[EN IMAGES] À la rencontre de personnes itinérantes durant la première soirée de couvre-feu à Montréal | 24 Heures MTL
/mtl-news/news

[EN IMAGES] À la rencontre de personnes itinérantes durant la première soirée de couvre-feu à Montréal

Image principale de l'article À la rencontre des personnes itinérantes

Dès le début du couvre-feu à 20h samedi, le centre-ville de Montréal avait des allures de ville abandonnée. On y retrouvait quand même plusieurs itinérants qui n'ont pas de toit et qui doivent donc trouver une autre façon de respecter cette mesure. Nous sommes allés à leur rencontre lors de cette soirée historique.  

• À lire aussi: Couvre-feu à Montréal: Les refuges débordent

On se doute que les itinérants n'ont pas l'argent requis pour payer des amendes allant entre 1000$ et 6000$, donc les policiers devaient faire preuve d’indulgence envers eux samedi. Toutefois, le gouvernement avait demandé à ce qu'ils n'aient pas de passe-droit pour se trouver dehors durant la nuit et qu'ils soient dirigés vers les ressources d'hébergement. 

Près de la station Berri-UQAM, plusieurs itinérants demeuraient tout de même à l’extérieur passé 20h samedi, malgré une forte présence policière. Les policiers n'abordaient presque pas les itinérants, sauf s'il y avait du trouble ou des altercations.

Mike Fairfinet, 56 ans, bien emmitouflé dans son sac de couchage, n’avait pas l’intention de quitter la devanture d’un commerce où il reste depuis août dernier.

«C’est bizarre qu’il n'y aie plus personne dans les rues, plus un bruit. [...] Je me demande si je vais me faire arrêter plus souvent [par la police]», a expliqué celui qui a fait plus de 20 ans de prison. 

Dominique, 54 ans, était de son côté en furie contre les mesures du gouvernement comme le couvre-feu, en ayant peur de la réponse des policiers. 

D’un cri du cœur, elle a tenu à dire que «l’indifférence et l’ignorance font mal». Rappelons que le gouvernement a dit, en milieu de semaine, qu’il y avait assez de place dans les refuges pour accueillir les sans-abri, ce qu’a remis en question le Regroupement pour l'aide aux itinérants et itinérantes de Québec (RAIIQ) sur Twitter.

• À lire aussi: [EN IMAGES] On a visité l'énorme tente temporaire pour sans-abri de la place Émilie-Gamelin

À l’intérieur pour le couvre-feu

Cela dit, plusieurs itinérants tenaient à respecter la mesure, comme Bertin Babineau, qui est à la rue depuis seulement deux mois et qui avait trouvé refuge samedi à la Maison du père. 

À 19h30, il sirotait sa bière près du métro et se préparait à décoller pour retrouver le toit qui l’héberge. Il nous a partagé son plan de match. 

«Je ne sais pas trop ce que je vais faire plus tard [dans la soirée]. Ça me prend une bière avant de me coucher. Je vais leur demander si je peux sortir, sinon ça attendra à demain», explique celui qui travaille quand même au dépanneur dans cette période trouble. «C’est ce qui me garde en vie», dit-il, cigarette au bec. 

M. Babineau habitait un 5 et demi dans le Mile-End avant d'en être évincé pour des loyers impayés, nous a-t-il raconté. 

• À lire aussi: On l'a testé: une nuit dans l’hôtel-refuge de la Place Dupuis

Un centre-ville avec pas un chat ni un chien

En marchant sur la rue Saint-Catherine, vers l’ouest, il n’y avait pas un chat dans le centre-ville de la métropole, ni même des promeneurs de chien (l'une des seules exceptions possibles pour sortir dehors, en plus d'être un travailleur essentiel ou de faire un déplacement d'urgence, par exemple pour se rendre à l'hôpital).

• À lire aussi: Voici comment vous devez prouver que vous avez le droit de circuler pendant le couvre-feu

Même s’il y avait une certaine circulation automobile, nous avons croisé seulement quelques piétons pendant une bonne heure de marche.

Notre journaliste a croisé une bonne dizaine de voitures de police avec les gyrophares ouverts, et a finalement été interpellé par des policiers à 22h, à la station de métro Berri-UQAM.

Après avoir pris connaissance de son attestation de travail, une policière qui dit fréquenter souvent ce secteur lors de son travail lui a confirmé que l'ambiance n’avait rien d’inhabituel, soulignant même que c’était une soirée «plutôt tranquille» pour ce monde «unique.» 

Départ en taxi

Notre journaliste est finalement rentré chez lui en taxi, avec le chauffeur Dessant Dazulmé, qui avait une soirée de travail bien tranquille, comme c'est le cas depuis le mois de mars.

«Vous êtes mon premier client», a-t-il lancé à notre journaliste à 22h30, alors qu’il avait commencé à 19h30. Une bonne journée, pour lui, se résume maintenant à environ 60$, alors qu'il a perdu plus de 85% de sa clientèle depuis le début de sa pandémie. 

• À lire aussi: On l'a testé: les livreurs de nourriture attendent les commandes en se tournant les pouces pendant le couvre-feu

À lire aussi

Et encore plus