Une campagne de sensibilisation des « sextos » passe mal | 24 Heures MTL
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Une campagne de sensibilisation des « sextos » passe mal

Image principale de l'article Une publicité gouvernementale critiquée
Audrey PM/via Facebook

Une publicité gouvernementale liée à une campagne contre la cyberexploitation a vivement fait réagir sur les réseaux sociaux mercredi. Plusieurs croient que la campagne manque la cible en montrant du doigt les jeunes victimes plutôt que les agresseurs. 

La campagne «Full célèbre» a beau être terminée depuis plus de deux mois, la photo d’une affiche au coin des rues Jarry et Saint-Laurent qui n’a pas encore été retirée n’a pas tardé à faire réagir l’autrice et animatrice Catherine Éthier sur Facebook, mercredi.   

«Je connais une couple de ti-gars qui mériteraient d'avoir un sac de papier sua tête. La honte doit changer de camp, ciboire», écrit Catherine Éthier.  

POUR UNE FOIS qu'on essaie timidement de prendre soin de nos filles, pourrait-on, JE RÊVASSE, s'adresser aux agresseurs...

Publiée par Catherine Ethier sur Mercredi 13 janvier 2021

Sur la photo de la campagne «Full Célèbre», on voit une jeune femme ayant un sac de papier sur la tête qui porte la marque «sexto». Le site de la campagne indique qu’elle vise «à faire mieux connaitre les réalités de la cyberexploitation sexuelle et de la cyberagression sexuelle, deux fléaux reliés à la propagation de photos et de vidéos intimes sur le web».  

Pourtant, ce n’est pas ce qui résonne auprès de Juliette Bélanger-Charpentier, une créatrice de contenus et étudiante en victimologie et criminologie, suivie par 44 000 personnes sur Instagram.  

«Miser sur la peur et la conséquence en parlant de "25 pays et 103 sites de pédopornographie" plutôt que sur des voies vers des ressources qui peuvent aider à donner des pistes pour reconnaître et prévenir une situation de sextorsion est loin d’être un choix facilitant la compréhension du phénomène. On contribue plutôt à le stigmatiser, encore une fois», peut-on lire dans sa longue tirade.   

La photo choisie par des jeunes 

La culpabilisation des victimes, largement décriée sur les réseaux sociaux en réaction à l’affiche, n’a pas été l’interprétation des jeunes qui ont choisi le visuel de la campagne, assure la Concertation des luttes contre l'exploitation sexuelle (CLES).  

«Cette campagne-là visait des jeunes et a été développée avec des jeunes. La photo a été choisie par les jeunes, explique Jennie-Laure Sully, organisatrice communautaire à la CLES et coordonnatrice de la campagne "Full Célèbre". On leur a donné une série d’images et de slogans et c’est cette image qui a retenu leur attention et qui a suscité des discussions.»  

Devant les accusations de victimisation, Jennie-Laure Sully assure que la campagne a seulement reflété la réalité selon laquelle les jeunes filles sont davantage ciblées par la cyberexploitation.   

«Je peux comprendre que les adultes trouvent que ça peut être culpabilisant, mais la campagne ne les concerne pas», laisse tomber la coordonnatrice de la campagne.   

La campagne chapeautée par la CLES a été créée de concert avec d’autres organismes, dont CALACS Agression Estrie, Réseau Enfants-Retour, Prévention Jeunesse Longueuil, Zéro exploitation, Y des Femmes de Montréal et la Maison d’Haïti.   

Les logos des gouvernements du Canada et du Québec apparaissent aussi, comme le projet a pu voir le jour grâce au financement du Secrétariat à la condition féminine et de Développement économique Canada. 

De son côté, Développement économique Canada affirme qu'il «ne participe pas au choix des contenus des campagnes menées par les organismes qu’elle finance».

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