Les Black Painters : une histoire de solidarité envers nos entrepreneurs | 24 Heures MTL
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Les Black Painters : une histoire de solidarité envers nos entrepreneurs

Image principale de l'article Être solidaires avec nos entrepreneurs

Les Black Painters : une histoire de solidarité envers nos entrepreneurs 

Anne-Lovely Etienne

La semaine dernière, sur Instagram, ma coiffeuse Achaia fut l’objet de cyberintimidation... au point de recevoir plusieurs messages de menaces de mort. Et pourquoi selon vous? Parce qu’elle offre des services de luxe à son salon de coiffure, dont des perruques haut de gamme, détaillées jusqu’à 3000$. 

Cette histoire qui a fait beaucoup gazouiller la communauté noire de Montréal sur les réseaux sociaux a suscité en moi plusieurs questions. J’étais totalement abasourdie que des gens veuillent sa mort... Enfin, écrit-on à Louis Vuitton ou à Chanel pour leur crier des bêtises parce qu’un sac à main coûte 5000$? 

Je me suis demandée si la solidarité envers les entrepreneurs blacks existait ici autant qu’aux États-Unis. 

Y a-t-il une clientèle noire fortunée au Québec? Est-ce que les Québécois de souche s’intéressent à l’entrepreneuriat issu de la diversité culturelle? Les préjugés de l’entrepreneur noir dit paresseux ou escroc sont-ils encore existants? 

Eh bien, chers lecteurs, les fondateurs de Black Painters, spécialisés en peinture en bâtiment (avouez que c’est vraiment hot comme nom d’entreprise), ont répondu à mes questions et je suis heureuse de vous dire que j’ai regagné foi en ma communauté et surtout en notre société.  

C’est Marylin qui m’a présenté ces deux Montréalais. Marylin est bien connue chez les Haïtiens d’ici, car elle est la marieuse numéro 1 en ville, capable (quand il n'y a pas la COVID) d’organiser des mariages de 500 personnes sans oublier Tatie Bernadette de New York et Tonton Jean-Jean de Miami. Il faut le faire. 

Tourner sa vie à 180 degrés 

J’ai donc fait la connaissance de Karl-Evans, un jeune trentenaire d’origine haïtienne qui a décidé de changer de vie dernièrement. Adolescent, il était joueur de soccer pour l’équipe nationale canadienne. Dans sa vingtaine, il s’est fait une réputation dans l’univers du nightlife montréalais. 

« J’ai eu un début en restauration. C’était la mode du lounge culinaire : les vins, les plats, la musique... Puis, j’étais impliqué dans le monde des bars où il y avait de l’alcool, de la drogue et les motards. J’étais dans un pattern de vie qui ne me menait à rien de bon », raconte-t-il. 

Puis, le voyant sur un mauvais chemin, sa mère est intervenue à grands coups de « tough love ». Ses interventions ainsi que la naissance de sa fille ont porté fruit : Karl-Evans s’est inscrit à l’école de construction comme peintre en bâtiment. Une fois diplômé, il a contacté Weslove Pierre-Louis, le cousin de son meilleur ami, qui travaillait déjà dans le domaine.    

« Je lui ai dit que je voulais partir une petite entreprise, qu’on irait faire des jobs chez les gens et que ça s’appellerait Black Painters », se souvient-il.  

« Weslove est un gars tellement droit, qui n’avait jamais fait de conneries ni de stupidités. Je savais qu’en m’associant avec lui, je ne me trompais pas », dit-il. 

Quand l’union fait la force 

L’aventure Black Painters voit ainsi le jour en 2019. Comme pour plusieurs entrepreneurs, les débuts sont raboteux, même raides. Toutefois, le duo des Black Painters ne baisse ni les bras ni les pinceaux.  

« Il n’y avait pas beaucoup de Noirs dans le monde de la construction et il n’y avait pas de Blancs qui voulaient nous engager... Les gens avaient peur qu’on fasse un mauvais travail », relate-t-il. 

« Mon apparence y est peut-être pour quelque chose. Lorsqu’on me voit, on pense que je suis un bandit! Sans blague, il fallait que deux gars noirs puissent faire leur marque dans un monde plus blanc », fait-il remarquer. 

Lorsque je demande à Karl-Evans comment les choses ont changé, dans sa voix, un sourire se dessine. Sa communauté d’origine lui a d’abord fait confiance, et ç’a rejailli sur le reste de sa clientèle.  

« Tout ce que je publie sur mon Instagram de travail, ce sont des maisons, des condos, des appartements appartenant à des Noirs. C’est grâce à eux. Ils n’avaient aucun problème à me référer à d’autres clients. Ils m’ont encouragé », reconnaît-il. 

« C’est aussi là que je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de Noirs successfull ici. Le bouche-à-oreille s’est passé. J’ai des clients maintenant de toutes les communautés parce que dans le fond ce qui compte c’est l’éthique de travail et je veux que mes clients soient heureux. On a un travail de qualité et nous sommes des gens honnêtes », insiste-t-il. 

Karl-Evans a effectivement répondu à mes questions. La devise inscrite sur le drapeau haïtien « L’union fait la force », se reflète à travers d’histoires comme celle de Karl-Evans, celle de Maryline et ou de façon générale celle d’Achaia, ont compté sur leur communauté pour la réussite de leur entreprise.  

Des entrepreneurs québécois, mais d’origines multiples 

C’est de là que tout commence : l’esprit de collectivité et le vivre ensemble. Que l’on parle du Panier bleu, des agriculteurs québécois, des chansons de Fred Pellerin ou des perruques d’Achaia, c’est beau de voir que, quelles que soient nos origines, on se solidarise, en s’ouvrant aussi à l’autre. 

Après tout, un entrepreneur est un acteur important de l’économie d’ici, et je me plais vraiment à dire que ma coiffeuse est d’origine haïtienne, que mon notaire est d’origine italienne, que mon dentiste est d’origine libanaise, que mon comptable est marocain, que mon esthéticienne est d’origine vietnamienne et que je travaille pour un grand fleuron médiatique québécois.  

Je me plais également à rencontrer tous ces gens passionnés. Des gens de cœur. Des gens qui misent une vie sur la réussite de leur entreprise et je pense que cela va au-delà de la couleur, de la religion ou de l’allégeance politique. 

Sur ces réflexions feel good, je vous souhaite à tous un très joyeux Noël et je trinque en la santé de tous les entrepreneurs québécois (avec un gin du Québec)! 

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