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Ma résolution se passe trop bien : je ne sais pas comment recommencer à boire

Image principale de l'article  Je ne sais pas comment recommencer à boire

Parce que j’attaque toujours mes résolutions du Nouvel An quelques semaines avant la Saint-Sylvestre, je suis en congé d’alcool depuis novembre. Ces vacances de la bouteille m’ont tellement ragaillardi, notamment en me calmant, en égalisant mon humeur et en affûtant mon attention, que je répugne à renouer avec mes mœurs antérieures. Tôt ou tard, j’honorerai de nouveau la bière et le vin, ces merveilles de la civilisation, mais je ne sais pas encore comment je les réintégrerai à mon quotidien.

Buvais-je beaucoup? Il faut croire. Trop? Peut-être. Je refuse de dire oui. Les concours ou défis de sobriété m’ont toujours agacé. La bière de début de soirée, pour marquer la fin de la journée de travail, était chez moi un rituel bien-aimé — ainsi qu’une deuxième bière, voire, s’il faisait beau en été, une troisième — pourquoi pas? Ensuite, j’aurais eu le sentiment d’insulter gravement mon souper en ne l’accompagnant pas de vin.

Sûrement, mais toujours lentement, je buvais ; loin de m’assommer en calant du «fort» comme j’ai vu des gens le faire en Europe de l’Est ou à l’université McGill, je «sirotais». Si un docteur me demandait combien de consommations par jour je buvais, j’éclatais de rire : «Comment voulez-vous que je le sache ? Je ne vais quand même pas me mettre à compter! Ça dépend de la durée de la soirée.»

Un deuxième confinement sobre

Dans la jeune vingtaine, j’ai exploré divers éléments de la pharmacopée récréative, par curiosité, sans aimer quoi que ce soit davantage que l’alcool. Depuis, je me tiens à cette prédilection exclusive.

Pendant le premier confinement anti-pandémique de mars à mai 2020, j’ai bu davantage de vin que d'habitude — sans remords et avec plaisir —, mais pas question de rééditer cette expérience. Lorsque le reconfinement d’octobre dernier est arrivé en même temps que la grisaille, j’ai eu le réflexe de «fermer le robinet», du moins lorsqu’il est devenu évident que ce nouvel enfermement durerait davantage que vingt-huit jours.

J'ai cessé de ronger mes ongles

Le premier symptôme de mon congé d’alcool : mes ongles. J’ai commencé à en avoir aux doigts. Sans m’en rendre compte, j’ai cessé de les ronger. Car oui, ce n’est pas glorieux, mais j’avais cette vilaine manie. Justement, parlant du Nouvel An, il y a une quinzaine d’années lors d’une occasion mondaine, dans un bar, j’avais demandé à Simon-Olivier Fecteau, notre nouveau «monsieur Bye Bye», pourquoi il ne buvait pas du tout (du moins, c’était alors son habitude). Sa réponse m’avait intrigué : l’alcool, me disait-il, l’angoissait. Maintenant que je m’étonne d’oublier de ronger mes ongles, je pense que je comprends ce qu’il voulait dire. 

Sans m’appesantir sur la litanie des bienfaits de mon sevrage, en voici quelques-uns : sommeil plus profond et plus réparateur, réveil facile, fin de la somnolence d’après-repas, diminution du ronflement, perte de poids évidente, peau soudainement plus lisse et plus saine, faculté de concentration accrue, etc.

Un héritage à mon fils

Comme Piaf, je ne regrette rien. Je ne regrette pas d’avoir bu comme je le faisais pendant vingt ans. Mais je ne regrette pas non plus de ne plus boire du tout depuis deux mois (excepté une fois au chalet pour le Nouvel An). Je suis sérieux dans mon intention de recommencer à boire, tôt ou tard j’y viendrai, rien ne presse. Je profite du fait que mon palais se refait une virginité pour étudier sagement le vocabulaire et les notions œnologiques et brassicoles.

Cette culture vinicole que je m’administre sur le tard, je me jure de la transmettre à mon fils à qui, pour sa majorité, je prépare une caisse de bouteilles de son année de naissance. Donc, mon fiston reçoit depuis ses trois ans, pour sa fête ou pour Noël, des bouteilles de vin de la cuvée 2016 qu’il pourra déguster, lors des grandes occasions, dès l’an 2034. Un proche cent fois plus versé que moi en œnologie s’occupe de choisir ces vins qui veilleront bien pendant vingt ans. Pour l’instant, le cellier de mon fils recèle trois bouteilles de Tedeschi Amarone della Valpolicella 2016 et trois bouteilles de Produttori del Barbaresco 2016. Vous aurez compris que ce cadeau vise à lui inculquer une certaine idée de la gastronomie. (J’ai connu quelqu’un à qui ses parents avaient acheté une caisse entière de Château Cos d’Estournel 1986, absolument délicieux au milieu des années 2000, et ça m’a paru une trop bonne idée pour ne pas la reprendre.) 

Enfin, au pire, si je m’attarde encore longtemps dans l’abstinence totale, je me donnerai pour l’an 2022 la résolution la plus facile du monde : recommencer à boire.

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