Dénoncer sur les réseaux sociaux peut engendrer des dérapages, avertit un sociologue | 24 Heures MTL
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Dénoncer sur les réseaux sociaux peut engendrer des dérapages, avertit un sociologue

Est-ce la bonne chose à faire de dénoncer sur les réseaux sociaux?

Image principale de l'article Les réseaux sociaux comme chien de garde?
Scott Harms - stock.adobe.com

Tout le monde est tanné des restrictions liées aux mesures sanitaires, et certains tentent de se défiler en vivant comme avant, mais d’autres sont là pour les dénoncer sur les réseaux sociaux. Est-ce la bonne chose à faire?

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La semaine dernière, la page @denoncer.influenceurs (anciennement @cancel.influenceurs) a fait son apparition sur Instagram. Elle compte plus de 24 000 abonnés à ce jour. 

Le gestionnaire de cette page, qui n'a pas révélé son identité, dénonce les influenceurs qui commettent des actions susceptibles de contribuer à la propagation de la COVID-19, comme un rassemblement intérieur ou les fameux voyages dans le Sud. Il demande même aux marques qui les commanditent de cesser leurs ententes avec eux.

Dans un entretien avec le site MTL Blog, l'anonyme gestionnaire de la page, qui n'a pas donné suite à notre demande d'entrevue, a affirmé avoir pris cette initiative parce qu'il était tanné de voir «les influenceurs utiliser leurs plateformes pour promouvoir leur voyage ou leur fête».

«Pour 100 bons messages/commentaires, il y en a un mauvais ou furieux», disait-il, à propos des réactions du public à sa page.

D'autres personnalités publiques, notamment Safia Nolin dans ses stories Instagram, utilisent depuis quelques semaines leurs plateformes pour mettre en lumière ces actions contraires aux recommandations de la Santé publique et exprimer leur solidarité envers le personnel du réseau de la santé. 

L'artiste Safia Nolin dénonce les gestes des personnes qui effectuent des rassemblements alors que c'est interdit. Celle-ci a d'ailleurs été la cible de propos grossiers lorsqu'elle a écrit à un des contrevenants.

Capture d'écran d'une actualité Instagram tirée du compte de Safia Nolin

L'artiste Safia Nolin dénonce les gestes des personnes qui effectuent des rassemblements alors que c'est interdit. Celle-ci a d'ailleurs été la cible de propos grossiers lorsqu'elle a écrit à un des contrevenants.

Plusieurs influenceurs se font un plaisir de leur répondre en les narguant sur les plages, cocktail à la main, ou leur écrire personnellement des injures.

Pour un sociologue, dénoncer ses semblables ainsi n’est pas la chose à faire. «C’est normal qu’il y ait une frustration, mais ce n’est pas normal que la frustration débouche à un appel à la délation et à se faire justice soi-même sur les réseaux sociaux», stipule le professeur émérite à l’Université Laval Simon Langlois.

Même si quelqu'un a un comportement égoïste et que c'est tentant de le dénoncer, les réseaux sociaux peuvent causer certaines dérives, que ce soit le non-respect de la vie privée ou la présomption d'innocence. «Il n'y a pas de balises», note-t-il. Tout le contraire d'une discussion en personne, qui sera plus nuancée selon la réaction de la personne à qui l'on parle, ce qui n'est pas le cas sur les réseaux sociaux, a-t-il décrit. 

M. Langlois tient à distinguer la critique et la dénonciation, deux actions différentes. 

«Quand on dit dénoncer, c'est qu'on veut dire qu'on accuse quelqu'un de quelque chose». Que les gens critiquent, ça fait partie de la diversité d'expression. Or, M. Langlois souligne qu'en dénonçant quelqu'un, on personnalise le débat et non pas le comportement d'autrui.

Selon lui, alerter les autorités qu’elles doivent prêter davantage attention à faire respecter la loi demeure la meilleure solution, en parlant d'une problématique, mais sans identifier la personne directement. Pour illustrer ces propos, M. Langlois prend l’exemple d’un automobiliste qui brûle un feu rouge. «On a le sentiment que ce n’est pas acceptable et on est porté à condamner la personne. Mais ce n’est pas à nous de courir après la personne ou de la dénoncer publiquement. C’est plutôt à nous de sensibiliser la police au coin de la rue qu’elle doit faire respecter les règlements», explique-t-il.

Dominique Morin, lui aussi professeur de sociologie à l’Université Laval, souligne toutefois qu'il n'existe pas assez de données quant à cette pratique de délation sur les réseaux sociaux pour dire que c’est une nouvelle tendance. 

«Il ne faudrait pas créer une impression que c’est ça pour tout le monde et que c’est quelque chose d’énorme. La division et la différence d’opinions, c’est la norme en démocratie», a-t-il mentionné.

Les dénonciations se rendent-elles à la police?

Au-delà des publications sur les réseaux sociaux, les Québécois sont-ils portés à dénoncer à la police les personnes qui enfreignent les «règles COVID», comme le prônait en décembre la mairesse de Montréal, Valérie Plante?

Dans la semaine du 21 au 27 décembre, le Service de police de la Ville de Montréal a reçu 693 appels de dénonciations citoyennes. Deux semaines avant, ce nombre était de 530. 

Selon M. Morin, il faut être prudent quant à ces chiffres: «700 appels en une semaine, on aurait pu imaginer que ce serait plus», a-t-il conclu. 

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