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Condenser 5 jours de travail en 4, une bonne idée?

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Christine Lemus

Si votre employeur vous offrait de faire plus d’heures chaque jour pour avoir une journée de plus à votre fin de semaine, le feriez-vous? On démystifie cet horaire particulier avec une experte et des témoignages de personnes qui le vivent.

« Il faut faire confiance aux gens pour qu’ils puissent eux-mêmes analyser ce qui est le mieux pour eux, explique Ariane Ollier-Malaterre du département d’organisation et ressources humaines de l’UQAM. Si j’ai trois enfants en bas âge à la maison, je ne vais pas me rallonger mes journées de travail. Par contre, si je suis célibataire et qu’au contraire ça me permet de faire autre chose le vendredi, pourquoi pas. Je pense que les gens sont capables de voir pour eux-mêmes ce qui marche mieux pour la productivité et pour leur santé mentale. » 

Avoir une journée de congé de plus chaque semaine présente évidemment plusieurs avantages.

« Une fin de semaine de trois jours ça se prend tout le temps bien », lance Charles Lapointe, un machiniste de Saint-Lazare qui travaille 4 jours par semaine à raison de 10 heures par jour.

« Personnellement, je trouve que de travailler des grosses journées c’est plus satisfaisant », ajoute Laurent Buteau, superviseur logistique dans un entrepôt de Simons à Québec.

Pas juste du bon 

Ce n’est cependant pas un horaire qui convient à tout le monde, souligne Mme Ollier-Malaterre.

« Il y a quand même des inconvénients. Ça reste un emploi à temps plein, alors avec la même charge de travail. Vous êtes obligé de travailler des journées plus longues et souvent vous êtes obligés de travailler des journées plus intenses. Ça conduit à ce qu’on appelle l’intensification du travail. Les quatre jours où l’on travaille, quand on finit notre journée de travail, on est généralement plus fatigué », explique-t-elle.

Différentes options 

Tery-Tanya Espin, une coordonnatrice de rendez-vous au CHU de Québec, a pour sa part un horaire hybride puisqu’elle alterne entre une semaine de 4 jours et une de 5. 

« La semaine pendant laquelle tu accumules tes heures, elle est très demandante. J’aime dire que la journée de congé, ce n’est pas un congé, mais plutôt du temps accumulé », insiste-t-elle.

« C’est sûr que ça fait des journées plus longues, mais ça ne paraît pas beaucoup », souligne Jean-Charles Milhomme, un technicien spécialisé en analyse de vibration dans une usine de pâte et papier en Estrie, qui alterne aussi entre des semaines de 4 jours et de 5.

Ce dernier a essayé différents horaires avec ses collègues. « On a essayé plein de choses. On a essayé 3 fois 12 heures, mais certains trouvaient qu’ils perdaient un peu d’heures payées. On a essayé des semaines de 4 jours à 10 heures par jour, ce qui n’était pas si mal puisque ça ne touchait pas au salaire, mais ceux qui avaient des enfants en service de garde trouvaient qu’ils finissaient un peu tard. On en est donc venu à faire un compromis », explique-t-il.

Ce type d’horaire hybride serait-il une meilleure option pour ne pas trop s’épuiser ?

« C’est plus fréquent de libérer un vendredi aux deux semaines, parce que comme ça vous faites des journées de 9 heures au lieu de 10, alors c’est un petit peu moins exigeant », indique Ariane Ollier-Malaterre. 

Une occasion de mieux s’organiser 

Que ce soit un congé supplémentaire aux deux semaines ou chaque semaine, ce type d’horaire aide tout même à bien organiser sa vie, selon celle qui se spécialise en organisation flexible du travail. 

« Par exemple pour les rendez-vous médicaux, vous pouvez les mettre la journée où vous ne travaillez pas. Ça vous évite de prendre un congé à chaque fois, détaille-t-elle. Pour les parents, ça peut être avantageux parce que c’est une journée où les enfants sont à l’école. »

Et avec la pandémie? 

Avec la crise sanitaire qui a poussé tout le monde à faire du télétravail, l’idée d’adopter un horaire compressé peut paraître alléchante, mais Mme Ollier-Malaterre ne le conseille pas nécessairement.

« Quand on est en télétravail, avec des enfants ou autres choses à faire à la maison, je ne recommanderais pas les semaines compressées parce qu’on a déjà des journées très pleines et des semaines assez stressantes. Si en plus il faut faire tout le travail en 4 jours au lieu de 5, on va être vraiment épuisé! », mentionne la professeure à l’UQAM.

Lorsque le télétravail s’est imposé en mars, la compagnie montréalaise Mouvements des accélérateurs d’innovation du Québec (MAIN) a rapidement constaté que ses employés faisaient plus d’heures et, comme les activités étaient limitées, passaient plus de temps derrière un écran. En réaction à cette constatation, l’entreprise a mis en place une politique de flexibilité.

« L’idée c’est qu’on n’a rien d’imposé le vendredi, on n’a pas d’impératif ni d’indication de travailler cette journée-là. Par contre, si on veut étaler nos heures et travailler cette journée-là c’est bon », explique Chloé Planès, responsable talents et communications de l’entreprise.

Les 12 employés s’acquittent donc des mêmes tâches, mais sont maîtres de leur emploi du temps. 

« C’est un défi encore aujourd’hui. Ce n’est pas toujours très simple. On fait parfois un peu plus d’heures que ce qu’on devrait, il y en a aussi qui travaillent le vendredi, mais je te dirais qu’il y a tranquillement une sérénité qui est ressortie », souligne Mme Planès.

La flexibilité est le mot d’ordre dans cette crise sanitaire. 

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