Les panneaux publicitaires «niaiseux» s’avèrent souvent les plus mémorables | 24 Heures MTL
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Les panneaux publicitaires «niaiseux» s’avèrent souvent les plus mémorables

Image principale de l'article Pubs «niaiseuses»: souvent les plus mémorables

Un peu après le Jour de l’An, je conduisais machinalement vers Montréal sur l’autoroute 40 dans Lanaudière sans porter attention aux panneaux publicitaires jusqu’à une affiche dont le lettrage immense disait : « Faire ton université à Repentigny ? Mets-en ! » Ça m’a paru niais, comme slogan, et j’ai éclaté de rire, mais, franchement, peut-on imaginer une publicité plus efficace ?  

Vais-je me souvenir qu’à Repentigny, on peut suivre une formation universitaire ? Mets-en ! En fouinant par la suite, j’ai découvert qu’au CRUL (le croustillant acronyme du Centre régional universitaire de Lanaudière), on n’offre pas encore des cours de paléoarchéologie ou de physique nucléaire, mais des formations en administration, en comptabilité, en éducation, en sciences infirmières.

Une publicité, pour reprendre l’expression de Catherine Ringer des Rita Mitsouko qui le disait en entrevue au sujet de certaines chansons à succès : «des fois, c’est bon parce que c’est con». Tantôt j’ai croisé un collègue journaliste sur le trottoir qui m’a demandé mon sujet du jour et, évidemment, lui aussi, en circulant en voiture sur la 40, m’a dit avoir vu ce panneau et l’avoir trouvé nono tout en retenant exactement ce que le publicitaire voulait semer dans son esprit. Combien de milliers de gens «exposés» à ce slogan associent désormais « Repentigny » et « université » ?

Des slogans et numéros gravés dans la tête

À une époque où l’on n’a plus besoin de mémoriser les numéros, programmés dans le téléphone, on continue de consacrer des neurones à se souvenir d’informations gravées par des publicités qui ressemblent à de vieux sketches de Rock et Belles Oreilles.

Quiconque vivait au Québec et écoutait la télévision pendant les années 1980 et 1990 connaît toujours par cœur, en anglais, le numéro de téléphone de l’Institut Linguistique éternellement sis à l’angle de Hochelaga et Viau (two-five-four-six-o-one-one). Ceux qui s'attardaient devant le petit écran se souviennent probablement aussi du numéro de la Ligne en Fête, une entreprise de rencontres téléphoniques entre fêtards totalement révolue, assassinée par l’internet... mais on garde les chiffres en mémoire et la petite chanson fatigante : 1-976-8585.

Toute une culture pas forcément relevée occupe une niche permanente dans un recoin de la mémoire collective. Pout ! Pout ! Pout ! que désirez-vous ? Le Clan Panneton s’occupe de tout. Barbie’s resto Bar Grill, quel endroit ! Quel festin et toute une ambiance ! Est-ce niaiseux ? Oui, papa ! On mange de la fondue !

De « Terrebonne humeur »

Cela me rappelle une vieille campagne dont j’ai gardé le culte : celle du panneau autoroutier « Je suis de Terrebonne-humeur ! » qui a beaucoup fait rire... de lui ! Pourtant, quoi de plus sympathique et intrinsèquement banlieusard qu’une «blague de papa» ? Eh bien, cette affiche qu’Antoine Robitaille alors du Devoir qualifiait de « summum du slogan poche » voulait faire savoir que Terrebonne, cette banlieue vers laquelle nombre de petites familles montréalaises migrent chaque année, se classait avantageusement au palmarès Léger Marketing des villes les plus heureuses au Québec. 

Photo Louis-Philippe Messier

Ma copine m’a même fabriqué pour mon anniversaire, il y a quelques années, un chandail « Je suis de Terrebonne-humeur », que je continue de porter fièrement à l’occasion avec, vous vous en doutez bien, un certain succès. Car ceux qui ont vu le panneau il y a une dizaine d’années s’en souviennent. Et pourtant, tandis que Terrebonne se classait sixième audit palmarès du bonheur, devinez quelle ville se classait bonne première... Repentigny ! La ville où tu peux faire ton université ! 

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