Il y a de plus en plus de gros véhicules sur nos routes: voici comment on pourrait y remédier | 24 heures
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Il y a de plus en plus de gros véhicules sur nos routes: voici comment on pourrait y remédier

Image principale de l'article Comment diminuer le nombre de VUS sur nos routes?
Photomontage par Marilyne Houde
  1. Taxer les gros véhicules  
  2. Limiter la publicité sur les VUS 
  3. Adopter une taxe kilométrique 
  4. Développer les plateformes de véhicules en libre-service et le parrainage 
  5. Mettre en place des avantages fiscaux 
  6. Financer le transport en commun  


Avez-vous l’impression de croiser de plus en plus de VUS lors de vos marches quotidiennes? Ce n’est pas juste une impression. Depuis 2015, il se vend plus de camions, une catégorie qui comprend les minifourgonnettes, les VUS et les camionnettes, que de voitures compactes au Québec. On explore ici quelques pistes de solution pour tenter de freiner cette tendance. 

1. Taxer les gros véhicules  

Ce n’est un secret pour personne: taxer les gros véhicules pourrait avoir un effet direct sur la demande. Le nombre de véhicules utilitaires sport (VUS) vendus pourrait diminuer, tout comme la quantité de gaz à effet de serre (GES) qu’ils émettent. La taxe perçue permettrait même d’investir dans le transport en commun ou de subventionner l’achat de véhicules électriques.

«C’est un type d’écofiscalité qui permet d’appliquer le principe du pollueur-payeur et de faire en sorte que le coût de ce qu’on achète reflète un peu plus le coût environnemental des impacts», résume Laure Waridel, professeure associée à l’Institut des sciences de l'environnement de l'UQAM et chroniqueuse.

Nous serions d’ailleurs loin d’être les premiers à la mettre en place. Quelques pays d’Europe, comme la Norvège, la France et l’Allemagne, ont déjà introduit ce genre de taxe sur les véhicules polluants. 

Laure Waridel, cofondatrice d’Équiterre, chroniqueuse et professeure associée à l’Institut des sciences de l'environnement de l'UQAM.

MAXIME DELAND/AGENCE QMI

Laure Waridel, cofondatrice d’Équiterre, chroniqueuse et professeure associée à l’Institut des sciences de l'environnement de l'UQAM.

2. Limiter la publicité sur les VUS  

Qu’elles soient diffusées à la télé ou à travers les pages de certains grands journaux, les publicités sur les VUS contribuent sans aucun doute à les représenter de façon toujours très (trop?) positive. On les voit souvent en train de défier des tempêtes ou de gravir des montagnes, une image qui peut gonfler l’appétit pour ce genre de véhicule.

«C’est certain que la publicité contribue à développer le désir des gens», explique Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie de HEC Montréal et coauteur du rapport État de l’énergie au Québec 2021. «Il y a un aspect social avec le VUS qui n’a rien à voir avec le transport, qui relève d’un aspect psychologique.»

Laure Waridel estime que nous aurions intérêt à mieux encadrer ces publicités. «Plusieurs parlent même, et je suis d’accord avec ça, de carrément interdire la publicité des véhicules polluants, de la même manière qu’on interdit la publicité pour les cigarettes», ajoute-t-elle.

SIMON CLARK/JOURNAL DE QUÉBEC/AGENCE QMI

3. Adopter une taxe kilométrique  

De façon plus générale, une taxe kilométrique pourrait aussi permettre de décourager l’utilisation d’un véhicule automobile. Qu’est-ce que c’est, une taxe kilométrique? C’est une taxe qui serait perçue en fonction de la distance parcourue. Elle pourrait être calculée à l’aide d’un GPS directement intégré à la voiture ou à travers certains systèmes de péage installés sur les autoroutes.

Certaines villes du monde ont d'ailleurs réussi à réduire la congestion routière en mettant en place ces péages aux entrées des centres-villes.

«On a des réductions de congestion de 20 à 30% dans les centres-villes de Londres, de Stockholm et de Singapour, qui ont mis en place ce genre de système, indique Pierre-Olivier Pineau. Parce qu’évidemment, les gens n’aiment pas payer en allant au centre-ville en voiture. Si vous les faites payer, ils vont faire d’autres choses.»

Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie de HEC Montréal et coauteur du rapport «État de l’énergie au Québec 2021».

MAXIME DELAND/AGENCE QMI

Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie de HEC Montréal et coauteur du rapport «État de l’énergie au Québec 2021».

4. Développer les plateformes de véhicules en libre-service et le parrainage  

«En temps de pandémie, ça peut paraître moins attrayant, mais les véhicules en libre-service sont des alternatives à la possession d’un véhicule. Si on déployait des véhicules comme Communauto de façon plus large, les gens réaliseraient qu’il y en a beaucoup à leur disposition. Ils se demanderaient pourquoi ils payeraient tous les jours pour une voiture, alors qu’ils en ont une à disposition, dont ils n’ont pas besoin de s’occuper», suggère le professeur.

Certaines plateformes numériques pourraient aussi permettre de faciliter le covoiturage en présentant en temps réels les places disponibles dans certains véhicules sur la route pour ensuite les jumeler avec ceux et celles qui cherchent à se déplacer vers les mêmes secteurs. Résultat: plus de covoiturage, moins d’autos solos.

«Ce serait beaucoup plus efficace, ça permettrait de partager les frais, ça réduirait le nombre de véhicules, et ça réduirait surtout le besoin d’avoir un véhicule», poursuit-il.

SIMON CLARK/JOURNAL DE QUÉBEC/AGENCE QMI

5. Mettre en place des avantages fiscaux  

Il n’y a pas que les taxes qui pourraient décourager l’achat de véhicules. Il serait possible aussi de mettre en place des solutions plus positives, qui encourageraient certains comportements, comme des avantages fiscaux pour le covoiturage.

«Il faudrait des preuves, mais si on fait du covoiturage et qu’on a une attestation par exemple de son employeur selon laquelle on est à deux dans la voiture, on pourrait faire une déduction fiscale supplémentaire permettant de donner un incitatif là-dessus», explique Pierre-Olivier Pineau.

6. Financer le transport en commun  

Dernière solution, mais non la moindre: développer et investir dans des systèmes de transport en commun représente une avenue incontournable pour diminuer l’achat de VUS, mais aussi l’achat et l’utilisation de véhicules à essence en général.

«Ce qu’il faut pour un réseau de transport en commun, c’est un réseau qui est rapide, ponctuel, confortable et fréquent, détaille le professeur au HEC. Si on a ces quatre caractéristiques-là, ça va convaincre les gens de prendre le transport en commun.»

Joël Lemay / Agence QMI

Sans alternative efficace et pratique à l’auto solo, les taxes ou déductions fiscales associées aux véhicules pourraient vite se révéler inutiles. Pour être en mesure d’éviter l’achat d’une voiture ou de diminuer son utilisation, il est nécessaire d’avoir la possibilité de se tourner vers une offre de transport en commun satisfaisante, selon Laure Waridel.

«Il faut trouver des moyens plus intelligents qu’une auto qui est stationnée 95% du temps et plus pour répondre à notre besoin de mobilité», conclut-elle.

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