Charles Lafortune a raison: Maripier Morin mérite une deuxième chance | 24 heures
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Charles Lafortune a raison: Maripier Morin mérite une deuxième chance

Les «zens» sur les artistes québécois

Image principale de l'article Maripier Morin mérite une deuxième chance

Avant cette foutue pandémie, les nouvelles que vous lisiez sur vos artistes préférés dans Le Journal venaient souvent de moi. Une telle est tombée enceinte, celui-ci s'est séparé, un nouveau couple s’est formé, elle a déménagé dans une nouvelle maison à un million de dollars...

J’ai un talent indéniable à tirer les vers du nez à mes interlocuteurs. Et ça, je crois que ça vient avant tout de mon humanité. Je m’intéresse véritablement à ce que disent les êtres humains: tout le monde a une histoire à raconter. 

Les «zens» sur les artistes québécois

Ce que vous ne savez pas, c’est que, nous, journalistes culturels, on en vient à apprendre des choses qu’on ne peut pas écrire, qui sont croustillantes, mais qui ne sont pas d'intérêt public. J’appelle ces choses des zens. Zen (qui se prononce «zin») veut dire «potin» en créole. Ce sont à vrai dire de véritables scandales sur la vie personnelle des gens.

J’ai entendu des trucs invraisemblables, mais probablement légitimes, sur plusieurs personnalités publiques. D’autres journalistes des tapis rouges de jadis peuvent en témoigner. Les zens ont été nourris de sources sûres par des agents, des collègues de travail ou encore vus de mes propres yeux, alors que je me trouvais par hasard dans un party chez une productrice... Oups. Ils sont très répandus.

Le cas Maripier Morin

J’ai interviewé beaucoup de gens au fil des ans, dont Maripier Morin. Comme je naviguais entre le lifestyle et le show-business, il arrivait parfois qu’on se croise deux fois dans une même semaine. On avait une relation hyper cordiale.

Elle a toujours été authentique et gentille, elle riait de bon cœur, ne se censurait pas souvent, sacrait parfois comme un trucker, se confiait à moi sur des sujets délicats, comme le jour où elle s’était mise à pleurer parce qu'elle s'était trouvée grosse durant un photoshoot. L’article avait fait beaucoup de remous à l’époque, et je crois que Maripier m’en a un peu voulu, mais elle connaissait la game, comme on dit.

Bien sûr, j’ai entendu tellement de zens sur elle au fil des ans. Des trucs qui se sont malheureusement avérés exacts, après la bombe que Safia Nolin a lâchée le jour de son anniversaire, l’accusant de harcèlement sexuel et de l'avoir mordue à une cuisse, un soir dans un bar.

Je n’oublie pas non plus la fois où, sur le plateau de son talk-show, elle a évoqué en entrevue à Stéphane Rousseau, qui décrivait son plus beau voyage à vie en Haïti: «T’es sûr que ce n’était pas en Tahiti?» Méga fail. Les membres de la communauté haïtienne ne l’oublieront jamais et lui en veulent encore.

Le tribunal des réseaux sociaux

Ceci étant dit, comme l’a si bien dit Charles Lafortune, producteur de la série La Faille qui a réengagé Maripier pour son rôle de Sophie dans la saison deux, je crois en la deuxième chance.

À son passage à l’émission La Tour, M. Lafortune confie: «Il y a le droit de se réhabiliter, et je ne sais pas ce que veut dire l’humanité si l’on ne se réhabilite pas. C’est le genre de société dans laquelle je veux vivre.»

Ses mots m’ont fait réfléchir et, selon moi, ils sont justes. C’est vrai, je crois en l’humain et à sa réhabilitation.

Je crois qu’on fait tous des erreurs, qu’elles soient minimes ou graves. Imaginez-vous si l’on exposait publiquement tous vos squelettes du placard, tous vos problèmes de santé et les comportements qu'ils entraînent: infidélité, toxicomanie, psychoses, crises de diva, dettes, gambling, anorexie ou boulimie... 

Ce sont des démons qui tourmentent les célébrités (croyez-en ma collection de zens), mais aussi monsieur et madame Tout-le-Monde.

Y’en a plusieurs qui passeraient au tordeur au tribunal des réseaux sociaux. Y’en a aussi une tralée qui se retrouverait comme Maripier Morin, sans contrat ou sans travail, avec une réputation totalement ruinée à reconstruire et «une sentence sociale extrême», pour reprendre les dires de Charles Lafortune.

Comme lui, je n’excuse pas le comportement de Maripier. Le harcèlement et la violence sont inacceptables.

Toutefois, je ne crois pas qu’on ait le droit de s’approprier son sort, sa décision de reprendre ou non sa carrière publique.

Cette épreuve, je l’espère, a dû la rendre plus consciente de ses gestes, de l’importance de ne jamais rien tenir pour acquis, d’agir en conséquence de cause de sa responsabilité d’être un visage public, de se mettre à la place d’autrui et surtout d’être plus humaine en faisant preuve de compassion. 

C'est Oprah qui le dit

C’est lorsqu’on est au plus bas et lorsqu’on croit que tout est fini que le meilleur de nous-mêmes finit par retentir. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Oprah.

J’ai donc véritablement espoir d’être témoin de cette nouvelle version de l’animatrice, car avec tout ce qui se passe dans l’actualité, soit les influenceurs sur le party en voyage (qui se moquent des travailleurs de la santé) ou les supporters de Trump qui font du grabuge au Capitole des États-Unis, j’aspire à ce que l’on se regarde tous le nombril et qu’on se donne une deuxième chance, pour un monde plus uni, pacifique et équitable.

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