte secondaire de l’hôtel à 19h30. Il vient de finir sa longue journée de travail, et m’explique pourquoi il n’a pas tout simplement choisi de signer un bail ailleurs en juillet dernier. «J’ai reçu un appel de la Ville me disant que tout allait être beau dans deux semaines. Et deux semaines après, et deux semaines après, et deux semaines après...», me répète-t-il. Il vit dans cette chambre depuis 8 mois, et rien ne s’est passé.  

On entre dans le hall d’entrée un peu banal de l’hôtel, on prend l’ascenseur et on se dirige vers sa chambre. 

La chambre est en désordre : des jouets et du matériel scolaire traînent à gauche et à droite. Difficile de blâmer la famille qui vit à quatre dans un espace aussi petit, en mode attente depuis des mois. «On recevait le service de ménage au départ», indique le père de famille, un peu gêné devant l’allure de la chambre.  

 

Les résidents «temporaires» doivent s'occuper de leur poubelle, alors que c’est un élément plutôt difficile à gérer dans cet espace. 

Même s’ils peuvent utiliser des ronds chauffants pour cuisiner, la famille se retrouve à devoir acheter plusieurs repas dans les restaurants à proximité de l’hôtel. Le réfrigérateur est «beaucoup trop petit» pour conserver de la nourriture pour quatre estomacs. 

Le micro-ondes est aussi largement utilisé pour réchauffer des plats, alors qu’il est difficile d’accumuler des réserves pour cuisiner, comme des sacs de riz, des pâtes ou des conserves, par manque d’espace. 

Les déplacements des deux filles sont beaucoup plus compliqués depuis l’incendie. Chaque matin, la mère de famille, qui n'a pas d’emploi, va les reconduire à l’école. Celle-ci est à deux pas de leur ancien appartement d’Ahuntsic-Cartierville, mais loin de l’hôtel où ils résident en «attendant». Ça donne un trajet avoisinant 40 minutes, matin et soir, en autobus et en métro. Malgré tout, les deux petites étaient très joyeuses lors de notre passage.  

Le père, de son côté, prend chaque matin son camion et part faire des livraisons pendant la majeure partie de la journée. La scène rappelle étrangement les paroles de la chanson des Cowboys fringants L’Amérique pleure. 

Si M. Rehman pouvait nommer un élément qui lui brise le cœur en ce moment, c’est de voir ses deux petites filles se résigner à jouer dans un espace aussi restreint. «Dans notre appartement, on avait une pièce (leur chambre) pour qu’elles puissent jouer», se désole-t-il, en s’ennuyant visiblement de son 4 1⁄2. 

M. Rehman n’est pas le seul résident du 11945 rue Lachapelle à être logé dans cet hôtel depuis l’incendie. Lors de mon passage, le mot s’était passé et plusieurs m’attendaient devant leur porte pour me parler. J’ai ressenti beaucoup de solidarité chez ces compagnons d’infortune. «Je n’ai jamais quitté cet appartement et j’y vis depuis que j’ai 20 ans [...]», me dit Mme Smith, qui en a maintenant 70. «On n’a reçu aucune excuse depuis le début, de personne», plaide M. Rehman. Tous ont laissé du matériel dans leur appartement, et ne peuvent y retourner que brièvement. 

En me quittant, M. Rehman me l’assure : il n'a pas perdu espoir. Il me sourit. «Merci beaucoup et bonne année», lance-t-il, en m’envoyant la main devant l’ascenseur, dans le couloir de l’hôtel. 

Une rénoviction? 

Pourquoi le propriétaire met-il autant de temps à régler le problème? Difficile à savoir, puisqu’il n’a pas retourné nos demandes d’entrevue, tout comme la gestionnaire de l’immeuble. 

Selon nos sources, l'absence de portes coupe-feu semble être le problème qui ne permet pas aux locataires de retourner dans leur appartement. «C’est commandé ça fait des mois. Il y a six portes coupe-feu qu’ils ont pas reçues, sinon le building est prêt pour les appartements des gens qui n’ont pas été touchés», nous a indiqué le concierge de l’immeuble par téléphone, Louis, qui n’a pas voulu fournir son nom de famille. 

Vu le peu de temps qu'il reste avant Noël, les familles ne retourneront probablement pas dans leur appartement avant les Fêtes.

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On nous indique du côté de la Ville de Montréal que la dernière inspection a eu lieu le 16 décembre dernier. 

Sans pouvoir dire avec certitude que c’est ce dont il s’agit dans ce cas, le comité logement d’Ahuntsic-Cartierville évoque un possible cas de rénoviction. 

Le terme «rénoviction» décrit les situations où les propriétaires tentent d’évincer un locataire pour ensuite augmenter considérablement le loyer, ce qui peut se faire de plusieurs façons. Il peut être difficile de les détecter car les locataires peuvent être évincés pour des raisons prétendument légitimes, comme la reprise d’un logement pour loger le propriétaire ou un de ses enfants.  

Ici, le propriétaire a proposé une compensation financière d'un mois de loyer et des frais de déménagement «jusqu'à concurrence de 250$» aux résidents qui acceptaient de quitter leur logement plutôt que d’attendre les réparations. Or, le Tribunal administratif du logement (TAL) demande, dans les cas d'éviction de locataires, que le propriétaire offre «trois mois de loyer et des frais de déménagement, que le locataire ait contesté ou non son éviction.» 

Tous les locataires rencontrés ont accepté au début de se faire prendre en photo, mais ont changé d’idée par la suite (ou ont demandé à ce que la photo soit censurée) par peur de représailles de leur propriétaire 

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