Pas d’audit du rapport préélectoral: la Ville n’a pas fourni les chiffres nécessaires à la Vérificatrice générale | 24 heures
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Pas d’audit du rapport préélectoral: la Ville n’a pas fourni les chiffres nécessaires à la Vérificatrice générale

Image principale de l'article La Ville n’a pas fourni les chiffres à la VG

Le modèle de rapport préélectoral sur l’état des finances de la Ville de Montréal présenté à la Vérificatrice générale (VG) était si incomplet qu’elle a refusé d'en faire l'audit.

Dans une présentation au Conseil municipal mardi matin, la VG Michèle Galipeau a expliqué que le Service des finances de la Ville ne lui a pas donné les chiffres qui lui auraient permis de vérifier si les prévisions financières sont raisonnables.   

«Aucune donnée réelle n’est présentée ni utilisée dans l’élaboration des hypothèses» sur lesquelles se basent ces prévisions financières, indique la présentation de la VG dont le 24 Heures a obtenu copie.   

De plus, les prévisions ne tenaient pas compte de résultats financiers récents, dans un contexte de pandémie.  

«La direction du Service des finances n’a pas été en mesure de me fournir des données et des analyses pertinentes et fiables à l’appui des hypothèses utilisées dans la préparation de ces prévisions financières. Je n’ai ainsi pas été en mesure de déterminer si ces hypothèses constituent une base raisonnable pour établir ces prévisions», indique Mme Galipeau, pour expliquer son impossibilité d’auditer un rapport préélectoral comme celui que prépare la Ville.   

Donner l’heure juste

Le Service des finances est censé produire un rapport préélectoral sur l’état des finances de la Ville de Montréal d’ici la fin juin 2021. La Vérificatrice générale, en tant qu’instance indépendante, devait en faire l’audit avant les élections municipales de novembre 2021, comme lui a demandé le Conseil municipal en août 2019.  

L’idée est de pouvoir donner l’heure juste aux citoyens sur l’état des finances publiques avant les élections et de permettre aux partis politiques de développer leur plateforme électorale à partir des mêmes informations.   

Toutefois, l’automne dernier, Michèle Galipeau a signalé que le prototype de rapport préélectoral du Services des finances ne répondait pas aux exigences. Elle ne pouvait donc pas accepter la demande du Conseil d’en faire l’audit et ce mandat lui a été retiré.    

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Pas comparable

Dès 2018, Mme Galipeau avait avisé l’administration de la nature «colossale» du travail à faire. Elle s'était alors entourée de plusieurs experts pour accomplir le mandat confié. 

Malgré des demandes répétées à la Ville, la VG affirme n'a pas avoir obtenu les informations nécessaires à la réalisation de son travail. 

«À un moment donné je ne peux pas faire de miracles, je ne peux pas faire le travail pour les gens, je travaille avec ce qu’on me donne», a expliqué Mme Galipeau, mardi. 

«Il faut comprendre qu’un mandat d’audit c’est très important», a-t-elle poursuivi, ajoutant que pour déterminer si des prévisions sont vraisemblables, «il faut qu’on ait des preuves que c’est plausible, que ça a du sens».  

Dans les documents transmis aux élus, la VG détaille à quel point l’information fournie était insuffisante et explique qu’elle ne peut pas être comparée avec d’autres rapports financiers publics. 

«La présentation des revenus et des dépenses n’est pas suffisamment détaillée ne permettant pas de voir les changements significatifs sur les niveaux de service à la population» et «l’état de la dette à long terme n’est pas présenté», peut-on notamment lire. 

Explications réclamées

Pour le chef de l’opposition, Lionel Perez, l’administration municipale doit s’expliquer. «C’est choquant, je sais que la Ville a cette information-là, a-t-il déploré. Est-ce qu’on veut me faire croire que les services des finances n’ont pas une idée de l’état de la dette à long terme? Impossible. Ils sont ultra compétents.»  

À son sens, il n’y a pas eu une collaboration suffisante avec la VG. Sans audit du futur rapport préélectoral, «ce sont les Montréalais et Montréalaises qui perdent au change, c’est la démocratie qui perd au change et c’est inexcusable», a regretté le chef d’Ensemble Montréal.  

Le chef du parti d'opposition Ensemble Montréal, Lionel Perez.

ELSA ISKANDER/24 HEURES/AGENCE QMI

Le chef du parti d'opposition Ensemble Montréal, Lionel Perez.

Selon Laurence Lavigne Lalonde, élue de Projet Montréal, il n’y a pas eu «un manque de volonté ou de collaboration de l’ensemble services». Certaines informations n’étaient pas disponibles, d’après l’administration Plante.  

«Il faut comprendre aussi qu’à la Ville, il y a énormément de choses qui sont faites à la mitaine. Les systèmes informatiques ne produisent pas des documents automatiques. Il faut faire des opérations à la main», a ajouté Benoit Dorais, président du comité exécutif, soutenant qu’il n’était pas toujours possible d'avoir des documents répondant aux normes précises de la VG.