Le mythique rappeur de Québec D-Natural revient sur son passé sombre | 24 heures
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Le mythique rappeur de Québec D-Natural revient sur son passé sombre

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Vous souvenez-vous de D-Natural, ce rappeur de Québec devenu célèbre au début des années 2000 grâce à l’émission Dollaraclip? Dans le cadre de la série Légende du web, on est allés le rencontrer pour découvrir les coulisses de sa carrière musicale mouvementée, mais aussi pour savoir ce qu’il est devenu.

C’était une ère où l’internet ne vivait que sur les ordinateurs. Les gens téléchargeaient la musique via Kazaa ou encore LimeWire. Un beau jour, Benoît Bourdeau, un facteur de la ville de Québec, ouvre sa boîte de courriels. Il y découvre des dizaines de messages haineux à propos d’un vidéoclip tourné près de 10 ans plus tôt. D-Natural découvrait alors sa soudaine notoriété. 

«Sur le coup, je me demandais surtout comment ça se fait que les gens connaissaient D-Natural, alors que c’était pas mal inconnu», confie-t-il. 

Au panthéon de MusiquePlus

D-Natural a connu la gloire par l’entremise de Dollaraclip, une émission animée par l’humoriste Louis-José Houde et diffusée sur la défunte chaîne MusiquePlus. Le concept: on fouillait dans les voûtes à la recherche de vidéoclips de qualité pour le moins discutable. 

C’est dans ce contexte que D-Natural est mon nom, un clip tourné en 1995, est sorti des boules à mites le 4 juin 2002. 

L’action du clip, que le principal intéressé qualifie lui-même de «poche», se déroule majoritairement dans une cour à scrap de l’Outaouais. «Et même la musique, ça a été enregistré en 1993. On y allait un peu à tâtons», admet-il.

Profitant de sa nouvelle célébrité, le rappeur de Québec décide de «saisir la balle au bond». Il sort en 2003 le vidéoclip D-Natural is Back, réalisé par le collectif de rap grivois Black Taboo. Il s’agissait en réalité d’une réponse à ses détracteurs. «On a été numéro 1 à MusiquePlus pendant sept semaines», se rappelle-t-il, un exploit dont il est toujours fier. 

À cette époque, on le reconnaît dans la rue. On lui fait signer des autographes et, avec ses acolytes, il entame une tournée à travers le Québec. 

Malgré un début triomphal à Rimouski, D-Natural vit des expériences de tournée beaucoup moins plaisantes. Il se souvient notamment d’un spectacle au Saguenay: «On a dû arrêter le show parce que le monde voulait se battre avec moi.» 

Même s’il affirme «s’en foutre complètement» aujourd’hui, il n’a jamais pu expliquer pourquoi on le haïssait à ce point. «Peut-être que c’était par jalousie. Imagine ceux qui essayaient de percer dans le rap, ceux qui faisaient ça dans leur sous-sol, là ils me voient passer à la télé.»

Un nouveau retour

Après avoir délaissé la musique pendant plusieurs années, il effectue un retour en 2018 en lançant le EP Coup de D. À sa grande surprise, le EP bénéficie d’une belle couverture médiatique. 

«Il y a eu un intérêt pour le retour du personnage, mais disons que ça ne s’est pas transposé en vente d’albums. Je n’en avais déjà pas vendu beaucoup en 2003, je me doutais bien que ce serait semblable», explique-t-il. 

Il conserve d’ailleurs une certaine amertume envers les radios commerciales, qui n’ont jamais daigné diffuser l’une de ses chansons. «Passez On veut D [en ondes] et je vais être le plus fier au monde», dit-il. 

Avec le recul, Benoît Bourdeau, qui se fait encore parfois reconnaître lors de sa run de courrier, se félicite de n’avoir jamais abandonné son emploi au profit d’une célébrité éphémère. 

Aujourd’hui, celui qui a déjà songé à se présenter comme conseiller municipal contre l’équipe du maire Labeaume ne cache pas son intérêt pour la chose politique et lorgne du côté du modeste Parti conservateur du Québec: «Si on m’approchait, je ferais le saut.»

D-Natural, député? Affaire à suivre... 

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