Pourquoi cette «gardaïsation» du secours à l’itinérance ? | 24 heures
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Pourquoi cette «gardaïsation» du secours à l’itinérance ?

Image principale de l'article Pourquoi «gardaïser» le secours à l’itinérance ?
Ben Pelosse / JdeM

Lorsque, comme journaliste, je suis allé incognito dormir dans le refuge-hôtel de la Place Dupuis en décembre dernier, j’ai été accueilli par des gardes, des gardes et... encore des gardes.

Dans le chapiteau chauffant érigé sur la place Émilie-Gamelin : huit gardes assis semblaient mourir d’ennui. Dans le vestibule de l’hôtel : des gardes. Devant l’ascenseur pour l’appeler : un garde. Dedans l’ascenseur pour pitonner : un garde. Dans le corridor en sortant de l’ascenseur à mon étage : un nouveau garde qui m’a fait signer un registre avant de me talonner jusqu’à la chambre désignée. Ce furent aussi des gardes qui me réveillèrent, en franglais, le lendemain matin, pour me hâter de plier bagage et de prendre la porte. 

Ben Pelosse / JdeM

J’ai initialement attribué cette omniprésence de l’uniforme au fait que je m’étais présenté un peu tard au refuge (car j’attendais confirmation que je n’y délogerais pas un vrai nécessiteux). Je présumais que les professionnels de l’aide étaient là, mais tous déjà occupés avec les centaines de premiers arrivants, ce qui était peut-être le cas.

La semaine dernière, il y a eu cette déconcertante manchette qui annonçait que l’Accueil Bonneau sabrait dans les «intervenants sociaux» pour investir dans davantage de gardes dans sa halte-chaleur du Grand Quai dans le Vieux-Port. J’ai alors éclaté de rire... avant de me rendre compte que ce n’était pas une blague. Ce n’était pas un article parodique du journal Le Revoir. Une collègue journaliste, Nora T. Lamontagne, a même forgé un néologisme pour nommer ce phénomène de moins en moins subtil : «gardaïsation». 

Bénévole congédié

Quiconque me connaît (ou m’épie sur les réseaux sociaux) sait que je suis officieusement la majorette Instagram de la cuisine communautaire Le Chic Resto Pop d’Hochelaga à laquelle je fais souvent de la publicité pour la cause. Derrière le comptoir de cette popote, au service, je retrouve une sous-catégorie admirable du genre humain, celle des bénévoles-nés. Je ne vois pas quel autre nom donner à ces gens si généreux que le bénévolat fait intrinsèquement partie de leur personne. Ces gens-là «bénévolent» comme ils respirent. Parmi eux, il y a Louis-Marie.

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Louis-Marie est un bénévole-né qui bénévole donc un peu partout pour aider son prochain, dont cinq ans et demi à l’Accueil Bonneau (de 2012 à 2018) où, récemment, il avait recommencé à donner de son temps, un jour par semaine. En 2016, il était nommé Bénévole de l’année de l’Accueil Bonneau. 

La décision de congédier des aidants pour se payer plus de «contrôlants» a choqué Louis-Marie qui l’a fait savoir dans un long statut Facebook poli, mais indigné. L’Accueil Bonneau lui a donc écrit pour lui dire de ne plus se présenter : son travail gratuitement donné n’est plus le bienvenu. D’autres bénévoles ont-ils aussi passé dans le tordeur pour cause d’insubordination? 

Quelqu’un du milieu a attiré mon attention vers un détail intriguant : le profil LinkedIn de Claude M. Vigneault indique qu'il est depuis avril «directeur exécutif» (anglicisme) de la Fondation Accueil Bonneau. Claude M. Vigneault est un ancien directeur du développement des affaires de GardaWorld et un ancien vice-président de Commissionnaires du Québec, un organisme qui offre des services à la Garda et qui «se fonde sur des valeurs militaires essentielles». 

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